Ouvr. cité, pp
père veut lui donner pour époux, put chanter son aventure en musique. Apothicatre et Perruquier, où se remarquait un air fort bien venu : « Une fillette ingénue », fut créé par mademoiselle Gervais,
MM. Desmonts, Potel et Jean-Paul, qui en firent
ressortir la saveur ancienne.
Le Roman Comique, de Crémieux et Halévy, était une lointaine imitation de l’œuvre de Scarron ; dans ces trois actes, seuls avaient été conservés les personnages de l'original. La soirée du 10 décembre 1861 ne fut aux Bouffes un succès pour aucun des auteurs, et l’on ne fit même pas grâce à un final du deuxième acte qui était plein d’entrain.
À un mois de distance, le 41 janvier 1862, Monsieur et Madame Denis, opérette en un acte, de Delaporte et Laurencin. Encore une partition charmante dont les créateurs furent mademoiselle Pfotzer, mademoiselle Darcier, la nièce du célèbre chanteur, mademoiselle Simon, danseuse de l'Opéra qui abordait la carrière de chanteuse, et l’amusant Potel. Pourquoi l’opérette Monsieur et Madame Denis n’at-elle pas obtenu le succès de la Chanson de Fortunio ? C'est là un de ces mystères que la postérité pourrait résoudre si un directeur avisé voulait porter aujourd'hui en appel le jugement de 1862. La € chacone » de Monsieur et Madame Denis peut entrer en comparaison avec les plus jolies inspirations du maître.
Avec Jules Moinaux et Siraudin, pendant l'été de 1861, Offenbach avait travaillé au Voyage de MM, Dunanan père et fils, opéra-bouffon en deux
actes et quatre tableaux. Voici un billet qu’Offenbach écrivait à Jules Moinaux au sujet de la lecture de la pièce au directeur des Bouffes, Cantin (car Varney avait déjà cédé son fauteuil) :
€ Mon cher Moinaux,
« Je suis à Paris jusqu’à lundi matin. Si vous pouviez venir me voir demain vers quatre heures, nous causerions de Dunanan. J'en ai parlé à Cantin qui désire vous voir avec la pièce — pour les Bouffes.
« Votre
Samedi.
€ Jacques OFFENBACH ».
Cette lettre est précieuse, parce que, deux jours plus tard, Offenbach rentré à Étretat, assistait à l'incendie de sa villa, et il télégraphiait à Jules Moinaux le lendemain : |
« Orphée brûlé. Dunanan sauvé. Tous vont bien. »
Offenbach conserva sa sérénité, fit rebâtir sa villa Orphée et s’occupa à retoucher le Voyage de MM. Dunanan père et fils.
La première représentation eut lieu le 23 mars 1862 aux Bouffes. C'était une espèce de revue, de cadre extensible destiné à loger des actualités, des numéros de music-hall comme nous dirions aujourd'hui. On y voyait la reproduction féerique, avec une foule de figurants sur la scène, du Casino-Cadet, récemment ouvert et qui était le succès du moment. On y applaudissait un ballet d'enfants qui fut l’occasion de l’habituelle levée de boucliers des ennemis d'Offenbach : « Les enfants doivent être couchés à
huit heures », écrivit le critique de la Presse, Paul de Saint-Victor. Offenbach au bout de quelques jours supprima le ballet des enfants. Cela n'empècha pas la pièce de réussir et la partition d'être des plus agréables ; la barcarolle du premier acte, notamment : « À Venezia la bella » a été longtemps populaire. Les interprètes s'appelaient Pradeau, amusant au possible en homme-orchestre, Léonce, Désiré, Duvernoy, Potel et mesdames Géraldine, Darcier et Baudoin.
L'année 1862 ne vit pas éclore d'autre pièce qu'un acte intitulé Jacqueline. Crémieux et Halévy s'étaient groupés sous le pseudonyme de Pol d’Arcy ; Offenbach avait repris son nom d'Alfred Lange. Jacqueline, chantée par mesdames Boisse et Dachet, par Bache, Duvernoy et Tacova, n'a guère laissé de traces.
La grande troupe en ce moment était en représentations à Bruxelles, et Orphée triomphait par sa valeur intrinsèque et ses artistes, mais non par sa mise en scène. Offenbach raconte plaisamment dans une lettre que M. Delvil, directeur de l'Olympia, «ne reculant devant aucune économie, avait installé l'Olympe dans un salon de campagne. »
Le musicien utilisa ses loisirs à travailler aux Bavards, ou, pour parler plus exactement, à remanier cette œuvre. Le livret était de Nuitter. La pièce avait été donnée en un acte, sous le titre de Bavard . et Bavarde, au théâtre d'Ems, pendant l’été de 1862, devant la belle société dela station estivale allemande alors à la mode, Nuitter, conseillé par le musicien,
vit dans l’imbroglio qu'il avait tiré de Michel Cervantès, l'étoffe d’un acte de plus, et les Bavards furent donnés aux Bouffes le 20 février 1863 en deux actes. C'est, si on peut ainsi le qualifier, une opérette de cape et d'épée. Il pleut là-dedans des soufflets, des coups d'épée et des estafilades. L'action se passe en Espagne. Un seigneur nommé Sarmiento a été condamné à une amende pour avoir égratigné un voisin avec sa rapière. Pendant que Sarmiento s’acquitte chez le juge, un pauvre hidalgo, Roland, lui demande un coup de rapière qui lui rapportera quelque argent; et il accompagne sa nrière d’une redondance d’érudition, d’un luxe de volubilité que Sarmiento se promet de mettre à profit; car il y a une femme, Béatrix, qui est une bavarde incorrigible. Et c'est alors un duo ou plutôt un duel de paroles entre Roland et Béatrix, duel qui ne s'arrête que lorsque la femme de Sarmiento, submergée, affolée, surexcitée, puis ne pouvant plus placer un mot, un soupir, s'’avoue vaincue et désormais guérie. Nuitter avait greffé sur ce très amusant Scénario un alcade grotesque, un frère de Brid'oison, qui fit la joie du public. Et les Bavards furent un gros succès. Jamais, du reste, Offenbach n'avait parlé une langue musicale plus spirituelle, plus élégamment ailée. Sa partition est un bijou de légèreté gracieuse. Le chœur des créanciers du premier acte, l'entraînante chanson de Roland : « C’est l'Espagne qui nous donne le bon vin, les belles fleurs», le trio des biscuits, la romance : € Sans amour ah! peut-on vivre » en sont
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les perles. Madame Ugalde avait porté crânement le travesti de Roland ; Pradeau était inénarrable en alcade, Désiré était Sarmiento ; Édouard Georges, Valter et mademoiselle Tostée complétaient une interprétation qui contribua à la réussite des Bavards.
Pendant un an Offenbach reste silencieux, mais non inactif. Des œuvres sont en projet, les unes qu'il mènera jusqu'au bout, les autres qu'il abandonnera parce qu'il ne leur trouve pas les qualités vitales qui constituent le théâtre : de ce nombre est le Salon Patzelberger, dont un ami personnel lui avait fourni le livret. Malgré sa bonne volonté, il ne put se décider à en écrire la musique ; et c’est par une sérieuse indemnité qu'il dédommagea « l’ami » qui se montra homme d'affaires consommé. Il termina la partition des Fées du Rhin, ballet dont le scénario était de Nuitter et Tréfeu, et qui avait été commandé par l'Opéra de Vienne; il ébaucha Friquette, opéra-comique en. un acte, de de Forges, qui devait être donné aussi à Vienne, mais à l’An der Wien.
Quelques jours lui avaient suffi pour composer Lischen et Fritschen, un petit acte que l’acteur Paul Boisselot ! lui avait apporté un jour à Ems avec le sous-titre de « conversation en un acte » qu'Offenbach trouva original de conserver. Le directeur
4. Parl Boisselot ne se fit pas seulement connaître comme un excellent acteur — il jouait aux Folies-Dramatiques, puis au Vaudeville, les « comiques habillés ». C'était aussi un auteur dramatique. Ses œuvres furent nombreuses. Citons : Amour et Amour-propre, le Carnaval des Blanchisseuses, les Soirées du Boulevard du Temple, etc,"
d'Ems, dans un diner où il était question de l’invraisemblable facilité du musicien, avait porté à Offenbach le défi d'écrire une partition, de la mettre au point en huit jours et de la faire jouer. La pièce de Boïsselot servit à l'expérience, et le compositeur gagna son pari.
Lischen et Fritschen est l’histoire amusante d’un domestique alsacien, Fritschen, qui parle si mal le français que son maître le congédie. Il rencontre Lischen, une jeune marchande de balais, qui est affligée de la même infirmité. Tous deux se font d'abord peur, puis ils se réconcilient sur une valse à deux temps. Et ils parlent mariage. Mais voilà qu'en examinant une correspondance de famille, ils découvrent qu'ils sont frère et sœur; une lecture plus attentive d’une lettre en la possession de Lischen qui n’avait pu la déchiffrer, leur montre qu'ils sont cousin et cousine. Ils pourront donc enfin convoler en justes noces. ÿ
L'ouverture, la romance de Lischen, et le duo
Je suis Alsacien,
Nous somm’s Alsaciens.
puis ;
Quand une Alsacienne
Trouve un Alsacien.
bref, toute la partition est d’une gentillesse et d’une gaîté bon enfant qui ont maintenu la pièce au répertoire. | La version primitive de Boisselot comprenait quatre personnages : Kaspar Freulich, père de
Er Ta
ne .
Fritschen, Fritschen, Hermann, amoureux de Lischen, et enfin Lischen. Il la réduisit à deux. Quant au fameux duo dont il vient d'être question, il servait de final à l’opérette : Offenbach le plaçca au milieu de l’œuvre et le fit figurer à nouveau à la fin pour le bien graver dans l’esprit du spectateur.
Lischen et Fritschen, après avoir été donné à Ems en 1863, fut joué le 5 janvier 1864 aux Bouffes devant une salle enthousiaste qui acclama aussi les deux artistes, Zulma Bouïfar, dont ce fut le début, et Désiré, chargés de parler et de chanter l'idiome alsacien de la pièce.
On fit un accueil réservé
l'Amour chanteur, donné le même soir; le livret était de Nuitter et l'Épine, et les interprètes étaient mesdemoiselles Irma Marié, Géraldine, MM. Pradeau, Désiré, Duvernoy et Édouard Georges. 17 signor Fagotto, huit jours après, le 13 janvier, livret de Nuitter et Tréfeu, fut un réel succès, après avoir fait ses preuves l’année précédente à Ems. Il y a dans la partition d’77 signor Fagotto une imitation de cris d'animaux dont la folie laisse loin derrière elle les quelques onomatopées de la Création, l’oratorio de Haydn. Il y a aussi un quatuor d'entrée, une chanson de l’antiquaire et un sextuor final où Offenbach parodie et la musique de son temps et la musique moderne, sextuor qui aurait, à lui seul, mérité de tirer la partition de l’oubli.
Le 4 février, Offenbach à l'Opéra de Vienne devait diriger la première de son ballet des Fées du Rhin; mais en proie à ces douleurs de rhumatisme
et de goutte qui devaient le torturer pendant toute son existence, il ne put monter au pupitre, à la grande désolation du public ; et c’est à l’hôtel, dans son lit, qu'on vint lui apporter la nouvelle de son gros succès. Il se hâta de guérir pour pouvoir rentrer à Paris où l’on répétait les Géorgiennes qui furent représentées le 16 mars.
Le livret de Jules Moinaux était d’une agréable fantaisie. Il s'agissait d’un village de Géorgie assiégé par un pacha dans le but de réorganiser son sérail. Les femmes se défendent vaillamment, pénètrent dans le camp ennemi et font le pacha prisonnier. Le public s'amusa beaucoup. Néanmoins, pendant la première quinzaine, on fit grise mine à ces trois actes : il y eut même une interruption par suite de l'aphonie de mademoiselle Saiat-Urbain ; puis, reprise par mademoiselle Ugalde, deux jours plus tard (le temps d'apprendre son rôle). La pièce se joua plus de cent fois. Le chœur des, Géorgiennes, la chanson pittoresque de la treille, l'air amusant du Capitaine (Zulma Bouffar en travesti), et la Marseillaise des femmes, qui couronnait irrésistiblement la partition, — j'oubliais lair du Pacha, chanté par Pradeau, et un duo entre ce dernier et Léonce, — furent les pages applaudies de ces trois actes. De jolis décors, et un bataillon de plus jolies femmes encore, COMptèrentaussi parmi les attractions de ces Géorgtiennes.