SCHNEIDER
HORTENSE 1” Acte de la Belle Hélène (rôle d'Hélène)
çant l’anathème contre Offenbach, Meilhac et Halévy, au nom de l'antiquité outragée. Le public fit justice de ce respect dû à la mythologie grecque en accourant pendant un an aux représentations de la Belle Hélène.
J'ai eu la bonne fortune de pouvoir consulter à loisir le manuscrit d'orchestre de la Belle Hélène. Cette partition, joyau précieux, m'a été prêtée par son heureux possesseur, le collectionneur bien connu, M. Paul Gallimard, qui le tient en « souvenir de gratitude reconnaissante » d'Herminie Offenbach, la veuve du compositeur. C’est un assez gros registre de format oblong 26 %< 34, d'écriture svelte et nette, comme tous les manuscrits d'Offenbach, mais plus lisible que ne le seront plus tard ses autres autographes musicaux. Il y a là environ deux cents pages non numérotées. Ajoutons ce détail : Offenbach n'orchestrait jamais que le soir, au sortir de la répétition de la journée ; il n’instrumentait ainsi que ce qu'il avait jugé utile à la suite du travail des répétitions.
En comparant la partition piano et chant (première édition ou édition moderne) avec le manuscrit, j'ai trouvé les deux versions tout à fait conformes en ce qui concerne le premier acte.
Les changements commencent au deuxième acte.
Dès l’entracte en. mt majeur qui précède la ravissante valse que fredonnent les violons et les violoncelles, voici douze mesures d'introduction à trois temps moderato en ton de fa. Pourquoi Offenbach a-t-il supprimé cette petite page ? Sans doute parce
qu'il a dû trouver qu'elle allongeait inutilement l’entracte.
D'autres modifications plus importantes vont nous apparaître. Ici Offenbach n'en fut pour ainsi dire plus le maître. C'était, aux Variétés, Dupuis qui commandait : l'excellent chanteur et comédien était un metteur en scène incomparable, et son directeur Hippolyte Cogniard avait abdiqué entre les mains de cet artiste rare toute son autorité afin d'éviter et surtout n'avoir pas à trancher les incidents inévitables d'amour-propre parmi les vedettes si susceptibles de la troupe des Variétés.
Dupuis avait ainsi fait supprimer toute une partie de la scène du « Jeu de l’Oie » qui devait se chanter intégralement, alors que dans le texte adopté elle se joue. Cette partie de la scène chantée, il est facile de la reconstituer d’après le manuscrit. Au moment où Chalcas, après Achille, se met à lancer les dés, voici l’ensemble que chantaient Hélène, Bacchis, Oreste, Achille, les deux Ajax, Agamemnon, les suivantes et le chœur:
À ce Cbalcas qui tremblotte, Brülant d’ardeur pour le gain,
N’accorde pas cette belle cagnotte, O Jupiter souverain !
Et la scène se continuait ainsi :
CHALCAS
Il est bon d’invoquer les Dieux ; Mais les aider vaut encore mieux (!).
1. Ces deux vers ont subsisté dans la version définitive: ils sont placés ailleurs,
ORESTE À vous, Chalcas, à vous !
CHALCAS Pour gagner, je crois, 11 me faut trois.
LES MÈMES Il vous faut trois.
CHALCAS
Il me faut trois.
Voici le dix, le cinq, le neuf et puis le six.
Où diable ai-je fourré le trois ?
LES MÊMES Eh bien ! Chalcas ?
CHALCAS I me faut trois.