‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 22 sur 218 · LETTRE A M. DE PANGE · texte numérisé non relu

LETTRE A M. DE PANGE

J e vous envoie, mon cher ami, la tragédie ÏÏAzèmire. Vous y trouverez des passions et non des coups de théâtre ; vous y trouverez , sinon les mœurs sévères de la scène grecque, du moins son extrême simplicité. Vous me direz peut-être que je n'ai pas trop bien pris mon tems; et j'en conviendrai.

Cette simplicité est si remarquable dans Sophocle et dans Euripide que nos meilleurs poètes, en présentant sur la scène française des tragédies grecques, ont presque toujours gâté leur sujet par une double intrigue , afin de remplir la mesure des cinq actes : mesure indispensable au jugement d'Horace , mais qu'Aristote ne prescrit point , et que la raison ne prescrit pas davantage. Vous savez d'ailleurs, mon cher ami, que les Grecs n'ont jamais connu cette règle. Il ne faut que lire avec

i. M. le chevalier de Pange, homme de beaucoup d'esprit et d'une vaste érudition, est auteur de différentes brochures sur les premiers temps de la révolution. Il coopéra d'abord au Journal de la Société de 1789, et ensuite au Journal de Paris. Il est mort en 1792. [Note de l'Éditeur.)

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attention leurs ouvrages pour se convaincre qu'on les représentait sans aucune interruption. Si l'on devait regarder comme des entr'actes les endroits où le chœur reste seul en scène , YOEdipe à Colone serait en deux actes. Le choeur ne reste seul que vers la fin de la pièce, depuis le départ d'OEdipe jusqu'au moment où l'on vient annoncer sa mort. Il se trouverait alors que le second acte aurait un peu plus de cent vers, et le premier près de dix-sept cents.

Aristote, ce grand admirateur de la tragédie, qu'il élève même au-dessus de l'épopée, ce critique philosophe , qui a réfléchi si profondément sur la nature des arts, Aristote recommande expressément la simplicité de l'action tragique1. Il avertit les poètes que la fable d'une tragédie ne doit pas être celle d'une épopée; il blâme Agathon d'avoir resserré tout le plan de X Iliade dans une seule tragédie2; et, véritablement, cette tragédie d'Agathon, qui ne réussit point chez les Grecs, ne pouvait être , par sa constitution , qu'un ouvrage déraisonnable.

Le même critique demande que la terreur et la pitié soient excitées par le fonds même du drame ,

i. Voyez la Poétique d' Aristote , traduite par Chénier, chap. VIII, page 5o3 , tome II des Œuvres posthumes.

( Note de l'Éditeur.} i. Ibid., Chap. XVIII, page 523. {Note de l'Éditeur.)

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