‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 3 sur 351 · IV * NOTICE · texte numérisé non relu

IV * NOTICE

« mêlés fie sombres orages, lorsque les mauvais citoyens pré- «chenr impunément le brigandage et l'assassinat, il était plus .(que temps de faire entendre au théâtre cette voix (de Yhu- « manité qui retentit toujours dans le cœur des hommes ras- ' \ « semblés. » La pièce obtint un brillant succès , et demeura sans influence: l'auteur, qui avait aspiré à se rendre utile, ne réussit qu'à devenir plus célèbre : il ne recueillit que de la gloire. Il y a sans doute plus de grandeur dans Charles IX , plus de pathétique dans Henri VIII; mais l'éclat plus doux qui brille dans Fénélon est peut-être aussi plus pur : c'est l'ouvrage d'un homme de bien, habile dans l'art drarriatique, supérieur dans l'art des vers. Après beaucoup de corrections successives , cette tragédie a été réimprimée avec uijje préfafce nouvelle en 1802.

Il fit encore, en 1793, représenter à l'Opéra un divertissement en un acte, intitulé le Camp de Grand-Pré , mis en musique par Gossec. Il suffit que cette production soit d'un genre dans lequel l'auteur s'est peu exercé pour qu'on aime à la retrouvée^ dans la collection de ses œuvres dramatiques. Elle peut contribuer à faire apprécier la flexibilité de son talent; et l'on est d'ailleurs assez équitable aujourd'hui pour ne considérer dans les événemenS' et les circonstances qu'elle rappelle que l'héroïsme des armées françaises.

A l'égard de Timnléon , tragédie en trois actes avec des chœurs, Chénier n'y trouvait ni assez de mouvemens dramatiques , ni même un style assez animé. Composée en 1 794 , peu de mois avant le 9 thermidor , elle n'était destinée qu'à inspirer l'hoïTcur des forfaits de ces temps affreux :

La tyrannie altière et de meurtres avide ,

D'un masque révéré couvrant son front livide ,

Usurpant sans pudeur le nom de liberté , '

Roule au sein de Corinthe un char ensanglanté...

Il est temps d'abjiu-er ces coupables maximes ; -

11 faut des lois, des mœurs, et non pas des victimes.

Mais la tyrannie déccmvirale, qui ne pouvait manquer de se

SUR M.-J. CHENTER. v

reconnaître à ce portrait, fit recherchej-, saisir, brûler tous les manuscrits de ce poëme : une seule copie , échappée à cette recherche, et conservée par madame Vestris, servit, en 1795 , à pyblier la pièce telle qu'on l'a depuis réimprimée plusieurs fois.

Cyrus n'a eu qu'une seule représentation : c'était à la fin de 1 804 , peu de jours après une cérémonie fameuse. On crut ^^percevoir quelques rapports entre le couronnement de Cvrus et la bénédiction pontificale qui venait de consacrer une usurpation funeste. Il se pouvait bien qu'en effet Chénier eût conçu l'idée d'adresser des leçons sévères au plus impérieux des despotes, de lui retracer les devoirs de cette puissance suprême qu'il osait envahir, et de réclamer solennellement pour la liberté publique les garanties dont il l'avait déjà frustrée. Ce qui est sûr, c'est que le tyran se tint pour offensé; qu'il employ/ contre le succès de cette pièce les ressorts et les agens de son pouvoir; et que cette fois il fut secondé par ses propres ennjemis autant que par ses flatteurs. On croyait lui refuser à lui-même les applaudissemens qu'on n'accordait'point à Cyrus; et , sans examiner si les reproches qu'on faisait au poète étaient mal ou bien fondés, il suffisait qu'ils parussent tenir lieu de ceux qu'on n'osait point adresser au pontife. Les lecteurs ont pu, bien mieux que les spectateurs, juger des intentions, du plan et du style de cette tragédie : elle a été imprimée pour la première fois en 1818 , ainsi que toutes celles dont il nous reste à parler.

L'une, intitulée Philippe //(ou Don Carlos), est reçue, depuis plus de vingt ans, au théâtre Français: nous n'avons pas besoin d'expliquer les causes qui en ont empêché la représentation. Il n'a plus été permis, sous le régime impérial , de mettre sur la scène aucun des ouvrages de Chénier; et cette prohibition est du nombre de cellcSvqui se sont maintenues comme d'elles-mêmes, depuis 1814. L'auteur, dans les dernières années de sa vie, ne travaillait plus que pour la postérité ; son Tibère n'a pas même été présenté aux comédiens :

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