‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 5)Chapitre 2 sur 180 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

SIR ARNOLD

Voilà, voilà ma faute; Et l'on ne fit jamais de sottise plus haute. Quand j'aurais le malheur de vous mettre en courroux, Je le dirai tout franc: chacun se plaint de vous; On jase, on rit tout haut de vos folles dépenses; Et vous vous dlustrez par des extravagances. L'essaim d'écervelés qui flatte vos travers Assiège sur vos pas les hais et les concerts; On cite votre nom pour les modes nouvelles; Vous changez tous les jours de plumes, de dentelles; Vous entassez rubans, fleurs de toutes saisons. Chapeaux, perruque blonde, et mille autres chiffons; Enfin... quoi! vous riez!

LADY JOSÉPHINE

Oui , de votre folie :

Mais regardez-moi donc, je suis jeune et jolie. Est-ce ma faute à moi si Ton me suit partout? Faut-il me reprocher aussi d'avoir du goût? Au lieu de m'applaudir...

SIR ARNOLD

A merveille, madame; Mais aviez-vous du goût quand je vous pris pour femme?

LADY JOSÉPHINE

Non, puisqu'à cet hymen mon cœur a consenti?

SIR ARNOLD

J'étais pour vous, je pense, un assez bon parti. Je me rappelle encorma première visite:

Quel était votre état? vous l'oubliez bien vite.

LADT JOSÉPHINE.

Il fallait qu'il fût triste et des plus ennuyeux Pour me déterminer...

SIR ARNOLD

Toujours de mieux en mieux.

Songez donc au village où vous fûtes nourrie, Sous l'œil de votre père, et dans sa métairie. Quand chez lui, pour vous voir , je vins le premier jour , Vous brodiez, l'œil baissé, devant votre tambour; Vous étiez près de moi modestement assise; Vous portiez cheveux noirs, jupons gris, robe grise; Des clefs en long trousseau pendaient à vos côtés.

LADY JOSÉPHINE

Oh ! ce n'est que cela : vraiment vous m'enchantez î

J'ai du talent aussi pour la caricature,

Et je vais de bon cœur achever la peinture.

Je lisais quelquefois sur un lugubre ton

Pour ma tante Arabelle un ennuyeux sermon;

Souvent je récitais d'uue voix lamentable

Du fameux prince Arthur l'histoire véritable;

J'endormais, aux accords d'un clavecin criard.

Mon père, à son retour de la chasse au renard;

Ou bien avec Andreus, vicaire du village.

Je jouais à la mouche, à l'ombre, au mariage.

SIK ARiVaLD.

C'est vrai. Je crois eticor vous entendre et vous voir. Vous souvient-il aussi que le dimanche au soir

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