CHŒUR
Trahison ! Trahison !
Avant ce chœur, une nouvelle variante faisait dire à Pâris :
Ne l’attends plus, roi Ménélas !
Jemporte Hélène. Elle est à moi ! Je suis Pâris!
Et c'était là encore une version se rapprochant du texte véritable, et montrant qu’une opérette, même quand elle est signée d’un Meilhac, d’un Halévy et d’un Offenbach, n’est pas toujours très facile à dénouer ; on voit en tous cas avec quelle sollicitude sévère et soigneuse musicien et librettistes avaient travaillé à leur chef-d'œuvre.
Et pourtant Offenbach n’orchestrait pas avec difficulté. En voici le témoignage par Ludovic Halévy qui à écrit les lignes suivantes en tête du manuscrit que nous venons de parcourir :
«Je ne puis regarder cette partition de la Belle Hélène sans revoir Offenbach en train d’orchestrer devant le petit bureau de son cabinet rue Laffitte, Il écrivait, écrivait, écrivait — avec quelle rapidité ! — puis de temps en temps, pour chercher une harmonie, plaquait, de la main gauche, quelques accords sur le piano, pendant que la main droite courait toujours sur le papier. $es enfants allaient et venaient autour de lui, criant, jouant, riant et chantant. Des amis, des collaborateurs arrivaient.... Avec une entière liberté d'esprit, Offenbach causait, bavardait, plaisantait..., et la main droite allait
toujours, toujours, toujours... Et voilà comment il a écrit cette longue suite d’aimables et délicieux petits chefs-d’œuvre.
« Ludovic HALÉVY.
« 1% juillet 1883. »
C'est là un aperçu curieux sur la façon dont travaillait Offenbach ; nous en vérifierons souvent l'exactitude au cours de cet ouvrage.
Pendant l’été de 1865, Offenbach s’en alla surveiller à Ems les répétitions de Coscoletto, opérabouffe en deux actes, texte de Nuitter et Tréfeu. L'œuvre devait s'appeler le Lazzarone. Mais sur une réclamation de Léon Halévy et de Saint-Georges, musicien et librettiste d’un opéra qui avait été repré-
senté sous ce titre à l’Académie royale de musique.
en 1844, la pièce prit le nom du principal héros de l'action. La première eut lieu le 11 juillet. On fit fête à l'ouverture, à l’air entraînant : « Le volcan fume » et au final du deuxième acte : « Nous sommes tous empoisonnés », qui fut fredonné par toute l'assistance du Kursaal. Coscoletto fut joué par mesdames Albrecht (le travesti de Coscoletto), Lovato, et MM. Delmary, Falchiéri, Gourdon et Gerpré. La partition n'a pas été représentée à Paris et n’a pas été éditée.
Offenbach s'empressa de rentrer avec ses lauriers
en France; il avait à s'occuper de la pièce de réou
verture des Bouftes.