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CHAPITRE II

LES DÉEBUTS

La jeunesse d'Offenbach. — Offenbach à Paris. — A l'or. chestre de l’Opéra-Comique ; le violoncelliste. — Son ma-\ riage. — Offenbach chef d'orchestre à la Comédie-Fran=

çaise. — Pépito. — Le théâtre des Bouffes-Parisiens. —" Offenbach directeur. — Les Deux Aveugles. — Le Violoneuxs — Les Bouffes du passage Choiseul. — Les opérettes en

un acte : Ba-ta-clan, Tromb-al-Cazar, la Rose de Saint- Flour.* — Les démêlés d’Offenbach avec l’autorité au sujet de la limitation des personnages de Croquefer ou le Dernier des. Paladins aboutissent à la suppression du règlement; l’opérette agrandit son cadre. — Le Mariage aux Lanternes. —\ Un concours d’opérettes : le Docteur Miracle, de Bizet, et celui de Charles Lecocq. — Mesdames de la Halle. — Orphée aux Enfers. — Orphee et la critique. — Geneviève de Brabant. — Offenbach et son ennemi Waguer. — La Chanson de Fortu-. nio. — Le Papillon à l'Opéra. — Barkouf à l’Opéra-Comiques — Le Pont des Soupirs. — Monsieur Choufleuri et le duc de Morny. — Offenbach dans l'intimité. — Les Bavards. — Lischen et Fritzchen. — Offenbach abandonne la directiom des Bouffes.

même facilité qui s’épanche en mélodies innombrables. L’opérette est sortie toute armée de leur cerveau ; ils n'ont pas eu l'intention de la créer, ils l'ont créée inconsciemment. Leur place est identique dans l’histoire musicale : ils ont rejeté les vieux moules, ils en ont montré sans méchanceté la décrépitude; ils ont ouvert la voie à l'avènement d’une expression plus juste, moins conventionnelle. Ils n'étaient ni l’un ni l’autre des révolutionnaires, ils ne se sont pas doutés un seul instant de l’énorme action qué pourraient avoir leur rire ou leur ricanement. Ils ont lardé de leurs flèches non pas la grande musique, mais la musique de transition, cette musique à effet que l’on pourrait appeler le « tape-àl'oreille », car il y a un « tape-à-l’oreille » toué comme il y a un « tape-à-l’œil » qui offense la vue des personnes de goût. Jamais ils ne se sont moqués des suavités d’un Mozart, des formidables constructions d’un Bach ou d’un Beethoven; mais ils ont, Offenbach surtout, montré ce que les formules d’un Meyerbeer, par exemple, pouvaient avoir de pompeux, de boursouflé; et l’auteur des Huguenots, qui n'était pas ennemi d'une douce réclame, s’est mis du côté des rieurs parce qu'il avait estimé, — fort justement, — que la parodie était un des signes de

la popularité, mais — orgueilleusement, — que les chefs-d’œuvre seuls avaient l'honneur de la parodie. Il na pas compris que les bouffons possédaient le rare privilège de pouvoir dire la vérité aux rois sans encourir le danger d'une disgrâce, et que les enfants terribles se permettent des mots qui cinglent, mais

dont la cruauté latente est pardonnée puisqu'elle w fait rire. 4 D'où arrivait ce musicien en qui nous allons trou-. À ver résumés l'esprit français et la verve parisienne ? j Il venait d'Allemagne, de Cologne, disait-il. 4 En effet, sur les origines d'Offenbach les certi- | tudes n'existent pas, le mystère plane. C'est l’au-, réole du succès qui a dissipé les nuages dont s’obs- |

curcissaient les débuts de la vie du personnage; ef encore, cette lumière, c’est lui qui en dosait l’éclat.

Il prétendait être né le 21 juin 1821. Or le Dichionnary of Music and Musicians, de Grove, le Die tionnaire de musique, de Hugo Riemann, et même | la Biographie universelle des Musiciens, de Fétis, | si souvent sujette à caution, le vieillissent de deux années, en adoptant la date du 21 juin 1819. Maisw voici qui est plus probant : le aie de faire Ces de k

« muni sacrements de l'Église »Poe octo bio 1880, à l’âge de 61 ans; et les registres de l’état-w civil, comme les registres paroïissiaux, qui ne tien-\ nent aucun compte de nos coquetteries, indiquents le même âge. Offenbach était donc né en 1819 *. |

Mais il ne s'appelait pas Offenbach; il avait pris comme nom celui de sa ville natale, comme le fai-. saient jadis beaucoup d’Israélites; et cette villes natale c'était Offenbach-sur-le-Main. Cela n’empê-i chait du reste pas ses parents d’habiter Cologne. Or

4. Dans la biographie que lui a consacrée André Martinet, Offens bach, sa vie et son œuvre, sont recueillis les « souvenirs des premières années » notés par Offenbach lui-même en.ces termes « D « Je suis né à Cologne en 1821 ». 4

son père s'appelait Jacob Lévy, ont dit les uns, Juda Eberscht, ont dit les autres. Quelle profession exer- Ççait-il? Rabbin, ministre officiant, chantre? On ne le sait pas exactement; ce qui est certain c’est qu’en 1830 il avait publié un A//gemeines Gebetbuch für die Israelitische Jugend, autrement dit un « Recueil général de Prières pour la Jeunesse israélite ». Il avait donc une fonction à la synagogue. Albert Wolff a fait précéder le seul volume écrit par Offenbach ! d’une préface où il parle de la petite maison familiale de la rue de la Cloche à Cologne. Il raconte avec détails que le père jouait du violon. Dans ce milieu simple et modeste, Offenbach grandit aux côtés de ses quatre sœurs et d’un frère. Son père lui enseigna d’abord le violon; mais un beau jour, il avait acheté un violoncelle, et l'enfant manifesta le désir d'abandonner le violon pour ce nouvel instrument. Les parents s’y refusèrent. Offenbach profitait de chacune de leurs sorties pour s'emparer de la basse et pour l’étudier avec acharnement.

Quelques mois après, au cours d’une réunion où l’on faisait de la musique d'ensemble chez des amis, il manquait un violoncelliste pour jouer un quatuor de Haydn ; à l'étonnement de l'assistance, Offenbach joua sa partie de violoncelle avec une sécurité qui fit la surprise, puis l'admiration de tous.

Ce fut une épreuve décisive pour l'enfant. Le père, convaincu des aptitudes de son fils, lui choisit un professeur, nommé Alexander, pour le mettre

1. Offenbach en Amérique; Notes d’un musicien en voyage, Cal- .man-Lévy, éditeur, 1876.

en état de se produire dans des concerts. Or il arriva que l'élève apparut non seulement comme un vir-. tuose, mais aussi comme compositeur, et la diffi-, culté de la musique qu'il écrivait faisait reculer, M. Alexander lui-même. Le professeur déclara.

bientôt qu’il n’avait plus rien à enseigner au jeune homme. Le père Offenbach décida d'emmener Jacques et son frère ! à Paris qui était alors comme toujours | le centre du mouvement artistique. à

Offenbach avait quatorze ans. Précoce, spirituel, vif, et d’une rare sensibilité, il était déjà enclin à. envisager l'univers sous le côté plaisant et l'homme, sous le côté bouffon ; et il apportait dans son bagage une franche dose de gaîté et de bonne humeur. Étranger, il ne pouvait être admis au Conservatoire, | d'autant plus que Chérubini, le directeur autoritaire et morose, ne plaisantait pas sur le chapitre de la discipline. Comment Offenbach arriva-t-il à triom-, | pher du directeur et du règlement, on l'ignore. Fut-" ce par la supériorité de ses dons, fut-ce par sa gen-. tillesse qui firent fondre comme neiges au soleil la | sévérité de Chérubini, fut-ce par une ruse dont il. a gardé le secret? le fait est qu'il fut admis dans la, classe de Vaslin ; en même temps on lui confia un. poste de violoncelliste à l’Opéra-Comique. Ah! “| n'engendrait pas la tristesse dans l'orchestre. Il avait pour camarade, pour inséparable, un collègue» nommé Hippolyte Seligmann, de deux ans plus âgé |

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