CHAPITRE VIL
Des exploite de Donglat et de Randolph.
Lorsque Edouard I^' apprit que les Ecossais s'étaient révoltés encore une fois, il se répandit en menaces contre ceux qu'il traitait de rebelles, et se dirigea, comme je vous l'ai déjà dit, vers les frontières du pays insurgé. Mais il était déjà vieux et infirme ; et, pendant qu'il faisait ses préparatifs de guerre, il tomba malade, et, après avoir langui quelque temps, mourut, le 6 juillet 1307, à trois milles tout au plus de l'Ecosse. Sa haine contre ce pays était si invétérée, que des idées de vengeance semblèrent l'occuper jusque sur son lit de mort. Il fit promettre à son fils de ne pas conclure de paix avec l'Ecosse qu'elle ne fût entièrement soumise. Il donna aussi des instructions détaillées sur ce qu'on devait faire de son corps ; et elles sont tout-à-fait singulières : il ordonna qu'on
PRBMIERB SBRK. 65
le fît booillir jusqu'à ce que les os se séparassent de la cliair, et qu'alors on les enveloppât dans une peau de taureau , et qu'on les portât à la tâte de l'armée anglaise chaque fois qu'elle marcherait contre les Ecossais. Il les avait battus tant de fois , il leur avait fait tant de mal , qu'il lui semblait que ses ossemens mêmes devaient les frapper de terreur. Son fils, Edouard II, n'ei^ë* enta pas cet ordre bizarre, et il fit enterrer son pèjre dans l'ablMiye de Westminster, où Toa voit encore sa tombe, qui porte cette inscription : Ci-gît le marteau de là nation ^ssaisb. Et en effet il n'était que trop vrai que pendant sa vieil avait écrasé les Ecossais sous ses coups, comme un marteau brise tout ce qu'il frappe.
Edouard II était un prince faible, qui était bien loin de posséder
la bravoure et les talens de son père; il ne fit que paraître en
Ecosse .à la tête de la nombreuse armée qu'Edouard I^'' avait ras*
emblée, et il se retira aussitôt sans avoir même combattu, ce qui
eneonragea beaucoup le parti de Bruce.
Phisieurs nobles écossais pritent alors les armes, se déclarèrent j)ODr le roi Robert, et attaquèrent les Anglais dans leurs garnisons. Le plus célèbre était le bon lord James Douglas, dont.nous avons déjà parlé. Quelques-uns de ses exploits les plus mémorables se rapportent à son château de Douglas, forteresse importante dont les Anglais s'étaient rendue maîtres. Douglas voyait avec un vif déplaisir l'habitation de sa famille entre les mains de ses ennemis, qui y rassemblaient une foule de bestiaux et d'immenses provisions de blé, de vin, d'ale, enfin de tout ce dont les troupes anglaises pouvaient avdr besoin. Douglas résolut, s'il était possible, de se venger du commandant de la garnison et de ses soldats .
Pour mettre oe projet à exécution, il se déguisa y el se rendit chez un de ses anciens serviteurs, nonuné Dickson, sur la bra*voure et la fidélité duquel ir pouvait compter. 11 dressa aussitôt ses batteries pour s'emparer du château. On était à la teille d^nne grande fête, le dimanche des Rameaux. Ce jour-là les Anglais, qui étaient alors de la religion catholique, se rendaient en procession à l'église, eà portant des rameaux yerts à la main. Au moment ou les Anglais, sortis du château , entraient dAus FégUse, un des compagnons de lord James cria de toutes ses forces t Douglas ! DaagiasI C'était le cri de guerre de cette iamille lorsqu'elle marchait au combat. Thomas Dicksqn et quelques amis qu'il avait rassemblés tirèrent aussitôt leurs épées, et tnèrentles premiers Anglais
U HISTOIRE D'BGOSfSE.
qu'ils rencontrèrent; mais comme le signal avait été donné tro^ tôty Dickson fat renversé et mis à mort.
Presque au même instant Donglats et sa petite troupe pénétré* ïent dans^ l'église; les Anglais essayèrent de se défendre; mais, attaqués à Vimproviste et n'étant pas sur leurs gardes y ils furent presque tous tués ou faits prisonniers, et cela si promptement et avec si peu de bruit , que leurs compagnons qui étaient restés au abâteM n'edrènt pas le moindre soupçon de ce qui se passait. Aussi, lorsque Douglas et ses Ecossais s'approcbèrent de la porte du château y ils la trouvèrent ouverte, et ceux des soldats qui étaient restés dansla>forteresse étaient occupés à préparer le dîner de leurs camarades. Lord James rentra dans soii château sans difficulté > et il fit honneur, ainsi que sa troupe, au repas qui était destiné à ses ennemis. Douglas n'osa pourtant pas y rester, de crainte que les Anglais ne vinssent en force pour l'assiéger. Mais, avaiit de>partir, il voulut détruire toutes les provisions que les Anglais avaient rassemblées, pour que du moins le château ne leur offiit plus aucunes ressources.
Furieux de la mort de Dickson, il accomplit ce dessein de la ma* •nière la plus cruelle et la plus révoltante, il fit briser toutes les ^BUes qui contenaient du blé et des grains de toute espèce, versa sur le plàBcber tout ce qu'elles contenaient; puis, défonçant les muids de vin et d^ale, il les vida par-dessus; et enfin il fit massacrer tous' ses prisonniers et jeter leurs corps tout sanglansdans cet affirenx mélange, que ses soldats appelaient par dérision le <gank*nutnger de Douglas ; ensuite il fit jeter les chevaux morts dans le puits pour en corrompre Peau ; après quoi il mit le feu au château, qu'il abandonna, et se retira ^vec sa troupe dans les forêts et les montagnes. ^--: II: aimait .mieux, disait-9, entendre léchant de Talonettequele cri dessouris, c'est-à-dire qu'il préférait .se trouver en rase cànfpagne que de se renferhier dans un cihiteau»
Lor^uê Glifford , le général anglais , eut appris ce qui était ar* rivé , il vint occuper le château de Douglas à la tête d'un corps conaîdéndde, fit rebâtir les fortifications que Douglas avait détruites , «t nettoyer le puits ; puis il donna le commandement de cette place importante à un brave soldat ,> nommé Thirlwall, en lui recommandant de bien se tenir sur ses gardes ; car il soupçonnait que lord James viendrait encore l'attaquer. En effet Douglas, qui ne pouvait supporter de voir les Anglais dans fe château dè^es pères, avait résolu de saisir la première occasion qui sejnrésmterait pour
trsiler cette garnison eomme il avait traité Tautre. Dans ce des* sein il eut recours à un stratagème : il mit nne partie de ses troupes en embuscade dans le bois 4 et, d'après ses instractions , quatorze de ses compagaohs partirent déguisés en paysans , et passèrent devant les portes du château en conduisant de nombreux troupeaux. Dès que Thirlwad les apefçnt, il jura qu'il allait tomber sûr ces Ecossais et leur ravir leurs bestiaux , et, dans ce dessein , il sortit à la tête d'une grande partiç de sa garnison. Tout en les poursuivant, il avait dépassé le lieu où Douglas se tenait en embuscade, loTsqne tout à coup les Ecossais jetèrent leurs manteaux de paysans, se montrèrent tout ^rniés , et , poussant le cri de guerre des Douglas, se.retoarnèrent, et attaquèrent brusquement les Anglais surpris. Avant qne Thirlwall eût pu se mettre en défense, il entendit derrière lui le même cri de guerre , et il vit Douglas qui sortait avec tous les siens de son embuscade. Thirlwall fut tué ea combattant bravement , au milieu de ses ennemis , et il n'y eut que bien pea de ses soldats qui purent regagner le château.
Lorsque lord James se fut défait de cette manière des deux Anglais nomtnés successivement gouverneurs de son château, et qu'on âotqn'il avait fait vœu de se venger de tous ceux qui oseraient occuper le domaine de ^es pères, persoVkne ne se soucia de ce poste, et en Angleterre comme en Ecosse on ne le désignait plus que sous le nom du périlleux château de Douglas, par allusion aux dangers que les Anglais y couraient.
Vous saurez, maitre Littlejohn ,- que dans ces temps dé guerre une femme n'aurait jamais voulu d'un époux qui n'eût pas été Irave et vaillant , de sorte qu'un lâche , quelque fût d'ailleurs sa naissance et sa Yiehesse, était l'objet du mépris généraK Les' dames étaient donc dans :l'usage de demander à leurs amans des preuves de leur bravoure, et le^ chevaliers qui voulaient plaire ïmx dames cherchaient à se signaler par quelques faits d'armes extraordinaires pour se montrer dignes de leur choix.
H y avait alors en Angleterre une jeune dame que bien des seigneurs et des chevaliers avaient demandée enmariage à cause de ses grands biens et de son extrême beauté.. Un jour elle réunit chez elle dans un banquet maghiiiqtie tous ceux qui prétendaient à sa main ; et après le 'festin elle se leva , et lemr dit que les sentimens qu'ils ïnanifestaient pour elle l'honoraient beaucoup, mais qne, comme elle ne voulait pour époux qu'un homme d'un courage à toute épreuve, eïle avait formé la résolution de ne donner sa
68 HISTOIRE D'EGQSSB.
main qa'à celai qai saurait défendre le .chdleaa de Douglas contre les Ecossais pendant un an et un jour. A cette déclaration , les chevaliers baissèrent la tête et gardèrent le silence, car si la dame était riche et belle , il était bien dangereux d'îèncoarir le resseùtimeat du Bon Lord de Douglas. Enfin un jeune et brave chevalier, nommé sir John Wilton, se leva vivement , et dit que, pour l'amour de celle qui l'ordonnait, il était prêt à occuper le Ohâleaa- Périlleux pendant un an et un jour, si le roi y donnait son consentement. Edouard l'accorda sans peine, et il fut charmé de trouver quelqu'un qui consentît à se charger d'un pareil poste.
Wiltouse maintintdans le château pendant quel,que temps; mais enfin Douglas ayant réussi, par une ruse nouvelle, à l'attirer en rase campagne avec une partie de sa garnison , il Tattaqua à Timproviste et tailla ses soldats en pièces. Sir John fut tué lui-même, et l'on trouva dans sa poche une lettre de sa maîtresse* Douglas se montra sensible à son malheur, et au lieu de faire périr ses prisonniers, suivant sa coutume barbare], il leur laissa la vie, et les renvoya sains et saufs à la garnison anglaise la plus voisine.
Douglas n'était pas le seul qui montrât un pareil acharnement contre les Anglais.. D'autres seigneurs puissans imitaient son exemple , et de ce nombre était sir Thomas Randolph, dont la mère était sœur du roi R(d>ert. Il s'était réuni à son oncle lorsque celaici avait pris les armes. Ensuite, ayant été fait prisonnier lors de la défaite de Bruce à Methven, Randolph fut obligé, pour conserver sa vie, de se joindre aux Anglais. Il leur resta à. constamment attaché , qu'il était avec Aymer de Valence et John de Lorn lorsqu'ils forcèrent Bruce de disperser ses soldat^ pour échapper à leur poursuite. Dans cette occasion Randolph fit même prisonnier le porte -étendard de son oncle, et s'enipara de Sja ban^ nière. Plus tard il fut pris lui-mênoie dans une maison abandonnée, par le Bon Lord James Douglas, qui le remit entre les mains du roi. Celui-cireprochaàson neveu d'avoir déserté sa cause, et Randolph j, qui était d'un naturel bouillant et emporté,, répondit avec Xant de l^auteur, que Robert l'envoya en prison. Bientôt après pourtant l'oncle, et le neveu se réconcilièrent, et Randpplv, crée comte de Murray par Robert, devint un de ses plus fermes soutiens. Il y avait entre Douglas et lui une sorte de rivalité à qui se distinguerait par les faits d'armes les plus hardis et les entrepnses les plus hasardeuses. Je vais vous en raconter une pu deux ponr TOUS montrer à quels dangers terribles étaient exposé^ les braves
gaerriers qui se dévouaient à la cause de l'Ecosse ; et qui voulaient chasser de son sein les usurpateurs.
Pendant que Rbbert prenait graduellement possession de toutes les provinces, Edimbourg, la capitale de l'Ecosse, restait avec sonxihâteau au pouvoir des Anglais. Sir Thomas Randolph désirait ardemment s'emparer de cette place importante, mais', cinmne vous le savez parfaitement, le château est bâti sur un rocher si haut et si escarpé, qu'il est presque impossible d'arriver au pied des murailles , et à plus forte raison de les franchir.
Tjmdisqne Randolph ne savait quel moyen imaginer, un gentilhomme écossais nommé Francis, qui s'était rangé sons l'étendard de Bruce, demanda à lui parler en secret. Il lui apprit que dans sa jennesse il avait halnté le château d'Ediknbourg , dont son père était gouverneur; qu'il aimait alors une jeune personne qui habitait la partie de la ville située sous le château qu'on appelle Grass- Market, et que, comme il ne pouvait sortir le jour pour aller voir sa maîtresse, >il avait trouvé le moyen de descendre la nuit le long àa roc presque perpendiculaire du côté du sud ; qu'après le rendez- TODs il remontait de la même manière, et qu'il se. servait d'une échelle pour franchir le rempart, qui en cet endroit n'était pas très élevé, ceux qui l'avaient construit regardant le rocher comme inaccessible. Francis avait parcouru tant de fois cette route périlleose, qu'il la connaissait parfaitement, et quoique bien des années se fussent écoulées depuis lors, il assura Randolph qu'il était sÛr de conduire une petite troupe d'hommes déterminés jusqu'au pied dn rempart, qu'ils pourraient escalader avec des échelles. Le danger était d'être découvert par les sentinelles pendant qu'ils graviraient le rocher; car alors leur perte était certaine.
Cependant Randolph n'hésita pas à tenter l'aventure. Il prit avec lui trente hommes qu'il dioisit parmi les plus actifs et les plas courageux de sa troupe, et il se rendit par une nuit obscure an pied du rocher, qu'ils commencèrent à, gravir sous la conduite de Francis, qui,' s'aidant des pieds et des mains, atteignait une pointe du roc, la redescendait , en tournait une autre, et avançait peu à* peu par un chemin où quelquefois il pouvait à peine se soutenir, et qui semblait plutôt fait pour des chats que pour dès hommesi Les trente soldats le suivirent l'un après l'antre, gardant le pins profond silence et marchant avec les plus grandes précautions; car il h'eût fallu que là chute d'vne> pierre ou une parole imprudente pour donner l'alatme aiix sentinelles.
70 HlSTOiKE D'fiOOSSE.
Lorsqu'ils taxeai amyéâ^. presque eu haut du rocher, ils enteitdirent les soldats qui faisaient une ronde pour voir si tout était trauquille autour du ejbâteau, Raudolph et ses compagnons n'avaient pas d'autre parti à prendre que de rester immobiles chacim à leur place y dans, l'espoir que les Anglais passeraient sans les apercevoir. Tandis qu'ils étaient dans cet état pénible, sans mêaie oser respirer, ils eurent un nouvean sujet de terreur. Un des soldats de la garnison y voulant effrayer ses camarades qui faisaient la roqde, jeta une pierre du haut du mur, en s'écriant : -^ Ah I ah I je vous voisl La pierre roula avec fracas tout contre Randolph et sa petite troupe, qui naturellement s/e crurent découverts. S'ils avaient fait le moindre mouvement ou le plus léger bruit» ils étaient perdus, car les soldats anglais auraient pu les exterminer jusqu'au dernier, seulement en précipitant sur eux des quartiers de rocher, l^lais comme ils étaient tous d'un courage et d'un sang* froid à toute épreuve, ils ne laissèrent pas échapper un mot, et les soldats anglais, pensant que. leur camarade avait voulu leur jouer on tour, comme cda était réellement, s'éloignèrent sans pousser plus loin leurs recherches.
Alors Randolph et ses compagnons recommencèrent à gravir le rocher, atteignirent le rempart , qui en cet endroit n'avait pas plus de deux {oi&la liauteur d'un homme; ils plantèrent les échelles qu'ils avaient ap^rtées, et Francis s'élança le premier pour leur 9atf>ntrer le cbemia« Un brave chevalin nommé sir André Grey le suivit imgpiédiatemeut» Randolph monta le troisième^ et lesjBiutres viDreQl}eMotte«Uaeiois dans l'intérieur du château, le reste alla tout sedl; car les: soldats.de la garnison étaient plongés dans un profond soDMueil, à l'exception des sentinelles, qui furent bientôt tuées; Aiusi fut pf ia le châtjeau d'Edimbourg eu 131 2- 1 3.
Ce n'était pas seulement pa4^ les efEorts soutenus des grands et puissaifts barons comme' Randolph et Douglas que FEcosse devait xeconqi^rîr son ludépeadauce. Liçs braves fermiers et les boo^ paysans» <pii ne tenaient pas moina à leurs chaumières que les nobles à leuvs châteaux, et qui avaient t6ut autant à cœur la IQierté, coùcoururei^t pour leur bonne part à l'affranchissement derSeosse^ Je vais vous en diouper nue preuve parmi beaucoup d'autres.
Il y avait près de Linlitbgovr ou Lithgow, comme on prononce plus gàiéralement ce nom, un chateau*fort occupé par. une gsop* nisoQ anglaise, destinée à protéger les troiqpes répandues dans 1(9
PREMIVBB SERIE. 7t
pays<ia'eUes opprimaient. N<m loin db cette forteresse demeqrak
on fermier» homme brave et vigoureux, qui voyait avec joie lea
atantages que les Ecossais remportaient chaque jour sur leora
ennemis. Cet hommie, qui s'appelait Binuock, voulut faire aussi
qaelque cho^e pour seconder ses compatriotes, en s'emparant, s'il
était possible , du château de Lithgow. L'entreprise offrait des
difficultés.. Cette forteresse» située sur un lac, était détendue non»
seulement par une porte qui restait fermée aux étrangers, mais*
encore par une- herse. On donne ee nom à une espèce de grille
faius-ayec des barreau^ de fer placés en croix , que l'on, remonte
au. moyen de poulies;, au moindre signal de. danger on la laisse.
retomber, et les pointes de fer qui la terminent percent tout.ce
qui se trouve en-dessous. On conçoit facilement que dans nno
alarme soudaine on puisse abaisser une berse^ lors même qu'il
n'est plus possible de fermer les portes. Bino4>ck le savait trèa
bien^ mais il trouva le moyen de rendre aussi la herse inutile
lors([a'il attaquerait le château. '
11 rassembla quelques braves et robustes paysans, et les décida sans peine à l'aider dans son entreprise, qu'il exécuta comme noua allons le voir. Binnock fournissait ordinairement du foîa au cha* teau, et le gouverneur de Lithgow lui avait donné ordre d'en ^uneuer quelques charrettes, dont on avait besoin. Il promît ce qu'on lui demandait ; et la nuit ayant de porter le foin au château» il fit cacher sa petite troupe, armée aussi bien que possible ,jpi:8S de Ventrée, dans un endroit où la garnison i^e pouvait les aperce- "^oir ; elle devait accourir à son secours lorsqd'elle Tentendrait crier :— A moi! à moi ! Alors Binnoclk charge^ de foin une énorme <^harrette, y cacha huit hommes vigoureux bien armés, qui secouchèrent à plat • ventre ^ et qu'il couvrit de foin pour les dérober à tous les yeux. Il marchait lui-même d'un air indolent derrière la voiture, et il avait choisi pour la conduire le phis brave et le plus robuste de ^s serviteurs, qui portait une forte hache à sa ceinture. Binnock arriva de très bonne heure au (Château, et la sentinelle, qui ne vit que deux hommes amenant une charrette dei foin qu'on attendait, ouvrit les pprtes et leva la. herse pour les i^isser passer. Mais à peine la charreU^ fut-eUe sous ht porte» qufl Binnock fit un signe .à son valet, qui saisit, sa haehe ejt cm^ia/lit» ^oam ^ ou joug auquel étaient i^tachés les diavaux. Ceux-ci pair«ï
I. Ces ai6ts , que Tautenr explique lai-même en les conserrant , sont emptantés à la langue à» « WMii|iMs écMMhes.
73 mSTOlRB D'£C6SSB.
tirent aa grand trot dès qu'ils se sentirent en liberté^ tandis qae la charrette resta à la même place. An même instant- Binnock cria de tontes ses forcés : — à moi! à moi! et tirant l'épée qu'il tenait cachée sous ses habits de paysan, il tna le concierge. Les hommes armés.qni étaient sons le foin s'élancèrent à terre et se jetèrent sur les Anglais. Geax*ci essayèrent de fermer les portes; mais la charrette arrêtée sons la voûte les en empêcha. Us laissèrent tomber la herse ; mais les pointes de fer s'enfoncèrent dans le foin, et ne parent arriver jnsqn^à terre. Les paysans que Binnock avait mis en embuscade accoururent au signal convenu pour secourir leurs bravea camarades; le chfiteau fat pris , et toà^ les Anglais taés ou faits prisonniers. Le roi.Rebert récompensa Binnock en lui donnant un vaste domaine , qui resta pendant long- temps dans sa faniille.
Peut-être, mon enfant, êtes-vous fatigué de toutes ces histoires; jeirais cependant vous raconter encore conunent le grand et important château de Roxburgh fat repris sur les Anglais, et puis nous passerons à d'autres sujets^
Il faut que vous sachiez que Roxburgh était alors un vaste château , situé près du confluent de la Tweed et du Teviot , c'est-àdire à l'endroit oit ces deux rivières se confondent. Gomme il ne se trouvait qu'à cinq ou six milles des frontières, les Anglais tenaient beaucoup à le conserver, et les Ecossais , par la ihême raison, ne tenaient pas moins à le reprendre. Voici comment ils y parvinrent.
* On était dans les jours gras, que les catholiques célébraient alors par de grandes fêtes et de grandes réjouissances. C'était le dimauchè soir; une partie de la garnison de Roxburgh était occupée à boire et à se divertir ; cependant on avait placé des sentinielles sur les remparts, de peur de quelque attaque imprévue ; car les Ecossais avaient réussi dans un si grand nombre de tentatives semblables, qu'on était obligé de taire bonne garde, d'autant plus qu'on savait que pouglas était dans les environs.
La feiume d'un des officiers anglais, assise sur le rempart avec son enfont dans ses bras, regardait par hasard dans la plaine , quand elle aperçut quelque chose de nioir qui semblait s^appro* cher des fossés, et qui ressemblait assez à un troupeau de bœufs» E31e le montra à la sentinelle et lui demanda ce que c'était : — BabI bah I c'est lé troupeau d'un tel , répondit le soldat en nommant un fermier des environs du château; le brave homme tait son dimanche gras, et il a oublié de faire rentrer ses bœufs dans
1>REMIKRE SERIB. 78
leur Àable. Si Douglas Tient à passer par-là, il se repentira de sa n^Ugence.
La vérité est qne ce qu'ils aperceTaient du haut des remparts n'était pas un troupeau de bœufs, mais bien Douglas et ses soldats, qni avaient mis de grands manteaux noirs par>dessus leurs armes,, et qui se traînaient sur les pieds et sur les mains , afin de pouvoir, sans être remarqués., s'approcher assez du château pour pouvoir planter des échelles contre le mur. La pauvre femme, qui n'en saTuit pas davantage , resta tranquillement sur le rempart, et se mit à chanter pour amuser son en&nt. Je dois vous dire que le nom de Douglas était devenu si terrible aux Anglais, que les femmes s'en servaient pour effrayer les petits, garçons qui n'étaient pas sages, et elles leur disaient que, s'ils ne se tai-^ saient pa3, Douglas-le-Noir allait venir les prendre. La jeune femme chantait précisément cette chanson :
Hoêk yt , h9sk jr0 1 liai* pet r* Hushrf , kush j# , d» mat fret jr* , Tà0 Èimek Doughn tkall Hàtgtjr**.
Paix I p«ix t ne pleure pas 1
Paixl cher petit, don dans mes brasl
Oouglas-le-Moir ne viendra pas.
—Vous n'en êtes pas bien sûre, dit une voix à son oreille. En
même temps elle sentit une lourde main armée d'un gantelet qui:
^^appnyait sur son épaule, et, s'étant retournée, elle aperçut un
Cnmd homme tout basané , debout derrière elle : c'était Douglas-
le-IVoiren personne, le sujet dé sa chanson. Au même instant un
antre guerrier franchissait le mur près de la sentinelle. Celle-ci
donnaTàlarme, et voulut frapper de sa lance PEcossais, qui se
nommait Simon Ledehouse; mais Simon para le coup, et s'élun-
çaat sur le soldat angli^s , il le tua d'un coup de poignard. Le
i^ste des Ecossais accourut au secours de Douglas et de Lede-
lH>Qse, et le château fut pris. Une partie de la garnison fut mise
à mort, mais Douglas protégea la jeune femme et son etifant. Je
sois bien sûr qu'elle ne s'amusa plus à chanter la chanson de
Donglas-le-Noir.
Tandis que Douglas, Randolph et d'autres patriotes intrépides prenaient des forteresses aux Anglais, le roi Robert, qui était àlors^ à la tète d'une armée considérable , parcourait le pays et disper^ sait tout ce qu'il rencontrait d'Anglais sur son passage. Il pénétra dans le nord, soumit la grande et puissante famille des Gomyn,
qui conservait une haine invétérée contre lui à cause da meartre qa'il avait commis sur la personne de leur parent Comyn-le-R^ax, dans l'église de Dumfries. Ils s'étaient joints aux Anglais avçc toutes leurs forces; mais lorsque les Ecossais commencèrent à prendre le dessus, ils en furent cruellement punis. Bruce en fit décapiter plus de trente en un seul jour, et le lieu où ils furent enterrés est appelé a le Tombeau des Comyn-Sans^Tétes. »
Robert Bruce n'avait pas oublié non plus John de Lom qoi l'avait battu à Dalry et qui avait failli le prendre, grâce an courage des Mac-Androssers, ses vassaux, et qui ensuite l'avait poursuivi comme une bête fauve avec des limiers. Lorsque Joba de Lorn apprit que Le roi marchait contre lui, il espéra pouvoir ae défendre en se rendant maître d'un défilé fort étroit situé sur le flanc de l'une des plus hautes montagnes de l'Ecosse, le Beo- Cruachan ^. Ce passage se trouvait donc resserré entre des ro« chers escarpés d'un côté, et de profonds précipices de l'autre , au bas desquels se trouvait le grand lac appelé Lochawe , de sorte que John de Lorn se croyait parfaitement en sûreté , puisqu'il ne pouvait être attaqué que de front et par un sentier presque impra* ticable. Mais lorsque le roi connut la position de ses ennemis, il ordonna à Douglas de prendre avec lui un détachement d'archers armés à la légère, et de tourner la montagne en faisant un long circuit du côté du nord, de manière à tomber sur les derrières^ de la troupe de John de* Lorn, tandis que lui-même Tattaquerait par-devant. Douglas, arrivé à l'endroit désigné, donna le signal convenu ; aussitôt le roi s^avanç^ &ur le front de l'armée de Lom, qui, défiant Robert par des cds insultans, fit pleuvoir une grêle 4e flèches et rouler d'énormes pierres^ Mais lorsque Douglas et se^ ard^iers les attaquèrent par-derrière, ils perdirent aussit&t coa« rage et prirent l^a fuite. Un grand nombre périt dans les précipices hérissés de rochers,. d'auti:e& furent noyés dans le lac et dans la rivière qui y prend sa source. John de Lorn s'échappa seul daoa uiiMe barque qu'il axait fait tenir tïoute prête, sur le lac, TeUe fiit ) la vengeance que tira de lui Robert^ qui s'einpaiça en outre df una
l grande partie de ses possessions.
Il ne restait phis aux Anglais de place de quelqiie.iwpoirtaiice en Ecosse, à l'exception de Stirlingi, qui était assiégé ou plutftt bloqué par Edouard Bruce , frère du roi. Bloqjoer une viUe ou «p
t.. C'est aa pifed êe cette tfiôntagne que Watter Scott a placé dam hi Chroniques de la CaiMugaiÊ la bttttA de U TMve dn BigUaiuk.. ./ ..«
FREMUttB SBRIB. 75
château^ c'est l'entourer de m«uière à œ qv'cm ne puisse Tenir du dehors y apporter des provisions. Philippe Mewlnray, qui commandait celte forteresse y croyant quM allait être réduit à la der« mèrç extrémité faute d^ vivres^ proposa à Edouard de s'engager à lui ouvrir les portes du château s'il n'était pas secouru par le rot d'Angleterre ayant le milieu de l'été* Sir Edouard consentit à cet arrangement» et permit à Muwhray d'aller à Londres faire part au roi de cette capitulation. Lorsque Robert apfM-it ce que son frère avait fait, il pensa qu'il avait commis une grande imprudence, puisqaae c'était s'exposer à avoir à combattre toutes les forces réunies d'Edouard, qui avait sous sa dominaUon TAngle* terre, rirlande, le pays de Galles et une grande partie de b France, et qui, par conséquent^ pouvait rassembler dans cet in* tervaile nne armée bien supérieure à celle que Robert Bruce fût parvenu à réunir quand bien même l'Ecosse entière eût été réunie S0Q3 sa d<Hniaatk>n. Su* Edouard répondit à son frère avec son aa- 4ace habituelle : —Que le roi d'Angleterre amène ici tous ses soldats, nous les battrons; fusseat-i)s encore plus nombreux^ Le Foi ne put- s'empêcher d'admirer son courage, tout téméf aire qu'il était. — Puisqu'il eu- est ainsi ^ mon frère» lui dit-il, Soutenons lM*aveiiiçnt le combat. Rassemblons tous ceux qui nous aiment et qui désirent la lUterté de l'Ecosse; qu'ils viennent avec tous les nommes dont ils pourront disposer, et qu'ils nous aident à re^ pousser le roi d'Angleterre, s'il vient avec son armée ani'secours ^Sûrliog.
v# CHAPITRE Vm.
B«taille dft BaiiDook.biim.
EdouARD II , ainsi que nous l'ayons déjà dit , était loin de po«<< séder les grandes qualités de son père : c'était un prince sans cautère, qui se laissait gouverner, par d'indignes favoris, et qui était beaucoup plus occupé de sçs, pbdsirs que du gouvernement éti son i;o]çanme» Edouaçd I®** serait entré ea Ecosse à la tête, d'uii^ Ibom^eusç aripée, sans laisser le temps à Bruce de reprendre^ uiui
si grande é^endae de pays; mkis noos avons va qa'benreaàement pour les Ecossais ce prince, auquel, malgré son ambition, on ne peut refuser de la prudence et du courage, mourut au moment de marcher contre eux. Son fils, après lui, s'occupa peu delà guerre d'Ecosse , et il perdit ainsi l'occasion de vaincre Bruce lorsquHl n'avait encore qu'un parti peu considérable. Mais lorsque sir Philippe Mowbray vint à Londres pour annoncer au roi que là ville de Stirling, dont il était gouverneur, la dernière place importante qui restât au pouvoir des Anglais, devait être livrée à l'ennemi au milieu de Tété , si à cette époque elle n'était secourue, alors toate la noblesse anglaise s'écHa que ce serait une honte ineffaçable de laisser tomber entre les mains des Ecossais, par une inaction coupable, toutes les belles conquêtes d'Edouard !"''• U fut donc décidé que le roi se rendrait lui-même en ^cosse avec les forces les plus imposantes qu'il serait possible de réunir.
Edouard II rassembla une des armées les plus nombreuses qu'an roi d'Angleterre eût jamais commandées; il lui vint des troupes de toutes les parties de ses vastes domaines : de l'Irlande, du pays de Galles, et aussi des belles provinces que le roi d'Angleterre possédait ^n France. Tous les grands barons, tons les nobles de l'Angleterre, accompagnés de leurs vassaux, vinrent se ranger sons ses étendards. Cette armée formidable ne' s'élevait pas à moins de c^t mille hommes.
Lorsque Robert Bruce apprit les grands préparatifs de guerre que faisait Edouard II, il convoqua toute sa noblesse, qui s'enipressa de se joindre à lui. Cependant, malgré l'enthousiasme général, les Ecossais étaient bien inférieurs en nombre à leurs ennc« mis, puisque leur armée n'était pas de plus de trente mille honuneâ, et ils étaient moins bien armés que les riches Anglais : niais ^& revanche, Robert, qui était à leur tête, était' un des plus grands généraux de son temps. Son frère Edouard, son neveu Randolph, son fidèle Douglas, et une foule d'autres braves capitaines, commandaient les mêmes hommes qui avaient remporté tant de victoires sous leurs ordres, malgré le désavantage du nombre et de la posilion.
Le roi chercha à supplée^ par l'adressé à ce qui lui manquait sous le rapport de la force. Il connaissait la supériorité de la cavalerie anglaise, jplus considérable et mieux montée que la sienne, et celle des archers anglais, dont la réputation s'était i^pandne dans tout l'univers. C'étaient deux avantages précieux pour ses
ennemis; il résolut de les paralyser. Dans ce dessein, il condoisit son armée da^ns une plaine près de Slirling , appelée le Parc. Poor y arriver^ l'armée anglaise devait nécessairement passer sar an soi homide et marécageux, rempli de fondrières, tandis que les Ecossais occupaient un terrain sec et uni, Robert fit creuser une multitude de trous de deux pieds de profondeur à peu près sur tout le front de sa ligne de bataille, à l'endroit où il était probable que la cavalerie ennemie donnerait. Ces trous furent remplis de légères broussailles qu'cm recouvrit de gazon, de sorte que le tertain paraissait uni, tandis que, par le fait, il était rempli de trous aussi nombreux que les cellules d'un rayon de miel. Robert fit anssi semer au même endroit des espèces de pièges appelés chausse -trappes, pour enferrer les hommes et les chevaux. Lorsque son armée fut rangée en bataille, elle formait une ligne qni allait du nord au sud. Du côté du sud, elle était appuyée sur nue rivière nommée Bannockbnrn , dont les bords sont si rocailleui, qu'il était impossible que des troupes pussent venir l'attaquer par là. Au nord, l'armée écossaise s'étendait presque jusqu'à la ville de Stirling. Bruce passa ses troupes en revue avec I4 plus scrupuleuse attention; les valets inutiles, les conducteurs de chariots, et tous les gens de cette espèce qui se trouvaient en grand nombre, reçurent l'ordre de se retirer derrière une hauteur nommée Gillies-Hill, c'est-à-dire le roche^r des serviteurs. Alors le roi harangua ses soldats, et leur dit qu'il était résolu à mourir sur le champ de bataille ou à remporter la victdre ; que s'il en était parmi eux qui ne fussent pas prêts à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang, ils eussent à quitter leurs rangs et à se retirer ; qu'il ne codait conserver que ceux qui, conune lui, voulaient- vaincre ou mourir, suivant qu'il plairait à Dieu d'en décider.
Lorsque son principal corps d'armée fut rangé en ordre de babille, le roi pk^ Randolph avec un corps de cavalerie près de l'église de Saînt-Ninian, et lui recommanda d'empêcher à tout prix que des secours ne pénétrassent dans la ville de Stirling. En même ^emps il dépêcha James de Douglas et sir Robert Keith pour surveiller les mouveïnens de l'armée anglaise, qui avait déjà passé falkirk. Ils revinrent .dire au roi que la marche de cette armée était un des plus beaux et des plus terribles spectacles qu'on pût voir; que toute la contrée paraissait couverte d'himunes armés à pied et à cheval; que les étendards, les bannières, les pennons, tous drapeaux de différens genres , flottaient en si grand nombre
18 HISTOIRE D'EGOSSK.
dans les airs, qae l'armée la plus brave et la pins nombrease de la obrétieoté n'aurait pu vair sans terreor s'avancet contre eUe des forces aussi formidables.
Ce fut le 23 juin 1314 que le roitl'Ecesse reçut la nouvelle que les Anglais s'approchaient de Stirling. Il fit placer son armée selon Tordre de bataille qu'il avait adopté d'avance. Au bout de. quelques instans> Bruce, qui attendait avec autant d'anxiétié que d'impatience que l'ennemi parût, aperçut un corps de cavalerie quicher» chait à pénétrer dans Stirling du côté de Test. C'était lord Clifford qui, à la tête de huit cents cavaliers d'élite, avait été détaché pour secourir le château. — Voyez, Randolph, dit le roi à son neveu, voilà une rose de moins à votre couronne. Il voulait dire par ces paroles que Randolph avait perdu de sa gloire en laissant passer Tennemi, lorsqu'il avait reçu l'ordre de tout faire pour l'en empêcher. Randolph ne r^ondit rien , mais il s^élanca à la poursuite de Clifford avec un corps de troupes qui n'était pas la moitié de celui qu'il allait combattre; encore les Ecossais étaient«>ils à pied. Les Anglais se retournèrent pour les charger avec lebrs longues lances. Randolph fil serrer les rangs pour les recevoir. Il semblait alors dans un danger si imminent, que Douglas demanda au rèi la permission d'aller le soutenir, mais Bruce la refusa.
— Laissez Randolph réparer sa foute, dit-il ; je ne puis changer pour lui mon plan de bataille. Cependant la position de Randolph parut devenir plus critique encore , et la cavalerie ennemie semblait cerner entièrement sa petite troupe. — Sous votre bon plaisir, dit Douglas au roi , je ne puis voir froidement périr Randolph sous mes yeux ; je vole à son secours. En disant ces mots, il partit au grand galop ; mais bien avant qu -iltât arrivé au lieu du combat, il vit 'les chevaux anglais s'enfuir de tous côtés, la plupart la selle vide.
— Halte i dit Douglas à sa troupe; Randolph est vainquenr. Puisque nous ne sommes pas arrivés à temps pour lui donner un coup de main, ne diminuons pas sa gloire en nous approchant du champ de 'bataille. H y avait dans cette conduite d'autant plus de noblesse, que Douglas et Randélph étaient rivaux et therchaîent par tous les moyens possibles à l'emporter l'un sur l'autre dans l'estime du roi et de ki nation.
Cependant i'^vaiit-garde de l'armée anglaise commençait à se montrer, et une troupe des plus braves chevaliers s'avança poat «xamiuer ta position des Ecossais. Us virent le roi Robert , cou-
tort de son armure ; toae couronne d'or , qu'il portait sur son eaisqae , le feisait aîsément reconnaître. 11 ne montait pas encore son grand cheval de bataille,' parce qu^il ne prévoyait pas corn* battre le soir même , mais il parcourait les rangs de son armée sur an de ces petits chevaux d'Ecosse qu'on appelle poneys, et il portait à la main une petite hache d'armes. Lorsqu'il vit s'appro* eher les chevaliers anglais, il s'avança un peu hors des rangs^ ponr les examiner de plus près. Au nombre de ces chevaliers il s'en trouvait un , nommé sir Henry de Bohnn , qui pensa que Vétùt une occasion excellente de s'illustrer à jamais , et de ternÛBer la guerre en tuant le roi Robert, qui était mal monté et (pà n'avait pas de lance. Il courut donc sur lui au grand galop , ne doutant pas qu'avec son vigoureux coursier et sa longue lance il ne renversât aisément son ennemi, Robert le vit venir, et , at* tenâant qu'H fiit très près , il détourna légèrement son cheval , et il évita ainsi la pointe de l'arme de sir Henry , qui , une fois lancé, allait le dépasser malgré lui; mais à l'instant même le roi, se levant sur ses étriers , lui assena sur la tête un coup de hache si terrible , qu'il brisa son casque comme s'il eût été de verre , et le renversa de son* cheval. Il était mort avant d'avoir touché la terre.. Cet acte de bravoure fut blâmé par tous les chefs écossais, qui dirent an roi •qu'il n'aurait pas dû s'exposer ainsi, lorsque le salut ile tome l'armée reposait sur sa tête. ILe roi , pour toute réponse , diten jetant les yeux sur son arme , que la force du <ïoup avait endomnôgée : — J'ai gâté 91a bonne hache d'armes.
Le lendemain 24 juin le combat s'engagea sérieusement dès laipoifite du jour. Les Anglais, en s'avançant, virent les ennemis en bataille. L'abbé d'Inchàffray parcourait leurs rangs pieds nus ^ et les exhortait à combattre vaillamment pour leur liberté. Os s'agenouillaijent sur son passage , et priaient Dieu de leur accorder la victoire. A ce spectacle Edouard s'écria : — Us se mettent à ^ouxl ils'demandent pardon h^^ Oui , répondit un célèbre baron anglais , nommé Ingelram d'Umphraville ; mais c'est à Dieu qu'ils le demandent , et non à nous. Ces gens-là rédiporteront la victoire ^ mourront sur la place.
Le rw d'Angleterre donna ordre de commencer l'attaque. Ses archers bandèrent leurs arcs, et se mirent à tirer avec tant de rapidité et de pré«iisi6n , que les flèches tombaient comme la ndgte un jour de Noël. Beaucoup d'Ecossais furent tués, etpeut-étre que, somme à Falkirk , les archers eussent décidé la victoire , si Bruce^
aO HISTOIRE D'ECOSSE.
qai avait pré va ce danger, ne les eût fait charger par un corps de cavalerie d'élite qu'il tenait en réserve dans cette intention, et qui s'avança sur eux an grand galop. Ces archers n'avaieâ pour toute arme que leur arc et leurs flèches, qui leur devenaient inutiles lorsqu'on les attaquait corps à corps. Les cavaliers écossais en tuèrent un grand nombre et dispersèrent le reste.
La superbe cavalerie anglaise s'approcha alors pour soutenir les archers et attaquer l'armée écossaise. Mais parvenus à l'endroit où le sol était rempli de trous et de fossés , les chevaux s'abattirent, et leurs cavaliers, tombant les uns sur les autres, furent tués sans pouvoir se défendre ni se relever, accablés comme ils l'étaient sous le poids de leur armure. Le 4ésordre se mit dans les rangs de l'armée anglaise, et le roi d'Ecosse, profitant du moment, l'attaqua avec toutes ses forces réunies.
Un événement bizarre décida de la journée. Les domestiques et les conducteurs écossais s'étaient retirés , conune je vous Tai dit, derrière Gillies-Hill. Mais lorsqu'ils virent que leurs maîtres allaient remporter la victoire, ils s'armèrent de tout ce qu'ils trouvèrent sous leurs mains , et sortirent de leur retraite, afin d'avoir aussi leur part de gloire et de butin. Les Anglais , les voyant débusquer tout à coup, prirent ce ramas confus pour un corps 4'armée qui venait soutenir les Ecossais^ et perdant tout courage ils ne songèrent plus qu'à se sauver de leur mieux. Edouard luimême s'enfuit du éhaimp de bataille à bride abattue. Douglas, à la tête d'un corps de cavalerie,, le. poursuivit jusqu'à Dunbar: Patrick, comté de March, gouverneur de cette ville , qui tenait encore pour les Anglais, recueillit Edouard , et lui procura un bateau de pécheur sur lequel ce prince réussit à gagner l'Angleterre.
Jamais, ni avant ni depuis cette époque, les Anglais ne perdirent- de bataille plus complète que celle de Bamtockburn , et jamais les Ecossais ne remportèrent de victoire plus éclatante. Une foule de seigneurs et de gentilshommes , Télile de la^noblesse d'An** gleterre, restèrent sur le champ de bataille ; un plus grand nombre encore furent faits prisonniers 5 en un mot, toute cette armée du roi d'Angleterre , Is^ plus belle qu'on eût encore vue, fut entièrement détruite ou dispersée. Après cette grande défaite, hienloia d'être en état àe soutenir leurs droits prétendus sur le royaume d'Ecosse, ni d'envoyer des armées pour le soumettre, comme ils l'avaient fait pendant près de vingt ans, les Anglais réussirent a
peioe à défendre leurs frontières contre Robert Bruce et ses yaillan^oldats»
Il ^ livra plusieurs batailles sur le sol d'Angleterre, et dans tontes les Ecossais eurent l'avantage. La plus célèbre eut lieu à Nitton> dans le comté d'York ; tant de prêtres prirent part à cette affaire, que les Ecossais la nommèrent le Chapitre de Mitton. On appelle chapitre le corps des chanoines d'une cathédrale. Le sang coQla à grands flots pendant et après la bataille, et les Ecossais dévastèfent le pays justpi'aux portes mêmes d'York. Ils avaient alors nue supériorité marquée sur leurs anciens ennemis , qui , si récemment encore y avaient voulu leur imposer le joug de l'An* gleterre.
Ce fat ainsi que Robert Biiice , d'exilé qu'il avait été , poursuivi comme un malfaiteur ou comme un animal dangereux, s'éleva au rang de souverain indépendant , et fat universellement reconnu pour on des plus sages et des plus vaillans rois qu'il y eût alors. La nation écossaise, de province conquise et opprimée , devint un état fibre, régi par ses propres lois et gouverné par ses princes Intimes. Si , après la mort de {iruce , l'Ecosse eut encore beaucoup à souffrir des hostilités des Anglais , et plus encore des guerres civiles qui déchirèrent son sein, jamais du moins elle ne perdit cette liberté à laquelle Wallace avait sacrifié sa vie, et que le roi Robert avait recouvrée autant par sa sagesse que par ses ^^'^^^oss. Il est donc juste que , tant que TEcosse existera , elle conserve on souvenir religieux de ces braves guerriers et de ces fidèles patriotes.