CONTRE LA RETRAITE
Mille importuns, s'ils quittaient leur manoir, Leur rediraient ce que d'autres leur dirent; Et, n'écoutant que ce qu'ils entendirent, D'en rien apprendre ils ont perdu l'espoir.
Celui qui n'a ni talent, ni science.
Jouirait-il de leur recueillement?
Quel est le fruit de son isolement?
Le noir chagrin, s'il est homme, et s'il pense.
Oui , le concours de ses afflictions ,
Dès qu'il médite, et l'assiège et le blesse;
Des temps passés la mémoire l'oppresse;
Et le futur noircit ses visions.
Des droits humains la puissance envahie ;
Nos libertés qu'enchaînent les pervers;
Les factions consternant l'univers;
Les crimes rois , les vertus dans les fers ;
L'hymen perfide, et l'amitié trahie;
La mort coupant nos liens les plus chers :
Tout l'abreuva de sentiments amers :
Il voit dans tout les néants de la vie.
Homme souffrant! ah! quitte les déserts,
Où la raison nous est trop trop ravie!
De Michel-Ange admire ce tableau :
Quelle Méduse enfanta son pinceau?
La solitude. Au fondd'épais ombrages.
'i\G RÉPONSE A CHÉNIER,
Le deuil,, tendant un nocturne rideau, Cache à ses yeux le ciel, la terre et l'eau, Et l'épouvante au seul bruit des feuillages. Fils de la peur, monstres de son cerveau. Mille griffons, lui soufflant leurs présages, Multipliant leurs hideux assemblages.
Mordent ses flancs , serpentent à ses pieds , Volent sur elle, et, groupant leurs images En noirs essaims qu'emportent les orages. Font tressaillir ses membres effrayés Aux mouvemens de leurs bruyans passages.
Toi, malheureux! témoin de sa terreur.
Regarde la, pour guérir ta manie:
Cette leçon, que traça le génie.
T'apprend à fuir des rêves pleins d'horreur. Crois-en l'esprit de ce peintre sublime : L'homme est en soi pour l'homme un vaste abîme. Que la raison ne doit pas trop sonder. Sors de toi-même, et laisse-toi guider Vers les plaisirs dont le charme t'anime. En libre oiseau, respire, prends l'essor, Gaîment voltige où, l'instinct te réclame: Il est un monde au-dedans de notre ame ; Au-dehors d'elle, il est un monde encor. C'est celui-là qui nous nourrit sans cesse; En l'habitant j'ai trompé ma tristesse.
Jette sur lui de curieux regards;