SUR LE NOUVEAU DICTIONNAIRE
esprit conséquent. Ces expressions étaient et sont restées françaises. Comme le prétendu Quintilien tranchait avec audace et raisonnait mal , on rit aujourd'hui de son ignorance altière et de son esprit peu conséquent.
Beaucoup plus récemment , le citoyen La Harpe, dans une brochure sur la langue révolutionnaire, a proscrit le \erhe fanatiser. Il vaudrait encore mieux anéantir la chose. Je n'examine cependant pas s'il a raison ; et c'est le servir à souhait : il aime assez qu'on l'en croie sur parole. Mais il pose une règle générale. La voici: Aucun adjectif en ique ne peut produire un verbe en iser. La décision est tranchante, ainsi qu'il convient au maître. Il ajoute : notre langue le prouve par le fait. Malheureusement le maître a tort et sur le fait, et par conséquent sur l'axiome. Ne peut - on le lui démontrer par un genre d'argument que l'on appelle ad hominem? ne peut -on lui dire?
Si par une muse électrique L'auditeur est électrisé, Votre muse paralytique L'a bien souvent paralysé.
Mais, quand il est tyrannisé , Parfois il devient tyrannique :
Il siffle un auteur symétrique; Il rit d'un vers symétrisé.
D'un éloge pindarisé, Et d'une ode anti-pindarique.
Vojis avez, trop dogmatisé :
i5li OBSERVATIONS
Renoncez au ton dogmatique ; Mais restez toujours canonique, Et vous serez canonisé'.
Ce petit impromptu, fait sans loisir, pourra trouver grâce aux yeux du citoyen La Harpe ; car les vers en sont presque aussi bien tournés que ceux des Commandemens de Dieu et de l'Eglise. Mais laissons Tabbé Desfontaiiies et le citoyen La Harpe. Revenons aux dictionnaires.
C'est en i656 que Pascal, qui ne fut point de l'Académie française , fixa notre langue dans ses admirables Lettres provinciales. Le Dictionnaire de l'Académie ne parut qu'en 1694. Avant cette époque, Corneille, Racine, Boileau, Molière, La Fontaine, Bossuet, Fénélon, avaient publié tous leurs chefs-d'œuvre; Fléchier, ses Oraison^ funèbres; La Bruyère, ses Caractères ; QumauXx. même , ses Opéra. On peut répondre que Vaugelas , en 1647 ' ^vait donné ses remarques sur la langue; mais, si
Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage,
(MoiiÈRE, Femmes Savantes, Acte II, scène vu.)
il n'enseigne pas plus l'art d'écrire. Ni lui, ni l'abbé Dangeau, ni aucun puriste de profession
I. Cette épigramme se retrouve dans le troisième volume des OEuvres anciennes , page 44o, présente édition.
[Note (le l'Éditeur.)