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d’être son propre impresario comme jadis; il louait em mai 1853 la salle Herz où il donnait la première représentation d’un petit opéra-comique, le Trésor à Mathurin, paroles de Léon Battu, qui fut interprété par Saint-Foy, mesdemoiselles Lemercier et Meillet. Ce Trésor à Mathurin fut l’'ébauche du Mariage aux Lanternes' qui fut donné en 1857, quatre ans plus tard, aux Bouffes-Parisiens. |
Dans la même année 1853, Offenbach avait la chance de faire recevoir aux Variétés Péprto?, «acte espagnol », dû à la plume de Jules Moinaux et Léon Battu; c'étaient Leclère, Beaugé et mademoiselle Larcena qui en furent les interprètes. La critique à l'unanimité vanta le charme et l'originalité de la musique.
La première avait eu lieu le 28 octobre 1853. Le retentissement en fut tel que le compositeur en donna le 28 mars 1854 une représentation pour ses amis. Ce fut, paraît-il, une fort amusante soirée, pour laquelle mademoiselle Battu, la sœur du librettiste, remplaçait mademoiselle Larcena ; le ténor Aymès, de l'Opéra, jouait Miquel, et Offenbach lui-même prêtait son organe grave et son talent de bouffe au. rôle de Vertigo, une espèce de Figaro, caricaturé d'après celui de Rossini. Plus de deux cents invités s étaient entassés dans le tout petit appartement du passage Saulnier pour savourer ce régal artistique.
Pépito a une certaine importance dans la carrière
HAVOoiR/D/02-
2. Riemarquons en passant que Pépito était le prénom du beau- ‘
frère d'Offenbach et que Pépita était le prénom d’une des sœurs du musicien.
du compositeur. Cette pièce a été le modèle, le protoiype de toutes ces œuvres brèves, monologues musicaux, saynètes à deux ou trois personnages, qui permirent à Offenbach d'alimenter le théâtre des Boufïes-Parisiens.
Pour être en règle avec la chronologie de la production du musicien, signalons encore Oyayaye ou la Reine des Iles, « anthropophagie musicale » sur un livret de Jules Moinaux, qui fut le premier contact d'Offenbach avec Hervé et dont la première eut lieu le 26 juin 1855, aux Folies-Nouvelles, dirigées par ce dernier.
Voici le sujet de cette amusante pochade :
Le contrebassiste de l'Ambigu, Râcle-à-Mort, s’est endormi sur sa contrebasse, ce qui lui a valu d’être renvoyé par le directeur. Il a quitté l’ingrate patrie où son talent était méconnu, il s’est embarqué pour l'Amérique... et il a abordé en Océanie. Là il est fait prisonnier par des anthropophages qui lui laissent pour tout vêtement un chapeau, un faux-col, une cravate et des bottes, avec ordre de distraire Oyayaye, la reine du pays. Râcle-à-mort a mis en musique avec variations à l'italienne la note de la blanchisseuse de la reine et la lui fait chanter. Mais Oyayayea faim et jette de tels regards sur Râcleà-mort que celui-ci comprend qu'elle va le manger. Il lui joue alors de la contrebasse; elle est ravie, mais elle a toujours faim. Il lui joue du mirliton; même extase, puis mêmes regards de boulimie. Râcleà-Mort voit que son salut ne sera que dans la fuite : de sa contrebasse il fait un canot, de son mouchoir
une voile, et il prend la mer en faisant un pied-denez à la reine des anthropophages. Cette œuvre folle s’accompagnait d’une musique dans laquelle Offenbach avait répandu sa plus exquise fantaisie.
Le compositeur, tout en récoltant ce succès, touchait à la réalisation de son rêve : il avait appris deux mois auparavant qu’un minuscule théâtre en planches, construit aux Champs-Élysées, par l’architecte Hittorf, pour le prestidigitateur-physicien Lacaze, allait être vacant par suite de mauvaises affaires. Avec quelques fonds remis par avance au propriétaire, il obtint une promesse de location; avec la situation qu’il occupait au Théâtre-Français, il eut l'accès facile dans les bureaux du Ministère de l'Intérieur et du Ministre d’État aux Beaux-Arts desquels il sollicitait le privilège de représenter des pièces en un acte avec musique. Le 15 juin, la bienheureuse autorisation lui était accordée, à condition, bien entendu, que les pièces jouées n’emploieraient pas plus de trois personnages.
C'était pendant l'Exposition de 1855, pendant les chaleurs aussi. Les Parisiens raffolaient des spectacles en plein air, ou du moins situés dans les espaces libres des Champs-Élysées; ils avaient l'illusion ‘d'aller passer une soirée à la campagne.
Le 5 juillet 1855, eut lieu l'inauguration de la nouvelle salle, baptisée théâtre des Bouffes-Parisiens. Le théâtre était en planches, avec une espèce de foyer, entonnoir dans lequel s’engouffraient le vent et la pluie; les fauteuils étaient de simples gradins ; ot les loges étaient si étroites qu'il fallait en ouvrir
la porte si l’on voulait retirer ou remettre son manteau.
Par contre, la troupe se composait de Darcier, le délicieux chanteur; de Berthelier, un jeune acteur venu de Lyon et qui arriva depuis à une légitime réputation, de Pradeau, un jovial ténorino, qui avait abandonné l’Opéra-Comique, de mademoiselle Macé, du Gymnase, qui fut connue plus tard sous le nom de madame Macé-Montrouge quand elle eut épousé son camarade Montrouge; et de toute une série de mimes ou de danseurs dont les noms étaient Derudder, Laplace, Laffeli, Négrier, les sœurs Price et Mariquita’. Le chef d'orchestre s'appelait Placet.
Le programme se composait : d’un prologue, Entrez, Messieurs, Mesdames, dû à la plume de Méry et Jules Servières — Servières était le pseudonyme de Ludovic Halévy, attaché au cabinet d'Alfred Blanche, secrétaire général du Ministère d’État. Puis venaient : une petite opérette, Nuit Blanche, qu'Offenbach avait écrite sur un livret d'Édouard Plouvier, une pantomime de M. Lange, Arlequin barbier tete était un pseudonyme d’Offenbach); et enfin les Deux Aveugles, saynète de Jules Moinaux, mise en musique par le directeur et compositeur, qui fut un triomphe par la suite.
Par la suite... car, le soir de la répétition générale, cette folie tomba à plat. Les quelques invités et les artistes, le spectacle terminé, étaient ni
1. Mademoiselle Mariquita, empruntée par: ‘Offenbach: aux Funambules, a été. le. maitresse, de ballet, se l'Opéra comique pendant une périvde 46 Vingt ang,
mélancoliques, désolés de l'ennui qui les avait envahis. Deux ou trois intimes seuls étaient restés dans la salle.
Villemessant, le directeur du Figaro, dit à Jules Moinaux :
— Vous savez, Moinaux, ce n’est pas drôle.
Halévy, timoré mais franc, ajouta :
— Nous travaillons tous pour Offenbach, nous voulons tous qu'il réussisse. Eh bien ! avouons-le : les Deux Aveugles compromettent le spectacle. Le comique excessif de votre pièce a dérouté le public. Si j'étais à votre place, je la retirerais.
Et Jules Moinaux, avec sa loyauté habituelle, de faire à son collaborateur la proposition suivante :
— Je ne suis pas riche, vous le savez, mon cher Jacques. Mais je vous donne cent francs pour vous indemniser de votre musique; vous n'êtes pas embarrassé pour la placer ailleurs.
Offenbach, ému, ne perdit pas contenance et termina ainsi cet assaut de conseils et de générosité :
— Je ne comprends pas pourquoi la pièce n’a pas eu de succès, je n'y comprends rien. Qu'est-ce qui leur a pris ce soir? Attendons. s
Une parenthèse s'impose ici. Nous aurons plus d'une fois à constater la confiance qu’a eue Offenbach en certaines de ses œuvres. 11 y voyait souvent plus clair que Monsieur-tout-le-Monde; c’est que nul mieux que lui ne possédait le flair du théâtre, le don de la scène ; la lumière de la rampe lui donnait une rare perspicacité. Il en fournit la preuve en maintes circonstances ; et son aimable despotisme triompha
plus d’une fois des objections d’amis bienveillants. Les Deux Aveugles n'en furent pas le seul exemple.
Le lendemain, en effet, la pièce en question allait aux nues; elle resta sur l'affiche pendant un an; et depuis ce jour elle est demeurée aurépertoire. Ce fut elle qui attira la haute société au minuscule théâtre des Bouffes-Parisiens où l’on réalisait chaque soir des recettes de douze cents francs, recettes formidables pour l’exiguité du local. La vogue des Deu:c Aveugles fut même telle qu'un soir Napoléon III, à l’occasion du Congrès de la Paix réuni à Paris, fit jouer cette opérette aux Tuileries dans le salon de Diane, devant un parterre d'ambassadeurs chamarrés et d'ambassadrices endiamantées : Giraffier et Patachon eurent ainsi le suprême honneur de dérider l'Europe.
Le 30 juillet, changement partiel du programme avec le Réve d'une Nuit d'Eté, de Tréfeu, musique d'Offenbach, et une pantomime, Prerrot Clown. Mais la pantomime est obligée de s’éclipser devant l’opérette qui la détrône ; mimes et danseuses sont congédiés à la fin de leur engagement; on veut de la gaîté, n en fût-il plus au monde, et la tragédie sans paroles meurt de sa belle mort.
Le 31 août, nouvelle affiche : on joue Une Pleine Eau, saynète de Jules Servières, musique du comte d Osmond et de Jules Costé, et le Vio/oneur, légende bretonne, de Chevalet et Mestépès (auxquels il convient d'ajouter Étienne Tréfeu, collaborateur masqué); la musique était d’Offenbach. Ces deux pièces ont servi de début à Hortense Schneider, la divette au ravissant minois, au sourire charmant, la
créatrice, plus tard, des principales grandes opérettes d'Offenbach. Le Violoneux fut particulièrement goûté par la foule; on allait le voir et le revoir; on entendait et on réentendait les deux duos qui sont des bijoux, la cantilène du violon brisé, toute la délicieuse partition où la note comique et la note émue chantaient de si exquise façon.
Le succès du Violoneux et des Deux Aveugles laissa presque dans l'ombre l’apparition, en octobre suivant, de Madame Papillon, une bouffonnerie de Jules Servières, mise en musique par Offenbach, ainsi que Périnette, saynète lyrique en un acte, paroles de Lussan. On accueillit avec faveur les couplets des « Plus beaux garçons du village » et ceux de Paimpol : « Petite négresse, sauvagesse ». Les interprètes étaient Berthelier et mademoiselle Delmont.
Les froides soirées de la saison n’empêchaient pas la foule d’accourir aux Bouffes. L’opérette d’'Offenbach n’était pas encore née. La petite salle, le petit orchestre, les deux ou trois personnages sur la scène, une musique gracieuse, enveloppante, parfois comique, une action piquante, badine, railleuse souvent de l’autorité, mais sans violences, sans grivoiseries, surtout, ce n’était peut-être pas ce qui pouvait plaire au bourgeois, à la grande foule. Mais c'était le spectacle rêvé pour l'élite élégante, qui aimait, le sourire et pouvait redouter de se laisser aller au rire violent, débridé. Les deux aveugles, ces deux fripons aussi Clairvoyants l’un que l’autre, cherchant à se surenchérir en mensonges sur leurs infirmités,
c'était le maximum de la bouffonnerie qui semblait devoir être permise. On allait aux Boufles, comme, dans la seconde moitié du xvirr° siècle, on allait applaudir les bergers à Trianon.
Offenbach avait réalisé son rêve avec une réussite qui avait dépassé toutes ses espérances : il avait son théâtre, auquelil pouvait apporter toutes les œuvres que lui suggérait sa Muse. Il était son maître, car le 26 septembre il avait adressé sa démission de chef d'orchestre à la Comédie-Française. Il fallait néanmoins trouver une salle plus spacieuse et surtout plus hospitalière pour le moment où la neige étendrait son manteau de froidure sur les Champs- Élysées déserts. La période des débuts et des tâtonnements allait se terminer, le cadre du genre dans lequel il avait trouvé sa véritable voie allait s’élargir, s’élargir aussi le genre où il avait commencé à s’illustrer.
La salle du passage Choiseul, dite théâtre des Jeunes Élèves, était devenue vacante par suite de la retraite . deson directeur, le célèbre physicien Charles Comte. Offenbach en négocia la location ; il obtint de l’autorité la permission de représenter des pièces à quatre personnages, et du propriétaire l'autorisation de transformer l'immeuble de fond en comble.
Le 29 décembre 1855, il y transportait ses pénates, ses artistes et aussi ce titre de théâtre des Bouffes- Parisiens auquel il avait habitué l'oreille de sa clientèle.
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Le succès, loin de rendre Offenbach paresseux, lui servait au contraire d'aiguillon. Le programme d’ouverture des Bouffes de la rue de Choiseul aurait pu être celui des Bouffes des Champs-Élysées, dont la vogue se maintenait de façon imperturbable. Le compositeur tenait à donner à son public du nouveau, toujours du nouveau. Les spectateurs ne firent pas en vain l'ascension des deux étages qui menaient aux fauteuils d'orchestre du théâtre transformé. Ce fut Ba-Ta-Clan, chinoiserie musicale en un acte, de Ludovic Halévy (dont le vrai nom apparaissait pour la première fois sur une affiche), qui leur fut présenté pour la réouverture, le 29 décembre. Il n’est guère possible de rendre compte de cette folie où l'invraisemblance le dispute à l'esprit et à la cocasserie ; Certains critiques graves se fâchèrent d’avoir vu trop rire l'assistance, d’autres déclarèrent que Ba-Ta-Clan était le chef-d'œuvre du genre bouffe. La partition était au diapason du livret et trois mor- Ceaux : « Je suis français », « Il demande une chaise » et un chœur soulevaient chaque soir l’enthousiasme de l’auditoire qui acclamait la. gentille Marie Dalmont et ses camarades Pradeau, Berthelier et le baryton Prosper Guyot, un trio de comiques comme il s’en trouvait peu. Ba-Ta-Clan, remanié, agrandi, fut tout aussi bien accueilli en 1863. Remarquons que cette opérette comprenait quatre personnages. Combien avait-il fallu de démarches à Offen-