‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 5)Chapitre 170 sur 180 · C'était la ventouse, qui dans ce tems-là était d'airain · texte numérisé non relu

C'était la ventouse, qui dans ce tems-là était d'airain

{Note de l'Éditeur.)

servent pas médiocrement à rendre à la fois la diction claire et noble : noble , par ce qui les sépare des termes propres et du langage usité ; claire, par ce qui leur est commun avec les mots en usage. Ils ont donc grand tort ceux qui blâment de telles locutions, et travestissent malignement le poète , comme a fait Euclide l'ancien. Persuadé sans doute de la facilité d'écrire en vers , si l'on pouvait à volonté prolonger ou changer les mots, il a mêlé dans sa prose des vers dérisoires :

J'ai vu marcher Charis aux champs marathoniques .

et encore :

Il fut dès sa naissance exelléborisé.

Ce qui est ridicule , c'est de reprendre les poètes qui savent employer avec retenue les formes du langage figuré; je dis avec retenue, car il en faut pour chacune d'elles. Celui qui use immodérément des métaphores, des mots étrangers et des autres formes semblables , produit le même effet que s'il composait une parodie. Mais, -si l'on veut connaître évidemment l'excellence de ces locutions en poésie, il n'y a qu'à leur substituer les termes propres. Euripide a fait un vers brillant de ce vers ignoble tl'EscViyle dans son Philoctète :

IJn ulcère cruel niante mes chairs sanglantes.

A la seconde partie du vers, Euripide substitue

D'ARÏSTOTE. 535

ces expressions figurées : Se repaît de ma vie. Dans ce vers :

Sans vigueur, sans trésors, outragé par le tenis. voyez quel effet produiront les termes propres substitués aux mots figurés :

Faible , pauvre , enlaidi par la caducité.

OU dans cet autre vers :

A^pproche un humble siège, une table indigente. Approche un petit siège , une table grossière ;

OU même ici :

La rive au loin mugit.

La rive retentit.

Ariphrades toutefois se moquait des auteurs tragiques, parce qu'ils emploient des formes inusitées dans le langage : ^wj/arcov airo, pour àiro ^wp.ocTwvj ou bien csôsv; ou bien sytb ^i vivj ou bien encore Ayùlécùç nrépt, au lieti de TCcpl kyiXkébiç; et ainsi du reste. Or, c'est précisément par ces formes inusitées que la diction devient supérieure au langage vidgaire; mais Ariphrades n'en savait rien. Il est beau d'employer convenablement les noms composés, les noms étrangers, mais surtout la métaphore : elle seule doit tout à elle-même, et prouve un génie heureux. Qui sait bien transporter les termes sait bien discerner les objets. Au reste , les noms composés coiiviennent spécialement aux dithyrambes; les noms étrangers aux

vers héroïques ; la métaphore aux vers ïambiques. Cependant le vers héroïque admet à la fois toutes ces formes. Le vers ïambique , imitant de plus près les discours , doit se borner aux parties qui peuvent souvent s'y rencontrer, c'est-à-dire les termes propres , les mots ornés et les métaphores. Mais nous avons suffisamment parlé de la tragédie , et de ce qui a rapport à l'imitation dramatique des actions.

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