CHAPITRE XVIII
Eèfnc de Jacques II' — Gaerres avec les Douglas*— Mort du roi*
Lorsque Jacqnes I®*" fut assassiné, son fils et son héritier présomptif, Jacques II, n'avait encore que six ans, de sorte que l'Ecosse se vit replongée de nouveau dans les discordes et la confusion d'une régence, malheurs qu'on pouvait être sûr de voir arriver à leur plus haut période dans un pays où l'autorité même d'un souverain lé^time et d'un âge mûr n'était point respectée, et se voyait souvent menacée par la révolte et la trahison.
Pendant la minorité de Jacques II, les affaires du royaume furent principalement conduites par deux hommes d'Etat qui paraissent avoir eu beaucoup de talens et très peu de loyauté; sir Alexandre de Livingston était tuteur du roi, et sir William Crichton chancelier du royaume. Ils se disputaient réciproquement l'autorité attachée à leurs places respectives, et, bon contens de chercher à se nuire l'un à l'autre, ils attaquèrent un homme plus puissant que tous deux, le grand comte de Douglas.
Cette illustre maison était alors au plus haut degré de sa puissance. Le comte possédait Gallpway, Annandale, et d'autres propriétés étendues dans lis midi de l'Ecosse, où presque toute la noblesse d'un rang inférieur le reconnaissait pour son seigneur et maître. Ainsi les Douglas commandaient à toute cette partie de l'Ecosse que ses guerres continuelles avec l'Angleterre avaient le mieux disciplinée et habituée au métier des armes. Ils possédaient en France le duché de Touraine et la seigneurie de Longueyille, et ils étaient alliés à la famille royale d'Ecosse par un double mariage.
Won-seulement les Douglas étaient très pnissans par Fétendne de leurs domaines et de leurs possessions , mais ils l'étaient encore plus par les grands talens militaires qui dans cette famille semblaient être héréditaires , et qui donnèrent lieu à un proverbe encore connu en Ecosse :
Oncqne iei I^oiî n*a to tanl de brares soldats D'un seul et même nom, que du nom de Douglas
no . HISTOIRE D'ECOSSE.
Malheareasement leur pouvoir, leur courage et leur habileté dans le métier des armes étaient accompagnes d'arrogance et d'ambition. Se croyant au-dessos des lois du pays et du serment d'allégeance au roi, ils semblaient s'arroger le rang et l'autorité de princes souverains. C'était une chose commune que de les ren* contrer se promenant à cheval avec une suite de mille cavaliers; et comme Archibald, le comte de Douglas qui existait à cette époque, ne s'était jamais soumis qu'imparf alitement, même an gouvernement sévère de Jacques V^, il est facile d'imaginer qve sa puissance ne pouvait être aisément réprimée par des hommes tel» que Grichton et Livingston , grands , il est vrai , par les hautes fonctions qu'ils remplissaient, mais à tous autres égards bien infé* rieurs à Douglas.
Ce seigneur puissant étant mort en 1438 , et son fils, âgé seul^ ment de seize ans, Ini ayant snccédé , le rusé Grichton commença à épier l'occasion de détruire à jamais le nom de Douglas , an fai* sant périr le jeune comte et son frère, et d'abaisser l'orgqeil et le* piouvoir de cette grande famille par une si cruelle et $i injuste vi<K lence, Grichton proposa à Livingston d'unir leurs efforts pour aq* cpmplir cette trahison; et quoiqu'ils fassent ennemis, le tuteur du roi et le chancelier du royaume se réunirent dans le vil dessein d^assassiner deux enfansdont l'âge seul attestait l'inr^ocence. Pour en venir à leurs fins, ils employèrent la flatterie et les belles par rôles pour engager William , le jeune comte de Douglas , à venir à la cour aveq son frère David, leur faisant entrevoir qu'ils allaient devenir les compagnons et lea favoris du jeune roi. Un vieil ^mi des Douglas chercha à dissuader le comte d'accepter cette invita* tiojn, et Texhorta , s'il persistait à se rendre à Edimbourg, à ne point emmener son jeune frère David. Mais le comte, ne soupçoiv^ naut aucune trahison, ne put ^re détourné de ce fatal voyage.
l^ chanceUer Grichton reçut le comte de Douglas et son frèr^ diMis son château de Grichton, qui s^ trouvait sur la route , et leur en fit les honneurs avec toutes les démonstrations de la plus grandç bienveillance. Après y être restés quelques jours, les deux fières cruellement abusés furent conduits au château d'Edimbourg etin^ traduits près du jeune roi , qui, ne connaissant pas les prc^ets per» fides de ses ministres, les reçut s^\eç affabilité, et parut ei^chaat^ dé l'espoir dé jouir de leur société. •
Tout à coup la scène changea. A un repas qui fut servi au comte et à son frère, la tête d'ijin tf^urçi^i:^ n^çir fut pUcéf\ sni* Ist table»
Sskthmntifoef d'après ane cootnme établie en Ecosse, cetnecs était an aîgoede mort» 1m Déoglaa quittèrent la table avec époii*^ vante » mai» ils lareat saisis par des gens amés quientrèrent dans Vappanenent^ On leor fit sofatr mn procès défissvre, dans lequel OB lear impata tons lea torts ancmidléa de lears ancêtres , et ils firent eondattaés à avoir la tète tranchée. Lé jeone roi plelira » etsapplia Uvingston etOiehtopi de lenr Isire grâee» «nais ce tUL etk vain. Us farent cxmdaksdam la cour dn «hatean ,■ et exécoiés^ sans délai. Maleolm Fleming de Cnmbemaald , ami àé^omé de leur famille, partagea lenr sort.
Cette action barbare était anset ivpolitiqoe qn^iti juste. Elle îie fiminoa rien du ponvoif des Douglas, et ne servit qu*à allumer une haine générale contre eenoL qui éttaâent à la tète des aiffaires» Un henttme doux , paisible, et d'un cïnbonpoiiit remarquable , sp^ pelé Jacques-lebOrM, indolent par habitude et par caractère, de^ yiat eomtede Douglas, et d'est à cette drconstatice qu^on dok attribuer qu'il n'j eut point de commotion publique aussitdt après le meurtre des deux frères ç maisoet épais di)l;nitairo Ifo vécut qne deum Sus, et fut remplacé par son fils Archnbirld, qui était aussi actif et aussi turbulent qu'aucun de «e» ambitieux prédéeessenrs , et qui fementa plusieurs émeute» pour venger la mort de ses jeune» parons.
Dans le même temps, Jacques II , arrivé à Page d^heimme, sa mit a la lête des affaires publiques. C^était un homme de beifé taille y mais il af ait sur 1» joue une grande tache rouge qui le ftl sarttommer Jacques à la figure de feu. On aurait f» l'appeler aveo autant déraison Jacques* an caractère de feU; car, avec beauMtf{l de bonnes qualités , il était vif et nhpélueox , et tiofis ne tarderons pas à en voir un eademple remarquable.
Dans le commencement de son administsratiOn ,^ Jacques avail nommé le oomtd de Douglas lieutenant-général du itiyaume. !flaië oat ambitieux se montra bientôt disposé à étendre son autorité jus^ qu'à riadépendainoe absohie, et le r<H jugea nécessaire de loi reti« f» l'emploi important qu^il lui avait confié. Douglas se Terimadana le» ohateàtf ne rêvant que vengeance , tandis que le roi ne cher^ obait qu^îme ooctasien frtomble pour diminuer le pouvoir d'un rival si formidable. •
Dougtaa ne taida pas à montrer quHl ne tenait nlul cotàpte de llintorité du roi^ eH qu'ibétàit dKcièé à agir de sou pro|>i« cheft. tiu'dtf aea amio et: parCisaha^ lionalié; Auchinfccky a^ait- été tni-
par le lord Golville. Le criminel méritait certainement d'être puni y mais son châtimeut aurait dû lai être infligé par les magistrats compétens de la coaronney et non par le pouvoir arbitraire d'an simple baron/ quelque grand , quelque puissant qu'il, fût d'ailleurs. Douglas cependant parut regarder cette insulte comme lui étant personnelle ^ et s'en vengea de son autorité privée. Il marcha avec un corps de troupes considérable contre le lord Colville y attaqua son château , et passa au fil de Tépée toutes les personnes qui s'y trouvaient. Le roi ne put parvenir à venger cette insulte faite à sa justice.
De la même manière , Douglas permit , insinua même à quelques-uns de ses partisans près d'Annandale y de piller et de ravager les terres de sir JohuHerries, gentilhomntiede ce pays^ connu par son dévouement au roi. Herries, homme fier et puissant, dévasta par représailles les domaines de ceux qui lui avaient fait cette insulte. Il fut vaincu et pris par Douglas , qui lui fit trancher la tête y quoique le roi lui eut envoyé l'ordre positif de ne point toucher à la personne d'Herries.
Mais ce fut surtout dans l'affaire de Maclellan , le tuteur do jeune lord dé Bomhy, d'où descendent les comtes de Kircudbright, qu'il viola le plus ouve;*tement lés lois et lé respect qu'il devait à Fautorité du souverain. Maclellan faisait partie du petit nombre d'hommes puissans du Galloway qui , méprisant les menaces de Douglas, avaient refusé de s'unir à lui contre le roi. Le comte , irrité de sa résistance , attaqua tout à coup son château , lefitpriaonnier, et l'emmena dans le château-fort de Thrieve dans le Gai* loway, situé sur une île de la rivière de Dee. Le roi prit un intérêt tout; particulier au sort de Maclellan , d'autant plus qu'il fut supplié d'intervenir en sa faveur par sir Patrick Gray, commandant de la garde royale , gentilhomme qui possédait toute la confiance de Jacques y qui ne le quittait jamais, et qui était l'oncle maternel de Maclellan. Afin d'empêcher que le prisonnier ne partageât le sort de Golville et d'Herries, le roi écrivit au comte de Douglas, lui demandant comme une laveur, plutôt que lui intimant comme un ordre , de remettre la personne du tuteur de Bomby (c'était ainsi qu'on nommait ordinairement Maclellan) entre les mains de sir Patrick Gray, son parent.
Sir Patrick se rendit avec la lettre du roi au château de Thrieve. Douglas Je reçut au moment où il sortait de table, et , affecftantde lui témoigner les plus grands égards , il refosa d'apprendre du lot*
Gray l'objet de son message avant que celui-ci eût accepte le re-« pas qu'il lui fit servir, disant que les affaires ne pouvaient se traiter entre un homme après dîner et un homme à jeun. Mais cette courtoisie affectée n'était qi|*un prétexte pour gagner du temps et accomplir le plus crueldessein. Soupçonnant que le but de la visite de sir Patrick Gray était de lui demander la vie de Maclellan , il résolut de hâter sa mort avant d'ouvrir la lettre du roi. Ainsi , tandis qu'il recevait sir Patrick avec toutes les apparences de l'hospitalité, il faisait conduire son malheureux parent dans la conr du château, où il eut la tête tranchée.
Dès que le dîner hit fini , Gray présenta à Douglas la lettre du roi ^ qu'il reçut et dont il prit connaissance avec toutes les marques da plus profond respect. 11 remercia ensuite sir Patrick de la peine qu'il avait prise de lui apporter une lettre si gracieuse de son souverain , surtout dans un moment où il n'était pas eu faveur près de Sa Majesté. '— Venez, ajout a-t-il; les désirs du roi vont être remplis à l'instant même , et cela en même temps par considération pour vous. Le comte prit alors sir Patrick par la main , et le conduisit dans la cour du château , où le corps de Maclellan était encore étendu.
— Sir Patrick, dit-il au moment où ses domestiques soulevaient le drap sanglant qui couvrait le cadavre , vous êtes venu un peu trop tard. Voilà le fils de votre sœur; il lui manque la tête, mais le corps est à votre service.
— Milord, dit Gray en retenant avec peine son indignation, si vous avez pris sa tête, vous pouvez disposer du corps comme vous voudrez.
Mais dès qu'il fut sur son cheval , qu'il avait demandé au même instant , son ressentiment éclata en dépit de la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait.
• — Milord, dit-il, si je vis , vous paierez cher une action si barbare. Et à l'instant il partit au grand galop.
— A cheval, et qu'on me le ramène I s'écria Douglas ; et si Gray n'avait pas été bien monté , il est probable qu'il aurait partagé le sort de son neveu. Il fut poursuivi de près jusqu'aux portes d'Edimbourg, distance de cinquante à soixante milles.
Outre ces exemples de révolte ouverte et déclarée contre l'autorité du roi, Douglas entra dans plusieurs complots qui prouvent clairement qu'il roulait renverser le gouvernement. Il se ligua
iU HISTOIRB D'ECOSSE.
aVec le comte de Crawford, appelé comte Beardie^ qui éliHt tout*» paissant dans les comtés d'Aiigus, de Perth et de Kineardine^ et avec le comte de Ross , qui exerçait une autorité presque sou» Teraine dans le nord de TEcosse, Ces trois comtes se promirent de se soutenir mutuellement en toute occasion, dans toutes les que* relies qu'ils pourraient avoir à soutenir, et eentpe qoelque fer» sonne que ce fût, sans même en excepter le roi,
Jacques voyait clairement qu'il était nécessaire de prendre nne mesure vigoureuse ; cependant il n'était pas facile de décider ce qu'il fallait faire. La ligue entre les trois comtes les rendait ca» pables, si une guerre ouverte était déclarée, de rassembler des forces supérieures à celles de la couronne. Le roi dissimula doni& son ressentiment, et, sous prétex;te qu'il désirait avoir avec Dos» glas une conférepce amicale et se réconcilier avec lui, il Tenga* gea à venir à sa cour, qui se tenait alo;*s à Stirling. Douglas hésita s'il accepterait cette invitation, et. ayant de s' j rendre il demanda et obtint un passe-port ou sauf-conduit, scellé d|i grand sceau^ par lequel le roi lui donnait sa parole qu'il lui serait permis de ve» nir à la cour et de s'en retourner sain et sauf. Alors le comte se décida d'autant plus à se rendre aux désirs du roi, qu'on lui donna a entendre qu'une disgrâce venait d'éloigner de la cour le chancelier Crichton , et qu'il se croyait à l'abri des complots de ce dang»» l'eux ennemi de sa famille.
Ainsi protégé, à ce qu'il croyait, contre tout danger personnel^ Douglas, à la fin de février 1462, arriva à Stirling, m A trouva le roi logé dans un château situé sur un rocher à pic qui s'élève perpendiculairement du fond d'une vallée, à l'extrémité de la partie haute de la ville, et où l'on ne peut arriver que d'un cdté par une porte très bien défendue. La suite nombreuse de Douglas lut logée dans la ville, et te comte fut admis dans le château» Un de ses confidens les plus intimes et de ses alUés les plus pùîssans était James Hamilton de Cadyow, chef de la grande maiso» d'Ha* milton. A peine Douglas fut-il passé,, que ce seigneur,, qui ne le qpittait jamais, voulut entrer avec lui. Mais Livinggton, qui se trouvait dans le château avec le roi , et qui était proche parent dllamilton , le frappa à. la figure; et lorsque celui-ei, outré i^ fureur, voulut s'élancer sur lui l'épie à la maiii, il le repoussa avec une longue lance, jiisqu'à ce que les portes fussent Jèrmées sur lui. D'abord sir Jaines Haniilton fut trèa irrité d!une pareille
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conduite, mais il recoimut ensuite que Liyingstôn ii¥ait agi en ami en l'éloigiiAiit da danger dans lequel Douglas se jetait aveur glément.
Le Toi reçQt le comte avec bopté» et, a|»rès quelques explioa*lions amicales sur le passé, Tamitié et la cordialité parurent régner entre Jacques et son trop puissant sujet.. Le souper fut servi à sept henres, et lorsqu'il fut terminé le roi conduisit Douglas dans l'em** brasure d'une croisée, fit tomber l'entretien sur la ligue que le comte avait formée avec lioss et Crawford p et l'exhorta à Ut rompre^ comme contraire à la fidélité qu'il lui devait et à la traiii^ quillité du royaume. Douglas refusa fièrement ; le roi renouvela ses instances d'une manière plus impérieuse, et le comte n'y ré» pondit qpe par un nouveau refus plus hautain et plus positif encore que le premier, reprochant en même temps au roi de mal adoii* nistrer les afTaires publiques» En voyant tant d'obstination le roii ne put contenir s^ rage, et il s'écria ; — De par le ciel, Milord, ai vous ne voulez point rompre la ligue, voilà qui la rompra. En finissant cejsmots, il lui enfonça son poignard dans la poitrine* Sir Patricia Gray, qui avait juré de venger sur Dougl^^ le meurtre de Haclellan, le frappa alors sur la tête avec sa hache d'armes, et les autres seigneurs de la suite du roi lui prouvèrent leur zèle eircri;' blant de coiqps ce qui n'était plus qu'un cadavre inanimé ' • Le comti» ne recul point la sépuUnre chrétienne; du moins on trouva, il y a environ quarante ans, un squelette enterré dans le jardin, précisément sous la fatale croisée, qu'on supposa, avec assez 4e proba* bilité, devoir être les restes du comte de Douglas , si singulière»' ment et si malheureusement mia à mort pu* son souverain.
Ce (ut une mauvaise et» une cruelle action de la part du voir mauvaise, si elle fut commise dans un mouvement de colère^ et plus mauvaise encores'il avait médité cette violence dès le com*mencement , et s'il était décidé à employer là forcé au cas où Dour glas ne céderait goint à la persuasion. Le comte avait mérité un châtiment,, peut-être même la. mort i^ peur tant de crimes commia contre l'Etat; mais le roi n^aurait pas dii le tuer sans forme da procès 4 dans sa propre (JiaYnbre« agrès Tavoir attiré dans le piégf. piar l'assurance qnç sa persoime ne courait ancan danger. Cepea« dantçet asssissinat, copme celui de Comynrle-Rouâ^ à Dumfries^ tourna sn^ profit de TËaosse^ car,, mon cher «vfant,, Dieu qui^sa
t €fH^ i. f» Mttàmèat <|à« ftiit<iIhiêlott T« Doof 1«» Ae /« Demie du Lëc Jafaë tam apostroplra tu' cbfttfaadeSlj|^iiig,chap«IV. ^
plait souvent à faire ressortir le bien des folies et même des crimes des hommes, permit que la mort de Gomyn préparât la liberté de TEcosse, et que celle de Douglas ameiiât la chute de sa famille , qui était devenue trop puissante pour la tranquillité du royaume.
Rien ne parut d'abord devoir faire présumer un pareil résultat. n y avait dans la ville de Stirling quatre frères de Douglas, qui Pavaient accompagné à la cour. Des qu'ils apprirent que le chef de l$i famille était mort, comme je vous l'ai raconté, ils reconnurent immédiatement Jacques , l'aîné des quatre, pour son successeur. Ils ^ hâtèrent de se rendre alors dans les comtés où ils avaient le plus d'influence, car ils étaient tous de puissans seigneurs , et , rassemblant leurs amis et leurs vassaux, ils revinrent à Stirling, traînant à la queue du cheval d'un de leurs valets le sauf-conduit qui avait été accordé au comte de Douglas, afin de montrer tout leur mépris pour le roi. Dès qu'ils y furent arrivés, ils proclamèrent , au son de cinq cents cors et trompettes, que le roi Jacques était un homme faux et parjure. Ils pillèrent ensuite la ville dé Stirling ; et pensant que ce n'était pas encore assez , ils y envoyèrent Hamilton de Cadyow avec ordre de la réduire en cendres. Mais la force du château les empêcha d'accomplir leur funeste projet, et après cette bravade les Douglas se dispersèrent pour rassembler une ai'mée plus considérable.
Tant de puissans barons étaient alliés aux Douglas, qu'on assure que le roi balança quelque temps s'il soutiendrait la lutte qui se préparait, ou s'il fuirait en France et abandonnerait le trône au comte. Dans ce mo#ent difTicile Jacques trouva un conseiller fidèle dans son cousin -germain, Kennedy, archevêque de Saint- André, un des hommes les plus sages de cette époque. L'archevêque lui développa spn avis par une sorte d'emblème ou de parabole. Il présenta au roi un faisceau de flèches attachées ensemble par une courroie de cuir et le pria de le briser. Le roi lui dit que celte tâche était au-dessus de ses forces. — Cela est impossible, répondit l'archevêque, tant que ces flèches seront ainsi t*éunies ; mais si vous dénouez la courroie et que vous les preniez une à une, vous les romprez facilement l'une après l'autre. Et c'est ainsi , 8 mon roi! que', dans votre sagesse, vous devez en agir avec les sei- ^eurs insurgés. Si vous les attaquez tandis que le même motif et le même esprit les animent, ils seront trop forts pour vous ; mais si vous pouvez, en négociant séparément avec chacun d'eux, les
engager à se séparer^ yous ea viendrez à bout aussi facilemen.t que voas briseriez ces flèches en les prenant une à une.
Agissant d'après ce principe, le roi fit des représentations particnlières à plusieurs des nobles près desquels ses agens purent trouver accès , leur faisant entrevoir que, si les I>ouglas triomphaient, cette famille deviendrait supérieure à toutes les autres de l'Ecosse, et éclipserait le reste des pairs, qui n'auraient plus aucune espèce d'influence. Des domaines considérables, de riches trésors , de grands honne;ur9 furent promis à ceux qui , dans ce moment de, détresse, quitteraient les Douglas pour se joindre au parti du roi. Ces belles promesses, jointes à la crainte secrète de se voir dominer par les Douglas ^ attirèrent près du roi tous ceux qui jusqu'alors hésitaient entre la fidélité qu'ils lui devaient et la crainte que leur inspirait le comte.
De toutes ces conquêtes , la plus éclatante fut celle du comte d'Angus , qui , quoiqu'il descendît d'une branche cadette de la famille des Douglas, se joignit au roi contre son parent dans cette occasion mémorable, ce qui fit dire que — Douglas-le-Roux ( les Angus étaient roux ) avait écrasé Douglas-le-lNoir.
La grande famille des Gordon se déclara aussi pour le roi. Leur chef, le comte deHuntly, rassembla une armée dans le liordi et marcha vers le sud jusqu'à Bréchinpour soutenir la cause royale» Là il rencontra le comte de Crawford , qui avait pris les armes pour les Douglas d'après le pacte fatal qui avait coûté la vie au comte William. Un des chefs de l'armée de Crawford était John Collasse de Bonnymoon ou Balnamoon, qui commandait un beau corps de soldats courageux, armés de hallebardes et de haches d'armes sur lequel Crawford comptait beaiicoup. Mais, avant l'action, John Collasse lui avait demandé de lui accorder quelques terrés qui étaient à sa convenance près de sa maison , et le comte les lui avait refusées. Irrité de ce procédé. Collasse clioisit pour se re* tirer le moment oii la bataille était engagée avec le plus d'ardeur, et les troupes de Crawford, qui avaient été sur le point de remporter la victoire, perdirent courage et furent taillées en pièces,
D' autres engagemens eurent lieu sur différens points de l'Ecosse, entt'e les Douglas et leurs alliés et les nobles qui soutenaient l'autorité royale. Beaucoup de sang fut répandu, et le pays eut beaur coup à souffrir. Parmi beaucoup d'autres exemples des malheurs qu'amenèrent ces guerres civiles, on rapporte que le comte de Huntly brûla la moitié de la ville d'Elgin qn'haj^itaient les partisan^
tS» HISTOIRE IfECOSSE.
«le Dotiglas , tandis qu'il laissa subsister l'autre moitié , qui était 'Occupée par des citoyens attachés à sa familte et à son parti. De là Tient le proverbe qui fait dire lorsqu'une chose n'est faite qu'imparfaitement : — Cela n'est fait qu'à moitié, comme Ëlgîn fut br&lée. — La famine et la peste vinrent encore ajouter aux malheurs d'un pays dévasté par une guerre civile qui occàsionait des soulèvemens , des incendies et des massacres dans presque toutes les provinces de l'Ecosse.
Le parti royaliste commença enfin à gagner un peu de terrain, *eé qu'on peut attribuer entre autres causes à ce que le comte de Douglas d'alors était un homme moins déterminé et moins actif ^ue n'étaient d'ordinaire ceux de sa race. Le comte de Crawford fut un des premiers de ceux qui désertèrent sa cause, et il supplia le roi de lui accorder son pardon et de lui rendre ses bonnes grâces. Malgré tous les sujets de plainte que le roi avait contre ce lord, et quoiqu'il e&t fait le vœu de détruire le château de Finhaven qui lui appartenait , et de telle manière que la plus haute pierre en devint la plus basse, il lui accorda un entier pardon, et lui iit une visité à Finhaven , où , pour accomplir son vœu , il monta au haut des créneaux , et , y trouvant une petite pierre qui s'en était déta- -ehée, il la jeta dans les fossés, de sorte que, dans un sens, la plus iïaute pierre du château en devint effectivement la plus basse, sans qu'il eût été nécessaire de lé démolir. Ce trait de clémence du roi lui concilia les esprits des nobles révoltés, et plusieurs d'entre eux -commencèrent à faire des actes de soumission.
Maisle pouvoir des Douglas subsistait toujours, et il était encore si étendu qu'il y avait peu d^espoir que la lutte se terminât sans une bataille sanglante. Enfin ce moment décisif parut être arrivé. Les comtes d'Orkney et d'Angus, du parti royaliste, avaient assiégé Âbercom , châieau-fort sur leForth , qui appartenait à Douglas. Celui-ci rassembla toutes les troupe^ que sa famille et ses alliés purent lever, montant, dit-on, à près de quarante mille hommes, et s'avança pour faire lever le siège. Le roi, de son côté, ayant réuni toutes les forces du nord de l'Ecosse, marcha à la rencontre dé Douglas à la tête d'une armée un peu supérieure en nombre à celle du comte, mais inférieure en discipline militaire. Tout semblait rendre inévitable un combat dont l'issue devait décider lequel de Jacques Stuart ou de Jacques Douglas porterait la couronne d'Ecosse. La petite rivière de Garron séparait les deux armées. •
Hais les intrigaes de Tarchevêqae de Saint- André avaient fait une impression profonde sur plusieurs des nobles qui agissaient de concert avec 'Douglas , et une partie de ses partisans lui obéissaient par crainte plutôt que par affection. Les autres ^ voyant l'incertitude qui régnait dans les résolutions que prenait Douglas, et le manque de fermeté de son caractère, commencèrent à douter qu'il fi&t un chef capable de conduire une entreprise si périlleuse. Parmi ces derniers était sir James Hamillon de Cadyow , dont je vous ai déjà parlé y qui commandait dans Tarmée de Douglas trois centfi cavaliers et trois cents fantassins", tous d'une discipline parifaiteet d'un courage éprouvé. L'archevêque Kennedy était parent d'Hamilton , et il se prévalut de cette parenté pour l'informer par un message secret que le roi était disposé à lui pardonner sa rébellion et à lui rendre sa faveur, si , dans ce moment critique , il abandonnait la cause des Douglas pour soutenir la sienne. Ces argumens firent beaucoup d'impression sur Hamilton , et cependant il avait été si long-temps l'ami et le partisan du comte de Douglas , qu'il se sentait liEi plus vive répugnance à quitter un ancien compagnon d'armes au moment du péril.
Dans la matinée qui suivit ce secret message, le roi envoya un héraut au camp de Douglas, lui ordonnant de disperser son armée, sous peine d'être déclaré traître , lui et ses complices , et promettant au contraire. le pardon et des récompenses à tous ceux qui quitteraient l'étendard du rebelle Douglas. Le comte se moqua de ces sommations, et, faisant sonner les trompettes, il disposa ses troupes en ordre de bataillé, «et marcha fièrement vers l'armée du roi , qui , de son côté , quittait son camp et s'avançait bannières déployées , comme pour livrer sur-le-champ le combat. Il paraît toutefois que le message du héraut avait produit quelque effet sur les partisans de Douglas, et peut-être sur Douglas lur-même, en le faisant douter de leur attachement. Il vit ou il crut voir que ses troupes étaient découragées, et il les reconduisit dans son camp, es][)érant leur inspirer plus de confiance et de zèle. Mais ce mouvement eut un effet tout différent , car lé comte ne fut pas plus tôt rentré sous sa tente, que sir James Hamilton vint lui faire des reproches , et le presser de lui dire s'il avait ou non l'intention de combattre , l'assurant que chaque jour de délai était tout en faveur du roi , et que |)lus il différerait la bataille , moins il aurait de soldats. Douglas lui répondit avec mépris que, s'il avait peur de rester, il était libre de s'en retourner chez lui. Hamilton le prit au
mot f et , Quittant son camp la nuit même , se rendit à celui du roi. Son exemple fut si généralement .suivie qaeTarméedu comte parut s'être débandée tout à coup, et que le lendemain matin il ne restait pas cent hommes dans le camp désert et silencieux de Douglas, excepté ses propres vassaux. Il fut obligé de fuir a Annandale 9 où ses frères et les hommes qui lui restaient furent complètement battus par les Scotts et autres habitans des frontières , près d'un endroit nommé Arkinholme. Un des frères dp comte fut tué dans la bataille, le second fut blessé, fait prisonnier et exécuté à l'instant même. Le troisième s'enfuit en Angleterre, oii le comte trouva aussi un asile. Ainsi le pouvoir de cette famille illustre et influente, qui paraissait sur le chemin du trône, s^évanouit enfin sans commotion violente, et sa grandeur, qui avait été fondée par là bravoure et la loyauté du Bon Lord James, fut détruite parla rébellion et la conduite irrésolue du dernier comte.
Cet infortuné resta près de vingt ans proscrit en Angleterre, et il était presque oublié dans son pays, lorsque, sous le règne suivant, en .H34, il fut vaincu et fait prisonnier^ dans une petite excursion qu'il tenta sur les frontières d'Annandale. Il fut obligé de se rendre à un frère de Kirkpatrick de Closeburn, qui avait été vassal du comte dans le temps de sa gloire, et qui versa des larmes en voyant son vieux maître dans une situation si déplorable. Il lai proposa même de lui rendre la liberté , et de fuir avec lui eu Angleterre, mais Douglas rejeta son offre. — Je suis fatigué de l'exil, lui dit-il, et, puisque le roi a promis une récompense à celui qui livrerait ma tête, j'aime mieux ^ue vous la gagniez que tout autre, vous qtii m'avez été fidèle aussi long-temps que je l'ai élé à mon caractère. La. conduite de Kirkpatrick n'en fut pas moins noble et généreuse. Il cacha le comte dans un asile secret, et ne le livra au roi qti^après avoir obtenu la promesse que les jours de son prisonnier ne seraient point menacés. Douglas fut alors condamné à se retirer dans Tabbaye deLindores , sentence à laquelle il se soumit avec calme, en rappelant le proverbe populaire : — Celui qui ne peut faire mieux doit se faire moine. -— Il vécut quatre ans dans ce couvent, et, comme il était le dernier de sa famille, en lui s'éteignit la branche principale des redoutables comtes de Douglas.
D'autres familles écossaises s'élevèrent sur leurs ruines, par la confiscation de leurs grands biens, qui furent distribués à ceux qui avaient aidé le roi à anéantir leur puissance. Le comte d'Angus,
qui f qaoiqne parent du comte de Doaglas y s'était rangé sous la bannière royale, en reçut la plus grande p^rt, et elle fut si considérable que y comme nous le verrons bientôt, elle mit les Augus en état de se lancer dans la carrière ambitieuse qui avait perdu la branche aînée de la famille , mais ils ne s'élevèrent jamais aussi haut y et ne furent point entraînés dans un abime aussi terrible que celui qui avait englouti les Douglas.
Le pouvoir d'Hamilton s'accrut aussi par la chute de celte famille. Sa désertion du camp de son parent à Abercorn, dans un moment si décisif, avait été très utile ; ce service fut récompensé par le don de terres considérables , et par la main de la fille aînée du roi.
Sir David Scott de kirkurd et de Buccleuch obtint aussi de riches récompenses pour ses services et ceux de son clan à la bataille d'Arkinholme, et vit commencer pour lui cette suite de prospérités qui élevèrent sa famille jusqu'à la couronne ducale.
Ainsi va le monde, mon cher enfant ; la chute d'un grand homme ou d'une famille illustre devient la cause de l'élévation des autres, comme un arbre qui tombe jette ses semences sur la terre, et douLe naissance aux jeunes rejetons qui doivent s'élever à sa place.
Les Anglais , retenus dans leur pays par les terribles guerres civiles d'York et de Lancastre, laissèrent l'Ecosse un peu plus tranquille pendant le règne de Jacques II. C'est peut-être pour la même raison que les Ecossais obtinrent l'avantage dans la bataille de Sark et dans deux autres affaires.
DéUvré de la rivalité des Douglas et de la guerre opiniâtre que lui avait faite l'Angleterre, Jacques II gouverna l'Ecosse avec fermeté. Le royaume jouit d'une grande tranquillité pendant son règne; et son dernier parlement crut pouvoir lui recommander l'exécution ferme et régulière des lois, comme à un prince qui possédait tous les moyens de s'acquitter de son devoir de roi sans avoir à craindre aucune résistance de la part des factieux ou des in Tracteurs de là justice. C'était en 1458. Mais, hélas! deux ans après, toutes ces belles espérances étaiei^ évanouies.
Le château-fort de Roxburgh , suué sur les frontières, était toujours resté au pouvoir des Anglais depuis la fatale bataille de Durham. Le roi résolut de reprendre ce boulevard du royaume. Rompant une trêve qui existait alors avec l'Angleterre , Jacques convoqua toutes les forces de l'Ecosse pour exécuter ce grand projet. A l'appel d'un prince respeclé et qui était généralement
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heureux dans ses entreprises militaires , les nobles^ acconjipagné^ de leurs vassaux , accoururent en foule. Donald des Iles loi-même se conduisit en vassal fidèle et soumis, et vint se mettre à la disposition du roi avec une troupe nombreuse qui prouvait l'étendue de son autorité. Ses soldats étaient armés à la manière des High* lands, ayant des chemises ou cottes de mailles, des clay mores, de» haches, des arcs. et des flèches; et Donald offrit de marcher ua mille en avant de Tarmée du roi lorsque les Ecossais entreraient en Angleterre, et de s'exposer au danger de la première attaque. Mais le principal but de Jacques était le siège de Roxbyurgh. Ce château était situé sur une éminence près du confluent de la Tweed et du Teviot; les eaux du Teviot, élevées par une écluse , entouraient la forteresse, et ses murs étaient aussi forts que les ingénieurs de cette époque étaient capables d'en élever. Il avait été pris jadis par stratagème, mais Jacques se disposa à l'attaquer dans les règles.
Dans ce dessein, il établit sur la rive septentrionale de la Tweed une batterie de gros canons, tels qu'où les construisait à cette époque. Le siège durait depuis quelque temps, et Tarmée commeniçait à se fatiguer, lorsqu'elle reprit un nouveau courage par l'arrivée du comte de Huutly , qui amenait un corps dje troupes fraîches. Le roi , enchanté de ce secours, commanda à son artillerie de faire une décharge générale contre le château , et resta lui-même prè$ des pièces pour voir l'effet qu'elles produiraient. Les canons d'alors étaient grossièrement formés de barres de fer, attachées ensembte par des cercles du même métal , à peu près comme les tonneaux sont faits maintenant. Vous concevez qu'ils étaient l^ien plus sujets à se fendre que les canons modernes, qui sont coulés dVne seule pièce et creusés ensuite. Une de ces pièces mal fabriquées creva en tirant ; un éclat de fer cassa Tos de la cuisse de Jacqjues et le tu^ sur la place; un autre blessa le comte d'Angus. Aucunie autre per*^ sonne ne fut atteinte, quoiqu'il y eût beaucoup de monde à Tentour.^ Ainsi mourut Jacques II , à l'âge de vin^t-ne^f ans, aj^rès eu avoir régné vingt-quatre.
Ce roi ne possédait pas les Igillantes qualités de son père; et la manière dont il tua Douglas est une tache pour sa mémoire. Ce* pendant, à tout prendre , c'était un bon roi, et il fut ti;ès regretta de ses sujets. Un églantier marque encore la pla^pe. où il mouriil;^ dans le parc du duc de Roxburgb^ à Fleurs ^ .