CHAPITRE XVI
Régence de Robert » dac d'Albany. >— Bataille d'Harlaw. --Régence de Murdae , doc d'Albany. •*— Exploits des Ecossaia en France. — * Rétonr de, Jacques I^ en Boosse.
Albany, frère de Robert III, fut alors régent de ce royaume^ dans lequel il exerçait depuis long-temps le pouvoir suprême. On suppose aisément qu'il ne se donna pas beaucoup de peine pour obtenir la déliv. ance dn prince Jacques, son neveu,, dont le retour en Ecosse aurait mis fin à son pouvoir. C'était, comme nous
♦iàS HISTOIRE D'EfCOSSE.
'favons m , un méchant Tiommey aussi cruel qu^ambitieux , mais 'qui rendait exactement la justice , et qui prenait grand soin de &e ' pas mettre de taxes sur le peuple.
Le château de Jedburgh , que les Anglais avaient toujours occupé depuis la bataille de Durham , venait d'étré repris par les babitans des frontières où coule le Teviot, et il fut décidé qu'on ieraserait, afin qu'il n'offrit plus à Tennemi un retranchement à l'abri duquel il put faire des incursions en Ecosse. Pour payer les hommes employés à la démolition de cette grande et redoutable 'forteresse, on propo^^a d'établir une petite taxe de deux p^nce (quatre soûs) sur chaque feu. Mais le régent déclara qu'il paierait cette somme tant sur ses propres revenus que sur ceux de là couronne, ne voulant pas , dit-il , commencer son règne par une mesure qui pèserait sur les pauvres.
Sous d'autres rapports, Albany était un être souverainement Méprisable. 11 n'avait pas même le mérite d*être brave , qualité ^i commune dans son siècle et dans sa famille ; et , quoiqu'il ait 'eu plusieurs guerres à soutenir contre l'Angleterre , il n'y obtint jamais ni gloire, ni succès.
L'un des évènemens les plus remarquables de sa régence fut la 'bataille d'Harlaw. Elle fut livrée par un prince nommé Donald 4es lies , qui possédait toutes les îles situées dans la partie occidentale de l'Ecosse. Il avait aussi de grandes propriétés sur la terre ferme, et il avait la prétention d^étre un souverain indé* |ièndant.
En 1411 , ce Donald prétendit avoir des droits an comté de Ross, alors vacant, que le régent avait résolu de donner à un membre de sa propre famille. Donald des lies leva dix mille hommes, tous montagnards comme lui, et se jetant dans le nord 4e l'Ecosse, il pénétra jusqu'à un endroit nommé Harlaw, à environ dix milles d'Aberdeen. Il y trouva le comte de Mar, à la tête d'une armée inférieure en nombre , mais compoisée de gentilshommes des basses terres , mieux armés et mieux disciplinés que les soldats dé Donald. Il s'ensuivit une bataille terrible, dans laquelle les deux partis essuyèrent de grandes pertes. Du cftté de C^nald, mille hommes restèrent sur le champ de bataille, et les 'éhefs des clans Mac-ïntosh et Mac-Lean furent au nonibre des morts. Mar perdit environ cinq cents braves gentilshommes y entre autres Ogilvy, Serymgeour, Irvin de Drum et d'autres guertiéH célébrés. Mais les montagnards eurent le dessous, et furent
-dUigés de battreen retraite ; ce qoi fîii fbrt hieQtc«x pèttf rBcMse ; .car aotrement ce peuple, alors 'sauvage et barbare, en eût probablement fait la conquête. On parla longHemps de là bataille d'iiarlafnr, à caoae du eouf âge qui y fut déployé de part et d'autre.
Le régent Albaiiy ttraurut en 1 4 ll^. lllut remplacé dans ses hautes fonctions par son fiis Mnrdac, qui n'avait ni les vices ni les^iuaiités de son père. Le feu ducétait^ actif, rusé, soupçonneux, et, du moins «ous un rapport , il suivait une sage politique. Le fib élàit mon et indolent ^ d'une simplicité et d'ttne apalhie extrêmes» et se laissunt aisément tromper. Il écleta dans le pays et au sein même tle sa fannllè une foule de troubles et de discussions qui avaient été comprimés par la main puissante de son père. 11 ne se pasaa riett de bien mémorable sous la régence de Mnrdac ; mais elle devint c^èbre par la gloire dont les Ecossais se couvrirent dans les guerres de France.
- Vous voua rappelez qu'an corps dedievaliers frî^pçais était venu en Ecosse pour servir d*auxvHidre aux' Ecossais cc^ntre F Angleterre. Les Ecossais, pour reconnaître ce^ service jenvoyèrenlà leur tour OBI corps de troupes en France poiip aider le i^i de ce pays à repousser Henri V, roi d'Angleterre, qui semblait sur le pointa V^xpalserdu royaume et de s'etnparer de sa- couronne. Ce corps, oomposé de siic à sept mille bommes d'élite, était commatidé pajr John Stewart, comte de Bochan, ^secondais du régent Robert, qui avait sous ses ordres Lindsay, Swinton,- et d'autres guerriers iiou moins célèbres. Ils remportèrent une grande Victoire sur les Anglais, qui étaient alors <sommandé» par le duc de Glarencé, frère de Henrj V. Ge prince, apprenant qù'Uy avait un corpd d^Be*»* saiscàimpélyrèad^ne ville'aomqQiéeBaagé) et faHeux que lèsEcdft* sais, non aDnlieii8tdedéfeidreleifrsfk*0Alières «outre les Anglais,
vinssentenaor#ies inquiétclr en France, 8*y i^idit en toute i)f^ poor^ies siÉVpneQdrerll Mssa derrière lui ces eélèbres-arcbers qui «fiaient si aou^etit dé«Mé la victoit^e, pAr^ ^H comptait sûr* la ra|rfdité>die M<«iMirèfae,'iiyàfnt entendu dii^e X{tM IcsEcos^iris cfcsèftÂent peode dis^pline et n*étàieiitpoiiit surleiirs^gàrdei. Il df rira à Bâugé, suivi «eulemeAt deses tfl^ièvàïiers et dé sés'hôiSrttiés d'armes à cheval. Le*due$ «pi'on Méconnaissait à la rîche^èe de sdHk armure et à «ne eourssined'or qu^il portait sfur s6n casque, força le passage d'un pont à la fêtede ëa caVàtérie, et il s^élaitçait en avant,' lorsque les chevaliers écossais parurent tout à coup. Sir JiriNa» SHoièti e^rat au ddcdéClnré&cie, le pi^édpita de ftta ^e-
yal avec sa lance, eK le comte de Kuchan lui fit sauter la cervelk avec sa hache d'armes. Ua grand nombre de nobles et de chevaliers anglais furent tués dans cette rencontre, qui eut lieu le 22 mars 1421. Le roi de France, pour récompenser la valeur des Ecossais , eréa le comte de Buchan connétable de France (l'une des plus hautes dignités du royaume) et comte d'Aubigny.
Les Ecossais , excités par la gloire et par la fortune que leurs compatriotes avaient acquises en France, y accoururent en plus grand nombre encore, et le comte de Douglas lui-même fut tenté d'y conduire une petite armée, dans laquelle l'élite de la noblesse du sud de l'Ecosse s'empressa de s'enrôler. Les seigneurs qui ne pouvaient partir eux-mêmes envoyaient leurs frères et leurs fils. Sir Alexandre Home de Home avait d'abord eu le projet de prendre ce parti, et son frère David Home de Wedderhurn, s'était équipé pour cette expédition. Le Chef se rendit lui^iidême jusqu'au vaisseau pour voir partir le comte de Douglas et son frère ; mais, lorsqu'il fut au moment de prendre congé de son vieux compagnon d'armes, le comte lui dit :
— Ah I sir Alexandre, qui aurait dit que vous et moi nous noas serions jamais quittés ?
— Et cela ne sera pas .dit non plus, Milord, s'écria sir Alexandre: et, chi^ngeant tout à coup d^idée, il renvoya son frère David pour veiller sur son château, sur ses biens, sur sa famille, partit pour la France avec son vieil ami, et mourut avec lui à la bataille de Verneuil.
Le comte de Douglas, dont la réputation était si grande, fat comblé d'honneurs par le roi de France, qui le créa duc de Tonraine. Le comte avait coutume de tourner en ridicule le duc de Bedford, qui agissait alors en France en qualité de régent pour Henry YI , et il ne l'appelait que Jean à Vipée* de plomb. Le 17 août 1421, Douglas reçut un message du duc de Bedford, lui annonçant qu'il était dans l'intention de venir lui demander à dîner. Douglas comprit sans peine la nature de la visite qu'il allait recevoir, il lui fit répondre qu'il serait le IrienvenQ. Les Ecossais et les Français se préparèrent au combat, niais le comte de Douglas , qui trouvait leur position favorable, était d'avis d'attendre les Anglais, au lieu d'aller à leur rencontre. Cependant le général français, le comte de Narbonne, insista pour qu'ils attaquassent les premiers , au lieu de conserver leur position , et mettant son corps d'>armée en mouvement, il déclara qne les Ecossais feraient
PRBMIBtlE SERIE. Ul
ce qu'ils Toudraient^ mais que pour lai il courait aa oonil>at.
Douglas se vit forcé de suivre son exemple ; mais ses troupes n'étaient pas en bon ordre. Pendant ce temps les archers anglais décochèrent leurs flèches contre les Français; leurs hommes d'armes chargèrent, et la déroute de l'armée alliée fut complète. D^glas et Buchan défendirent le terrain pied à pied, firent des pro- ^ges de valeur, et périrent noblement. Home, Liudsay, Swinton et lapins grande partie des Ecossais auxiliaires partagèrent leur sort.
Le grand comte de Douglas qui périt à Verneuil fut distingué du reste de sa famille par le^ çurnom de Tin-Man, P homme aux défaites^ attendu qu'il avait été vaincu dans les grandes batailles d'Homildon , de Shrewsbury, et en dernier lieu dans celle de Ver» neuil où il perdit la vie. George, comte de Marcfa, son contemporain et son rival, jouit au contraire d'un bonheur soutenu; soit qu'il se battit du côté des Anglais oîi du côté des Ecossais , son parti était toujours vainqueur. Les faibles débris de l'armée écossaise furent réunis par Charles de France; il en forma un régimentde.ses gardes, qui fut conservé pendant un bien grand nombre d'années.
Revenons maintenant à l'Ecosse où le régent Murdac, bien loin de pouvoir régir l'Etat, ne pouvait parvenir à gouverner ses deux fils. C'étaient deux jeunes libertins, fiers et insolens, qui ne respectaient ni Dieu, ni les hommes, ni surtout leur père. Leur inconduite était si grande, que Murdac commença à penser qu'il n'avait d'autre moyen de mettre un ternàe à leurs excès que d'ob* tenir de TAngleterre la délivrance de Jacques , et de se démettre de son autorité entre les mains de son roi légitime. On dit que ce fut un acte d'effronterie extraordinaire de son fis àiné qui le détermina à prendre ce parti.
À cette époque, la chasse aux faucons était l'amusement favori de lanoblesse^ Le régent Murdae avait un fkucon parfaitement dressé, dont il faisait le plus grand cas. Son 'fils aîné, Walter Ste* wafrt y le lui avait demandé plusieurs fois ,- et toujours son père le hii avait refusé. A la fin, un jour que le régent portait son oiseau favori sur le poing, ce qui est là manière de porter les faucons, Walter renouvela ses importunitës , et ayant essuyé un nouveau refd^^ il lui arracha le faucon du poing et loi tordit le cou. Son père, grandement offensé d'une iiîsul té aussi grossière, lui dit dans un accès de eolèret — Puisque tu ne veux m'accorder ni re^et ni obéissance, je ferai venir quelqu'un à qui il faudra que
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noaft ohfisflîons tons. Depuis ce moment , il eplra en négoeiatioiis ayçç 1^ Anglais pour qu'ils missent en liberté Jacques , alovs roi
dTcosse.
Le gçA^v^vnement anglais se moirtra disposé À seconder ses vii^s^v d'autaiU plus^ qae Jacques était deyenu amoureux de Jeanne, fille du cpm^e de Somerset» qui était allié de près à la famille roynle d'rAngleterre. Il considéra que cette union disposerait le jeane prince à vivre en paix avec TAngleterre , et que Téducation qu^il avait reçue et. les liaisons qu'il avait formées dans ce pays cantribueraient à maintenir la I>onne intelligence entre les deux royaumes. Les Ecossais cOnsentirenit à payer une rançon considérable» et à ces conditions Jacques, premier du nom, fot mis en liberté» et vint.prendre possesâion.du tr&ne après une captivité de dix-MUans.