CHAPITRE X
Du gouTernement de TEcosse.
*^£ crains , mon cher Hugh , que ce chapitre ne vous paraisse un peu ennuyeux et assez difficile à comprendre ; mais si à la première lecture TOUS n'en saisissez pas tout le sens, ayez le courage ^cle lire une seconde fois, et tous serez plus heureux. Je vaisd'ailleurs tâcher d'être aussi clair que possible.
Gomme l'Ecosse ne fut jamais aussi puissante que sons le règne oe Robert Bruèe, c'est le moment convenable pour rous apprendre, celles étaient les lois qui gouvernaient le peuple.
11 &ut d'abord observer qu'il y à deux espèces de gouverne» luent: le gouvernement despotique ou absolu , dans lequel le roi peut faire de ses sujets tout ce qu^il veut , s'emparer de leurs bien^,. on leur ôter la vie à son bon plaisir: ce gouvernement est celui de ^Qsles royaumes de l'Orient. Les rois , les empereurs ou les sul- ^iis de ces contrées disposent de leurs sujets comme ils Tenten* uent, sans que personne ait le droit de contrôler les actes de leurvolonté. C'est un grand malheui* pour les peuples d'être gouvernés. ^^nsi ; les hommes ne sont plus alors que des esclavesi dont les
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biens et la vie même appartiennent aa roi, qui peut en disposer suivant son caprice. Sans doute il y a des rois sages , justes et humains, qui n'usent du pouvoir supiême qui leur est confié que pour faire le bonheur de leur peuple ; mais il en est d'autres qui sont faibles, sans caractère, et dont les méchans parviennent à force de flatteries à gagner la confiance , leur faisant commettre mille actions injustes , dont seuls ils n^auraieiit peut-être jamais ea l'idée. Enfin, il y a aussi de mauvais rois qui abusent de ce pouvoir sans bornes pour persécuter leurs sujets, les priver de leurs biens, les jeter dans des cachots , leur ôter la vie , enfin exercer sur eux leur avidité et leur avarice ; ces rois sont appelés du nom odieux de tyrans.
Les Etats les plus heureux sont donc ceux qui ont un gouvernement libre, c'est-à-dire un gouvernement où le roi lui-même est soumis aux lois , et ne peut régner que par elles. Sous cette forme de gouvernement , le roi ne peut mettre un homme à mort que s'il est coupable de quelque crime que la loi punisse de cette peine, ni exiger de son peuple aucun impôt , excepté celui que la loi accorde pour les dépenses du royaume. Prescjue toutes les nations de l'Europe moderne ont eu dans Torigine des gouvernemens libres ^ mais il eu est chez lesquelles les rois ont acquis une autorité beaucoup trop grande, quoiqu'elle so.it bien loin d'égaler celle des despotes de TOrient. D'autres pays , entre autres la Grande-Bretagne, ont été assez heureux pour conserver une constitution libre, qui protège ceux qui vivent sous son empire contre toute oppression et tout pouvoir arbitraire. Nous la devons à nos braves ancêtres, qui se sont toujours montrés prêts à la défendre au prix de leur vie ; et c'est pour nous un devoir sacré de la transmettre intacte à nos descendans.
En Ecosse et dans la plupart des contrées de l'Europe, les principes de la liberté étaient protégés par le système féodal qui alors était établi partout. Vous vous rappelez que, d'après ce système, le roi octroyait des terres aux nobles et aux grands barons , qui devenaient alors ses vassaux pour les fiefs ou domaines qu'ils en avaient reçus, et qui, à ce' titre, étaient tenus de le suivre à la guerre et d'assister au grand conseil où se discutaient toutes les affaires du royaume. C'était dans ce conseil , appelé aujourd'hui parlement, que les lois étaient faites ou modifiées, non pas au gré du roi , non pas an gré des membres du conseil , mais par le concours du roi et du conseil. Maintenant il faut vous apprendre corn-
PREMIERE SERIE. Si;
ment ce grand conseil était composé, et quels étaient ceux qui jouissaient du privilège d'en faire partie.
Dans le principe , il n'est pas douteux que tous les vassaux qui tenaient leurs terres directement de la couronne n'eussent le droit, et ne fassent même obligés d'assister au grand conseil du royaume. Aussi toute k haute noblesse s'y rendait-elle dès qu'elle y était mandée par le roi ; mais il eût été bien difficile et bien dispendieux, poar la classe des petits propriétaires qui n'avaient que des fiefs de peu d'importance, de ^irede Jongs voyages pour aller au parlement, et de rester plusieurs jours ou peut-être même plusieurs semaines loin de leurs familles et de leurs affaires. En outre, si tous les vassaux du roi ou francs-tenanciers [freeholders) ^ comme on commençait à les appeler, s'y étaient rendus, l'assemblée se serait trouvée trop nombreuse pour qu'il eût été possible de déli' térer. A. peine eût-il été possible de trouver un local assez vaste pour la contenir, et jamais un orateur n'aurait pu parvenir à se faire enteadre d'une foule pareille. De là vint qu'au lieu d'assister tous personnellement au conseil, les barons inférieurs, comme on appelait les petits propriétaires pour lés distinguer des grands DoWes, s'assemblèrent dans leurs districts eu comtés respectifs, et choisirent un ou deux des plus sages et des plus expérimentés d'entre eux pour les représenter au parlement ou grand conseil de la nation, et y défendre leurs intérêts communs. Ce fut ainsi que les vassaux de la couronne qui composaient le parlement vinrent à former deux corps différens : les pairs ou la grande noblesse, que le roi convoquait spécialement , et ceux des barons inférieurs qui étaient envoyés des différens comtés de l'Ecosse pour représenter les vassaux de la couronne. Outre ces deux classes distinctes, le parlement renfermait encore les représentans du clergé et des "ourgs ou villes considérables.
I^ans le temps oii la religion catholique romaine était la religion domiaante, les prêtres exerçaient dans toute l'Europe une grande influence, et ne négligeaient .aucune occasion de maintenir leur puissance et leur autorité. Il n'était donc pas étonnant qu'on vît %arer au parlement les chefs du clergé , c'est-à-dire les évêques ®' les prieurs des grandes abbayes, que l'on appelait abbés mitres parce qu'ils avaient le privilège de porter une mitre comme les évêques. Ils y étaient admis pour défendre les intérêts de l'Eglise, et prenaient rang avec les pairs ou nobles titrés.
Il ne nous reste plus à parler que des bourgs. Il faut que vous
sachiez qae poar favoriser le commerce et l'indastrie, et pour balanctr un peu le pouvoir iminense de la haute noblesse, les rois d'Ecosse avaient été, depuis très long-temps, dans l'usage d'accorder des privilèges considérables à plusieurs villes de leurs Etats , qui , en considération des chartes que le prince lear octroyait, étaient appelées bourgs royaux. Les citoyens de ces bourgs avaient le droit de choisir eux-mêmes leurs magistrats, et possédaient des revenus considérables, provenant des terres que le roi leur avait accordées, et des taxes établies sur les denrées qui entraient dans la ville. Ces revenus étaient perçus par les «magistrats, appelés ordinairement prévôts ou baillis, et ils étaient employés aux besoins de la ville. Dans les temps de guerre, ces mêmes magistrats menaient au combat lès bourgeois ou habitans des bourgs, soit contre les Anglais, soit contre les grands barons, pour défendre leurs propriétés et les privilèges de leurs villes, que ceuxci attaquaient souvent. Les bourgeois s'exerçaient de bonne heure au métier des armes, et ils devaient aller se ranger sous l'étendard royal toutes les fois qu'ils ,en étaient requis. Entre autres privilèges, les bourgs avaient celui d'envoyer au parlement des commissaires et reprèsentans qui venaient y défendre leurs droits et concourir à l'expédition des affaires générales de la nation .
C'est ici le lieu de remarquer que le grand. conseil écossais ressemblait exactement, quant à sa composition, au pariement del^ Grande-Bretagne ; mais il y avait une différence essentielle dans le mode de délibération. En Angleterre, les pairs, les évêques et les abbés mitres siégeaient, délibéraient et votaient entre eux; c'était ce qu'on appelait la chambre des pairs ou des lords ; et les reprèsentans des comtés ainsi que ceux des bourgs se réuilissaient séparément, et formaient ce qu'on appelait la chambre basse on chambre des communes. En Ecosse, au contraire, les nobles, les prélats, les reprèsentans des comtés et des bourgs, siégeaient tous ensemble dans la même salle , et discutaient et votaient comme membres de là même assemblée. Depuis l'union des royaumes d'Angleterre et d'Ecosse, le parlement qui représente les deux pays est divisé en deux cOrps que l'on appelle les deux chambres du parlement; et il résulte beaucoup d'avantages de cette manière de discuter les affaires de l'Etat.
Vous avez maintenant quelque idée Ae l'origine du parlement ou grand coi^seil de la nation, et des différentes classes de personnes qui avaient droit d'en faire partie. Il me reste à vous dire
PRraniRE SBEIB. 97
^il était ooiiyô<{iié et congédié par le roi, et que tout ce qui intéressait la nation se décidait dans son sein. Les mesures qli'il proposait devenaient des lois dès que le roi les avait approuvées, ce ^'il annonçait en les touchant de son sceptre. Vous voyez par là qae les lois qui gouvernaient le pays étaient en grande partie Tonvrage du peuple, puisqu'elles étaient adoptées par ses repréientans an parlement. Lorsque, entre autres, on avait besoin de lever de f argent pour quelque dépense pubUque, il était indispensable f obtenir avant tout l'approbation du parlement, tant pour le montant de la somme que pour la manière de la percevoir; de sorte fBieleroi ne pouvait exiger d'argent de ses peuples sans le consentement préalable du grand conseil.
Oapent dire en général des lois écossaises, qu'elles étaient aussi iounes et aussi sagement conçues que celles d'aucun autre Etat ieVExurope à cette époque reculée. Leur rédaction- offre même des traces de prévoyance et de sagacité tout-à-fait remarquables. Mais \e grand mal était que les bonnes lois que les rois et les parlemens &ûaieDt de concert n'étaient pas exécutées avec rigueur; au con- ^>^) on les violait impunément, et l'on n'y faisait pas plus d'attention que si elles n'eussent jamais existé. Je vais tâcher de vous ^ expliquer la cause.
La source du mal était le pouvoir excessif de la noblesse, qui ^ trouvait placée presque en dehors de l'autorité du roi. Les grands soldeurs avaient obtenu le privilège de rendre la justice chacQn sur leurs terres; de sorte que primitivement ils avaient seuls ]e droit de rechercher les crimes, de les juger et de les ponir. Or, la plupart de ces grands seigneurs étaient beaucoup plus intéressés à maintenir et à étendre leur autorité dans l'inténeiir dès provinces qui leur appartenaient, qu'à concourir au bon ordre et au bien général du pays. Ils étaient presque toujours en S^erre les uns avec les autres, et quelquefois avec le roi lui-même. ^ général, ils étaient plus disposés à la guerre qu'à la paix, et s inquiétaient fort peu de punir les criminels qui troublaient l*ordre public. Au lieu dé mettre en jugement les voleurs, les as- ^sins, les malfaiteurs de tous les genres, ils les protégeaient souvent, les prenaient à leur service, et quelquefois même, par ambition et par esprit de vengeance, ils étaient les premiers à les pousser en secret au crime.
Les jugenommés p ar le roi avaient bien le droit d'arrêter et de VaAr les malfaiteurs lorsqu'ils pouvaient mettre la maiu sur eux ;
•9 mSfOOUS S'EOOfiOl.
iftais il était très difficile de le* prendre lorsque les piUASçiBs baron» sur les tisrres desquels ils se trouvaieat leur {acilitaieat les moyens de se cacher ou de se sauver* £i Iprs mèmp qoe les cours de Justice du roi s'étaient cpiparées .d'im malfaiteur» il 7 avait uoe loi. qui peripettait au lord daus la juridiction duquel le crioe avait été çomm\p de réclamer Taccusé, pour être jugé par son propre tri» })unal. Il est vrai que le baron qui faisait cette i:equéte était obligé 4e donner caution que l'affaire serait jugée dans un l^ps donnée laais telle était la faiblesse du gouverueme4t royal et le pouvoir de la noblesse, que lorsqu'un coupable avait été remis par la justice entre les mains du seigneur qui le réclamait» celui-ci trouvait le moyen ou de le laisser évadef» ou bien de le faire acquitter après an jugement dérisoire. De cette maiiièrey il. était toujours difficile et souvent impossible de mettre à exécu^n les lois sages qui émanaient du parlement, parce que le pouvoir des nobles était sans bornes» et que, pour augmenter encore leur autorité» ils onjtra-^ yaient de toutes les manières la marche de la justice.
Chacun de ces seigneurs» sur les terres qui lui appartenaient^ avait plutôt Tair d'un monarque que d'un sujet du roi d'£cQss#; et nous verrons plus tard que plusieurs d'entre eux devinrent même assez redoutables pour menacer de détrôner les roi^. U n'y avait pas jusqu'aux plus minces barons qui ne 4e fissent la. guerre l'on à l'antre sans le consentement du roi; de $orte que lepay^to^ entier n'offrait qu'une vaste scène de désordre et de carnage» Ce qui éter-gisait les troubles, c'était la coutume barbare connue sons le wm de haine à mort. Lorsqu'un homme était insulté qu x^& pfir m^ autre, ses parens, sachant que les lois étaient i,mpjaissantes pour leur faire obtenir satisfaction, se vengeaient eux-mêmes en met*tant à mort quelqu'un de la famille de celi|i qui les avait ofifenaés» quelque étranger d'ailleurs que Tobjet de ^nr vengaaP^ pût être au cripae ou à l'offense. Les autres à leur tour cherçbaii^ à se. venger sur un membre de la famille qui avait été oiM^ragée la yre*^ ifiière, et de cette manière la querelle se transi^ettaitdepèreen fils; et souvent des familles voisines l'une de l'autre» Hlqui Wr raient dû vivre en bonne intelligence, étaient divisées p^odani^ plusieurs générations par une haine à mort*
Les plus grands malheurs devinrent la suite de cet esprit de vengeance qui perpétuait les haines de familles» et de cette insubordination aux sages lois du pays. Par exemple, lorsque le roi d'Ecosse assemblait son armée pour marcher contre les Anglais»
VB (^Bâ Bonl^e 4e braves set^eurs se rëomssaîeBt sons son étendard , waiyis de Tainans seMats ; «tais û était tonjours diffiefle et souvent imposs>ble de tes détemnBer à a^ir de coucert, taat cfcacttii étak jaloox de son aotorké , satts parler de ceux qm noiir* riseaiefit les uns contre les attires soit des aaimosités personnelles^ sait de ces terribles et funestes haines à mort, résultat d^nne querelle futile pent-étre dans le principe , mais envenimée par les crimes ecHmnis sueeessiveraent par les deux partis , et transmise de père en fils comme un sanglant héritage.
Û est Trai que sous un prince aussi ferme et d*un caractère aussi éaergjqoe qoe Robert Bruce, les puissansbarons se sentaient com* primés etse renfermaient dans de justes bornes ; mais nous verrons trop sottvent que lorsqu'ils eurent à leur tête des roia plus faibles et plus nàons , leurs fatales querelles recommencèrent , et furent fias d'une Ibis la cause des débites et des malheurs de PEcosse. Geqoi rend cette assertion incontestable , c'est que lorsque les Eeossais livrèrent de grandes bâtai Uesavec des armées nombreuses •à se treirvaient beaucoup de ces barons fiers et indépendans , ils hfttit souvent défaits par les Anglais ; tandis que lorsqu'ils com* iMtttaîent les mêmes ennemis avec des forcer moins considérables^ ils remportaient souvent la victoire, parce qu'alors tous obéissaient aux ordres d'un seul chef, sans prétendre lui disputer le commandement.
des eanses de dissensioRS intestines et de calamités publiques eûstaient jusque dans les comtés du centre du royaume, tels que les trois Lothians S le comté de File et antres provinces où le roi résidait habitu^ement , et où il devait exercer par conséquent plus dtniaenee et avoir moins dé peine à faire exécuter les lois; BKiisil y avaitdienix grandes divisions de PEcosse qui étaient encore dans nu tel état de barbarie, qu'bn pouvait dire qu'elles li'en reconnaissaient aucune : c'étaient les frontières (^onferf) et les hautes terres ou motïtaghes {kighlàfKls). Bien que de nom elles fussent seuHttses au roi d'Ecosse, cependant loTsqu'ilvoulait faire exécuter dans PuB ou Vautre de ces grands districts quelque acte âë Justice , il faHait qu'il y marchât en personne à la tête d'un çorpé considérable de troupes,' pour se saisir des coupables et les faire mettre à mort^ins autre forme de procès. Ces expéditions sévères rétablis-
1. Ces trots eomtés ou skfres sontt le LolMnn 'de t'est (Cist-T.othlan) On Ifaddtng^tonsliirp ; celui du iiMli«tt' /Mifidte*LotbifiA| AM EdM|>bjir|^ii'e-; 4i\ if.LoilMMi occidenliii ( WcsUL«^lM«n ) «n LînIilbgowsDire. '
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gaient la tranqaillité pour qaelqpie temps ; mais elles augmentaient encore Taversion du peuple pour le gouyemement royal , et il n'en était que plus disposé , à la moindre occasion^ à troubler Tordre par des querelles intestines ou par une rébellion ouverte. Il faut que je vous parle un peu plus en détail de ces districts sauyages et barbares de l'Ecosse, et du genre de peuple qui les habitait, afin que vous me compreniez bien lorsque je vous parlerai des montagnards {Highlanders) et des habitans des frontières ( jS<>r« derers.)
Les Higblands ou halute^ terres, ainsi nommés à cause des rocbers et des montagnes qui forment la nature de la contrée, comprennent une grande partie de l'Ecosse septentrionale. C'est dans ces déserts que les anciens habitans de la Grande-Bretagne furent repoussés par les Romains, et c'est de là qu'ils revinrent envahir et dévaster cette partie de la Bretagne que les Romains ayaient conquise eten quelque sorte civilisée. Ces montagnards ou habitans des Highlands parlaient et parlent encox*e aujourd'hui un langage tout-à-fait différent de l'écossais des basses terres [Lowlands); cette dernière langue diffère très peu de l'anglais , et les peuples de ces deux pays s'entendent facilement, tandis que ni les uns ni les autres ne comprennent le gaélique {gaelic), que parlent les montagnards. Leurs vêtemens dijSéraient aussi de ceux des autres Ecossais : ils consistaient en un plaid ou manteau de frise ou d'une éijoffe rayée, appelée larlan , dont un pan, noué autour de la taille, formait une espèce de petite jupe qui descendait jusqu'aux genoux, taudis que le reste était drapé sur les épaules comme une sorte de manteau ; ils avaient pour chaussctre des brodequins de cuir non tanné. Ceux qui pouvaient se procurer une toque se couvraient la tête de^cett^ coiffure ; mais il y avait beaucoiq> de montagnards qui n'en portaient jamais, et alors leurs (ongs cheveux crépus étaient attachés par-derrière par une bande de cuir. Usmarchaient toujours armés d'arcs et de flèches, de grandes et lourdes épées appelées claymores , qu'ils maniaient des deux mains , de haches d'armes %\ de poignards pour combattre corps à corps. Pour armes défensives, ils avaient un bouclier ou targe ronde, en bois, toute couverte de clous. Les Chefs avaiçnt des chemises ou cpttes de mailles assez semblables aux chemises de flanelle que l'on porte à présent , si ce n'est que les mailles étaient de fer au heu d'être de laine; mais , en général, les montagnards désiraient si peu se «ouvrir d'armures, que souvent dans le combat ils jetaient leur
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plaid et ne conservaient qn'nne ample chemise, qn'ih portaient très longue et très ample comme celle des Irlandais.
Cette partie de la nation écossaise était diirisée en clans on tribus. Les individas qni composaient chacun de ces clans croyaient tous descendre primitivonent d'an même aïenl, dont ils portaient ordinairement le nom : ainsi une de ces tribns s'appelait Mac* Donald, ce qui signifie les fils de Donald; nne antre Mac-Gregor, OD les fils de Gregor ; une troisième Mac-Niel , les fils de Niel ; et ainsi de suite. Chacon de ces clans avait son Chef particulier, qui était le descendant immédiat dn fondateur de la tribn. Ils obéissaient aveuglément à ce Chef, soit en paix, soit en guerre, sans s'inquiéter si en agissant ainsi ilsne transgressaient pas les lois du pays et ne se mettaient pas en révolte ouverte contre le roi luimême. Chaque tribu habitait, dans les montagnes, nne vallée ou nndiBtrict séparé des antres; ils se battaient souvent entre eux, et presque toujours à toute outrance. Mai» c'était surtout avec les liabitans des basses terres qu'ils étaient constamment en guerre. Ils n'avaient ni le même langage, ni le$ mêmes vétemens, ni les mêmes mœurs, et sous prétexte que les plaines fertiles avaient autrefois appartenu à leurs ancêtres, ils y faisaient des incursions continuelles , et les pillaient sans pitié. De leur côté les habitans des basses terres, tout aussi braves et mieux disciplinés que leurs ennemis , leiir infligeaient souvent de dures r^résailles ; de sorte qn'hsdoitant le même pays, ils n^en étaient pas moins entre eux ^snn état de guerres continuelles.'
Plusieurs des Chefs montagnards les plus puissans s'arrogeaient tons les privilèges de monarques indépendans. Tels étaient les bmeux lords des Ileâ, les Mac*Donaldi5, auxquels les Hébrides, situées au nord*ouest de l'Ecosse^ pouvaient passer pour appartenir en toute propriété. Ces petits souverains faisaient des traités avec l'Angleterre en leur propre nom. ils s'étaient déclarés pour Robert Bruce, et l'avaient joint avec tontes leurs forces; mais nous ver* rons que plus tard ils mirent le trouble dans TEcosse. Les lords de Lom, les Mac-Douglas étaient aussi extrêmement puissans. Vous avez vu qu'ils purent livrer bataille à Robert Bruce , et même le vaincre et mettre sa vie dans le plus grand danger, ce dont celui*ci se vengea plus tard en forçant John.de Lorn de s'expatrier, et en donnant la plus grande partie de ses biens à son neveu, sir Colin Campbell, qui devint le chef de -cette grande famille d'Argyle qui par la suite acquit tant de puissance dans les Highlands»
102 HI6T0i]tB l^fiOOSfS^.
De tout «la , il youa eat facile de comproadre que «es olan» dsa Highiands, retraiMchés^aasdes montagnes JnaceessiblfeSf et u'cd^éia* sant à personne qu'à leurs propres Cliefs, âareait^çoatribuerfortemient à tro^blser la traaquilliié du royaumeé Ils avaient poiwtanfe d^excellentes qualités 2 ils étaient boas, eourageHa, hospitaliers^ d'une fidélité à tante éprenve envers leurs Ck^s; mais en même teqpips ilfi étaient renuians^ vindicatib , euvemis 4a repos , et prë« férant toujoors la guerre à la paix ^
Les frontières n'étaiaut pas dans on éitatbeanosap phis &i¥orable au maintien d'un gouvernement paisible. Les habitans de cette partie de r£cosëe qui touche à l'Angleterre ressemMaienl beau* coup aux montagnards» Us étaient comme eux divisés par clans, et avaient aussi des Gbeb auxqucb ils obéissaieut de préférence aa roi ou aux officiers qui.le représentaient. U n'est pas aisé d'expliquer comment ces divisions par clans s'établirent aux deux extré* mités de rficosse et n'eurent jamais lieu dans les provinces qui lea séparaient.
Les provinces fronltîères ne sont pas, il est vrai, aussi monta* gneuses et aussi inabordables que les Highlands; mais dles sont pourtant remplies de hautes coUines, surtout dans la partie de l'ouest,. et elles étaient dans le principe couvertes de forêts et divisées par une Ibule de petites rivières et de marais ^i autaut de vallées où habitaient les différeos clans, toujours en guerre soit entre euj^, soit a v«c les Anglais , sok avec les provinces plus civin Usées qui se trouvaient dans leur voisinage.
Cependant, qnûs^^lâa baibitans des frontières ressemblassent aux montagnaTds ,par leur gouvernement et leurs haUtudies de piUage , et neus pouvons ajouter par leur étai de révolte presque continuel contre le roi d'Ecosse, il y avait entre eux pluaieurs points dediffiénence. Les momegnardscombattaient toujours à pied, et les habîtaas des frontières teajpurs à cheval. Ceux-ci pai'laient la .même langue que l'es habitans. des basses terres., portaient les le&nes vêtemens et se servaient d^s mêmes anrmes. A force de guerroyer centre lesAi^hns, ils a vaseot acquis aussi une meilleurt discip4ine« Mais seus le rapport de L'obéissance an geuvernenoieiii royal, ils ne différaient paiS beaucoMp des élans du nord.
Des officiers militaires appelés W^ariem ou gardiens étaient
1. Lu Daduê'du.IdU imo» ofFre I« MblMa p*étk|a»ias sitet «t dM nraeOvs ilM Hu^tends ; /ej^ titr Je Foriune t ^«6'Ror t ff^tuferitj, etc^ achèvent de nous familiariser avec cette partie A pittoresque et si oriyÂiale'die t SeoM*. '
PREMIERE SERIE. lOS
iMmioiés par le roi pour oontemr ks turbnlehs Babitans des fron» tîma; mais comme ces gardieBs étaient presque tons eu •mêmes cfads de danfty ils appoitaieat pea de remède aii mal. Robert Bruce aTait>eoiifié radraÎDistration d'une grande partie des frontières ail lord James de Dooglas , qui remplit cette charge arec zèle et fidélité; mais le pouvoir que la femille des Douglas acquit par là devint plnstsffd bien dangereux pour la eouronne ^ .
Voasvoyee donc comme cette pauvre Ecosse était déchirée sans sesse {Nff les querelles des nobles, les révoltes des montagnards et les incursions des habitans des frontières. Si Robert Bruce eAt vécu, ilete sans doote réussi à rétablir Tordre dans le pays; mais la ProvideB<se avait décrété que sous le règne de son ftls , qui lui •nceéda, l'Ecosse retomberait dans un état presque aussi miséraUe qaecdni AoM ce graad prince Favait tirée.