Tableau de la Littérature française depuis
3. Considérations sur la Révolution française, pages 188 et 189 du tome II.
4. Voici ce que madame de Stacl écrivait, en 1802 , à nn ami de Chénier : •• Je suis venue chez vous ce matin pour vous demander si vous « ne saviez rien de Chénier, dont je suis fort inquiète, et pour causer « avec vous sur les services qu'on peut lui rendre. Je voulais lui faire « offrir de l'argent , un asile et un passeport, selon qu'il pourrait en avoir « besoin. •> Chénier , quoiqu'il n'ait accepté aucune de ces offres, n'en était pas moins reconnaissant.
SUR M.-J. CHENIER. xvii
à réunir chez elle. Madame de Staël aimait comme lui, il aimait comme elle la liberté et la justice ; et, depuis 1795 jusqu'en 1 802, on n'apercevait d'ordinaire aucune différence bien essentielle entre leurs opinions politiques. Il n'en était pas tout-à-fait ainsi lorsqu'il s'agissait du genre romantique ou de la philosophie allemande : nous devons confesser que , sur ces articles, Chénier ne se montrait ni assez traitable ni peut-être même assez poli; et c'est sans doute à quelque lessouvenir de ces discussions ou disputes littéraires qu'il convient d'attribuer ce qui est dit des préjugés et de l'âpreté de Chénier, dans l'ouvrage posthume, d'ailleurs si recommandable, de madame de Staël.
Tous ceux qui ont connaissance des évéuemens de 1 799 et des trois années suivantes savent que Chénier fut l'un des hommes publics de cette époque qui , soit dans les commissions intermédiaires établies le 18 brumaire, soit au sein du tribunat, s'efforcèrent de mettre un frein aux usurpations, de repousser les lois arbitraires, de maintenir en France les derniers restes du système représentatif, et qu'on eut besoin d'éloigner pour arriver au consulat à vie et à l'empire. Il fut donc compns dans l'élimination de 1802 avec Ginguené , Saint-Aubin, et MM. Bailleul, Ganilh, Parent-Réal, Benjamin- Constant, Thiessé , etc. ; et peu s'en fallut qu'on ne prît contre lui des résolutions plus violentes '.
Tant d'orages, tant de périls et de chagrins doivent être comptés parmi les causes qui ont abrégé les jours de Chénier. L'altération de sa santé n'était déjà que trop sensible en 1799, quand il résistait avec l'énergie la plus honorable aux derniers mouvemens de l'anarchie, et aux premières entreprises de l'usurpateur. Sa constitution robuste et les soins de M. Portai, son médecin et son ami, ont lutté pendant plus de dix ans contre les progrès d'une maladie grave et compli(|uée, qui