SUR LA NOUVELLE : LE MAITRE ITALIEN
Page 221 , vers 8 et suivans.
Depuis le jour, à jamais détesté,
Qui détruisit la saine liberté,
En renversant les murs de la Bastille.
Il ne s'agit point ici, comme on voit, des hommes qui, après avoir rendu de véritables services à la liberté dans l'assemblée constituante ou ailleurs, ont quitté la France aux époques les plus orageuses de la révolution. Mon héros est irréprochable : il est parti le quatorze juillet, si ce n'est la veille.
Page 225, vers 8 et 9.
Mais qui,depuis, dans les champs helvétiques, Par Masséna vit flétrir ses lauriei^.
L'Europe connaît l'admirable campagne d'Helvétie : le plus beau titre de gloire du général Masséna. Tout le monde sait qu'elle rétablit, à la fin de l'an six, les affaires et la splendeur de la république française.
uM NOTES SUR LA NOUVELLE:
Paye 226, vers 27 et suivans.
Les astres purs qui brillèrent pour nous Ont enfin lui sur ce climat barbare.
Gloire immortelle à nos chantres heureux !
Ce passage a besoin de quelques éclaircissemens. Le voyageur parle avec enthousiasme de sa patrie, selon la coutume des Italiens, et surtout des Romains. Cet enthousiasme est assurément bien fondé: aucun peuple en Europe n'a le droit d'oublier sans ingratitude que l'Italie lui enseigna les sciences, la littérature et les arts; que, même avant la découverte de l'imprimerie et la chute de l'empire d'Orient, véritable époque de la renaissance des lettres, les Italiens, durant deux siècles, parlaient une langue harmonieuse et déjà honorée par des chefs-d'œuvre, quand toutes les autres nations modernes ne connaissaient que des jargons barbares.
C'est l'Italie qui a donné à l'histoire un Guichardin ; à la politique , un Machiavel ; aux sciences , Christophe Colomb , Galilée, Toricelli , \ iviani , Cassini , Guglielmini, Maraldi, Rédi, Malpigi , 3Iorgagni, Spalanzani, Foutana , Volta; aux arts du dessin, Michel - Ange , Raphaël, Bramante, .Tules Romain , Corrège, Titien, Palladio , Paul Véronèse, les ti'ois Carache, Guerchin , le Guide, le Dominiquin, Canova ; à l'art musical, David Riccio , Corelli , Lulli , Palestrina, Pergolèse, Léo, Vinci, Durante, Galuppi, Téradéglias, Jomelli, Maio, Piccini, Traetta, Sacchini, Sarti, Paësiello, Cimarosa.
La poésie italienne n'a pas eu moins d'éclat. Dante Alighieri la fonda dès la fin du treizième siècle, ainsi que la langue toscane. Pétrarque, amant et chantre de Laure, se rendit célèbre après lui, surtout par de nombreux sonnets, entre lesquels on en trouve d'admirables. Torquato Tasso et Ludovico Ariosto sont trop fameux pom- qu'il faille rien ajouter dans cette note aux éloges très-hgitimes que mon Romain
leur prodigue. Les |)()ètes lyriques italiens sont iJicsque ignorés en France; ils sont dignes toutefois de la haute répuitation dont ils jouissent dans leur patrie. Les belles odes de Cliiabrera et de Testi ne le cèdent en rien aux plus belles de Malherbe et de J. B. Rousseau, l'ilicaia niéiite les mêmes louanges. L'ode qu'il a composée siu' la délivrance de Vienne par Sobieski est aussi remarquable que son beau sonnet sur l'Italie. Celle de Guidi, ayant pour titre la Fortune, le ])lace au niveau de ces grands poètes. Vaiano n'a pas déployé moins d'enthousiasme en knitant (Quelques moi'ceaux des livres juifs ; livres qui ne sont point sacrés, même dans le sens des cantiques de Pompignan, mais qui sont des monumens immortels d'une poésie sublime. Des expressions ingénieuses et brillantes distinguent les vers et la prose d'Algarolti. Rolli, qui séjourna long-fems à Londres, est estimé pour ses élégies, pour ses endécr.syllabes , et surtout pour ses chansonnettes, genre aimable et poétique, qui n'est pas la chanson française, et dans lequel il s'est montré supérieur à Métastase lui-même. Scipion Maffei, auteur de la simple et touchante Mérope , fut, au milieu du dix- huitième siècle, le restaurateur de la tragédie antique en Italie. Métastase triompha d'une partie des entraves que lui imposait la musique. Artaxerce et la Clémence de Titus , au défaut près des amours épisodiques , sont de véritables et d'excellentes tragédies. Y! Olympiade , Didon , Thcmistncle , Nitétis , Régulas , Jc/iille h Scyros , offrent des scènes d'une grande beauté. A ces poètes illustres on pourrait ajouter quelques antres : Alamanni, par exemple, le premier qui , chez les modernes , ait digniement chanté l'agriculture, et que l'on trouve oublié mal-à-propos dans la préface de V Homme des Champs ; Marchetti et Caro, estimables traducteurs de Lucrèce et de Virgile; Tassoni, versificateur un peu monotone, mais correct et sage, et que notre judicieux Despréaux a honoré de quelques louanges; Fortiguerra, qui, avec moins de sagesse que Tassoni, a plus de chaleur et d'imagination; Zéno, souvent tragicpie, et précur-