‹ Offenbach 1923Chapitre 18 sur 54 · Voir le volume consacré à Hervé · texte numérisé non relu

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semble : « Cest Babylas », et enfin le trio italien : € Italia la bella », furent les pages les plus exquisement folles de cette partition qui est restée au répertoire. Les interprètes, Désiré (Choufleuri), Potel (Babylas), Marchand (Petermann), Bache (l'invité Balandard), Lise Tautin (Ernestine), et Léonce ! (dans le rôle de madame Balandard), avaient été associés au triomphe de l’auteur ; ils y avaient du reste, nullement intimidés par le changement de cadre, mis du leur. En voici un exemple : l’auteur, quand les artistes arrivèrent au Corps législatif, vint s'assurer que rien ne manquait à ses interprètes. Le fantaisiste Bache se plaignit de la chambre qui lui avait été attribuée pour s’habiller et se maquiller. Prenant M. de Morny par un bouton de l’habit, il lui dit sans plus se gêner :

— Et puis vous feriez bien, mon cher ami, de me faire octroyer aussi des biscuits et une bonne bouteille de vin, du meilleur, vous Savez, comme si c'était pour vous.

De Morny se mit à rire et donna des ordres.

Il revint, en auteur qui connaît son théâtre, avant que les trois coups réglementaires fussent frappés au lever du rideau, voir si tous les accessoires avaient été apportés à chacun. À Désiré il demanda

1. Léonce obtint un succès fou dans ce travesti. Le Figaro raconte que lorsque la pièce vint en septembre devant le public, un provincial naïf envoya à Léonce un Magnifique bouquet que l'acteur porta pendant là représentation avec ostentation, et une invitation à déjeuner qu’il accepta pour le lendemain. Léonce s’amusa follement de l'ébahissement du spectateur ingénu qui vit arriver au restaurant, au lieu de la jolie dame qu'il attendait, un homme au nez surmonté de lunçttes bleues — triste réalité !

s'il n'avait pas oublié la tabatière de Choufleuri. Et Désiré de montrer le modèle qu’il avait apporté.

— Mais ce n'est pas du tout une tabatière de bourgeois parvenu, lui dit de Morny. Tenez, voilà ce quil vous faut.

De Morny lui tendit une magnifique boîte en or ‘ enrichie de pierreries, aux initiales de l’interprète. A tous les autres acteurs et actrices, il trouva un prétexte analogue pour leur offrir un souvenir de cette fameuse soirée.

À la réouverture des Bouffes, le 14 septembre, la pièce fut l'attraction de la soirée ; elle s'appelait non plus M. Choufleurt restera chez lui le 24 janvier 1833, mais M. Choufleurt restera chez lui le... De plus l’auteur principal, M. de Morny, n'avait pas voulu que son nom figurût sur l'affiche, on l'avait remplacé par le pseudonyme de M. de Saint-Rémy; et mademoiselle Auclair avait repris le rôle de Lise Tautin. La Chanson de Fortunio terminait le spectacle.

La troupe des Bouffes pendant la fermeture était allée moissonner des lauriers autrichiens avec Orphée au théâtre An der Wien. Quant à Offenbach, il avait donné sa démission de directeur, pour passer le sceptre de la scène du passage Choiseul à son ami Varney. Voici quel était son bilan : à l'actif, six ans de succès ininterrompus ; au passif, des frais sans cesse grandissants, nécessités par son goût du beau, par son désir de donner un spectacle dont la tenue

1. La tabatière de Désiré à passé aux enchères en 1919 à l'Hôtel Drouot; elle est en possession d’un de nos plus acharnés collectionneurs de bibelots de théâtre.

artistique dépassàt celle du programme antérieur. Et puis sa fièvre incessante de travail pendant l’année théâtrale lui imposait le devoir de se reposer.

Alors que le duc de Morny avait établi ses pénates à Deauville, Alphonse Karr avait découvert la plage d’'Etretat ; il avait fait signe à quelques amis parmi lesquels se trouvaient de Villemessant et Offenbach. En 1860, Offenbach avait débarqué sur cette plage pittoresque et, avec les droits d’'Orphée aux Enfers, il avait fait acquisition du terrain sur lequel il avait bâti la villa baptisée du nom de son premier chefd'œuvre.

Il faudrait des pages entières pour conter la vie familiale et amusante en même temps, du maître. Que de réunions joyeuses, originales, dans ce coin si attrayant où défilaient tour à tour les intimes, les artistes, les admirateurs! Combien de fois il fallut réquisitionner des chambres chez les paysans ou les pècheurs d’Etretat pour loger les invités ! Et Offenbach ne comprenait pas l'hospitalité à moitié : quand fut célébré le mariage de sa fille Berthe avec Charles Comte, la centaine d’amis qui étaient venus de Paris furent hospitalisés dans le village : Offenbach et madame Offenbach leur faisaient apporter le matin le petit déjeuner; à midi et Le soir on se réunissait dans la villa Orphée dont toutes les chambres avaient été transformées en salles à manger.

En d’autres occasions on jouait la comédie, le vaudeville, on montait des charades, on essayait entre fidèles, transformés parfois en critiques, les pièces qui allaient affronter dans l’année les feux de la

rampe. On se lançait même dans le drame et chacun faisait assaut de verve, de fantaisie, d'inventions burlesques. André Martinet! a décrit par le menu ces séances, et c’est dans son volume qu'ont puisé et puiseront tous ceux qui voudront évoquer les ‘souvenirs de l'existence à la fois patriarcale et divertissante du compositeur.

Voici donc Offenbach débarrassé des soucis de sa direction. Dé nouvelles pièces sont mises par lui en musique. La première qu’il donne aux Bouffes, c'est Apothicaire et Perruquier, plutôt un pastiche de musique du xvir1° siècle qu'une opérette.

En 1860, Élie Frébault avait déposé dans le théàtre le manuscrit d’Apothicaire et Perruquier, accompagné de la musique composée par Laurent de Rillé, c'est-à-dire correctement écrite, mais sans aucune originalité. Offenbach n'avait pas trouvé le livret sans intérêt. Le malheur (ou le bonheur) avait voulu que la partition fût égarée et que le musicien ne possédât aucune copie de son œuvre, ce qui, on l’avouera, était bien extraordinaire. Pressé de réclamations, obsédé des plaintes des deux auteurs, Offenbach, pour réparer le préjudice causé, écrivit une partition, et ainsi, mademoiselle Sempronia Boudinet, qui fait prendre à son père le perruquier Chilpéric qu'elle ‘aime pour l’apothicaire que son

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