CHAPITRE IX
Exploits d'Edouard Bruce » de Dotiglas , de Randolpb , comte di; Mariray. •— Mort de
Robert Bràce.
Vous ne serez sans doute pas fâché d'apprendre, mon enfant, ce que devint Edouard, ce frère de Robert Bruce qui était si brave et en même temps si téméraire. Il faut que vous sachiez qu^à cette époque rirlande avait été piysque entièrement conquise par les Anglais. Fatigués de leur domination , une grande partie tkes
82 HISTOIRE D'BGOSSE.
Gheis irlandais inyilèrent Edouard Bruce à Teair se mettre à lear ^ête pour chasser les Anglais, et devenir leur roi. Ces pix>p«6itions lui plurent assez; car il était entreprenant , ambitieux, et désirait ardemment se battre pour se faire un grand nom» Edouard Bruce avait autant de bravoure que son frère; ^ mais il était loin déposséder la même prudence, la même circonspection; car à Texceptiôn du meurtre de Comyn«le-Roux , cruauté inutile qu'on ne peut lui pardonner, RobertBruce s' était toujours montré aussi sage que courageux. Il eût vu avec plaisir son frère , qui avait toujours combattu si vaillamment pour lui , devenir roi d'Irlande : aussi résolut-il de le seconder de tout son pouvoir ; et non*seulement il lui fournit des troupes pour appuyer ses prétentions, mais il p£^ssa lui-même en Irlande à la tête d'un corps considérable. Les deux frères remportèrent plusieurs victoires et pénétrèrent assez avant dans le pays ; mais les Anglais avaient des forces si nombreuses , et les Irlandais se rangeaient en si grand nombre sous levurs drapeaux, au lieu d'accourir dans les rangs écossais, comme Edouard et Robert s'en étaient flattés , qu'ils se virent contraints de renoncer à leur entreprise.
Le général anglais, sir Edouard Butler, capitaine d'un grand mérite , marchait à la tête d'une armée bien plus nombreuse que celle des Ecossais, qui, chaque matin, étaient obligés, pour éviter d'être accablés par le nooaibre , de reculer djevant leurs ennemis.
Je vous ai souvent dit que le roi Robert était un sage et bon prince. Pendant cette retraite il se montra, surtout dans une circonstance, humain et compatissant. Pressée par les Anglais et les Irlandais réunis , l'armée écossaise- avait reçu ordre un matin de battre en retraite avec le plus de célérité possible ; car c'eût été le comble de l'imprudence que de risquer le combat contre des forces si supérieures, et au milieu d'un pays qui s'était déclaré contre eux. Tout à coup, au moment où Robert allait monter à cheval, il entendit une femn^e qui poussait des cris de désespoir. — Qu'est-ce que c'est? demanda le roi. On lui répondit qu'une pauvre blanchisseuse, qui venait d'accoucher et qui était encore trop faible pour pouvoir suivre l'armée , allait être laissée en arrière. Cette malheureuse femme se désespérait à l'idée de tomber entre les mains des Irlandais , dont on racontait mille cruautés. On n^avait aucun moyen de transports j^ur emmener la pauvre mère f t son enfant, il fallait donc les abandonner.
Le roi Robert garda un moment le silence ; il était partagé entre la pitié que lui inspirait cette infortunée et la crainte de compro* mettre le salut de son armée en faisant faire halte. A la fin , jetant sar tous ses officiers des regards étincelans de courage et d'enthousiasme : ' — De par le ciel I s'écrîa-t-ii , il ne $era pas dit qu'on h<Hnme qui doit la vie à une femme, qui a été nourri par elle^ a laissé une mère et son enfant à la merci de barbares. Oui, j'en prends Dieu à témoin , quoi qu'il arrive , je combattrai Edouard Butler plutôt que de laisser derrière moi ces infortunées créatures* Que l'armée se range donc en bataille , et que pour le moment il ne soit plus question de retraite.
Cette généreuse résolution eut un ûngulier résultat. Le général anglais y qui savait que Robert était l'un des plus grands capitaines de répoquCy voyant qu'il s'arrêtait pour lui offrir le combat, s'imagina qu'il avait reçu des renforts considérables et n'osa l'attaquer. Ainsi Bruce eut tout le temps d'aviser aux moyens de faire transporter la pauvre femme et son enfant en Ecosse/ et de combiner ensuite le plan de ses opérations.
Malheufeuscmeut des affaires pressantes le rappelèrent dans son royaume , et il fut obligé de laisser Edouard tenter seul la conquête de l'Irlande. Celui-ci , aussi imprudent que brave , livra bataille , contre l'avis de ses meilleurs officiers ^ à sir Piers de Birnûngham, général anglais. Les Ecossais furent cernés de toutes parts, mais ils n'en continuèrent pas moins à se défendre vaillamment. Edouard donnait l'exemple, en combattant au premier rang. Enfin un clievalier anglais , nommé John Maupas, attaqua Tivement Edouard. lisse battirent avec un tel acharnement, qu'ils se portèrent réciproquement des coups mortels. Après la bataille on trouva Maupas étendu sur le corps de son ennemi : l'un et l'autre avaient cessé d,'exister. Après la înort d'Edouard Bruce, les Ecossais renoncèrent à la conquête de Tlrl^ande.
Robert Bruce continua de régner avec gloire pendant plusieurs annéeS;, et il battit si constamment les Anglais, que ceux-ci parurent avoir cédé à leurs voisins leur ancienne supériorité. Mais il est bon que vous vous rappeliez qu'Edouard II, qui régnait alors en Angleterre, était un prince faible et frivole, qui n'était entouré que de conseillers pervers. Il n'est donc pas. étonnant qu'il n'ait jamais pu résister à un général aussi brave et aussi habile que Robert Bruce, qui avait appris la guerre à l'école de Tad-
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versité , et qui devait sa couronne à son courage et à sa persé- Térance.
Pendant la dernière année de son règne Robert tomba dans un état d'épuisement 'complet. Il était attaqué d'une cruelle maladie nommée la lèpre, qu'il avait gagnée dans sa jeunesse, lorsqu'il s'était vu si souvent obligé de se cacher dans les bois et dans les marais sans trouver un toit pour abriter sa tête. Il habitait alors un château sur les bords charmans de la Clyde , près de son em» bouchure. Son plus grand plaisir était de descendre le fleuve jusqu'à la mer sur une petite chaloupe qu'il avait fait équiper exprès. Il n'était plus en état de monter sur son cheval de bataille , ni de mener des troupes au combat.
Pendant que Robert. était dans eet état de faiblesse et de souffrance, Edouard II, roi d'Angleterre, mourut, et s6n fils Edouard III lui succéda. Il devint par la suite un des plus braves et des plus grands rois de l'Angleterre ; mais il était très jeune alors, et sous la tutelle de sa mère , qui se laissait gouverner entièrement par un indigne favori nommé Mortimer.
La guerre continuait toujours entre l'Angleterre et l'Ecosse. Robert donna le commandement de ses troupes à ses deux grands capitaines, le Bon Lord James Douglas et Thomas Randolph, comte de lilurray. Us partirent avec l'ordre de pénétrer dans les comtés de Northumberland et de Durham, pour y faire aux Anglais tout le mal possible. Les forces des Ecossais s'élevaient à peu près à vingt mille hommes , tous armés à la légère et montés sur des chevaux de petite taille, mais pleins d'ardeur et de force. Chaque Ecossais portait avec lui pour toutes provisions un petit sac de farine d'avoine ; à l'arcon de sa selle était attachée une petite assiette de fer appelée girdle ^, qui lui servait à cuire son avoine pour en faire àes galettes. Ils tuaient les bœufs qu'ils trou* valent dans les champs, en grillaient la chair avec des broches de bois , ou bien ils la faisaient cuire dans la peau même de l'animal, en l'arrosant un peu d'eau pour que la peau ne brûlât pas. Vous voyez qu'ils ne poussaient pas très loin l'art de la cuisine. Ils n'étaient pas plus recherchés dans leur chaussure : ils faisaient euxmêmes leurs souliers , ou plutôt leurs sandales ; c'étaient tout simplement des bandes de cuir de bœuf, qu'ils coupaient à peu