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LA PRINCESSE DE TRERIZONDE LES BRIGANDS

Offenbach partage ses journées entre les deux théâtres; dans l'un comme dans l'autre, on sera bientôt prêt à passer. Une semaine de relâche et les Boutfes ouvrent le feu (7 décembre . Dès le second acte, le théâtre, très éprouvé par sa dernière campagne, était sauvé, de l'avis de tous, tant la plume de Jacques s'était faite tendre et gracieuse dans ces trois rôles cle Raphaël, de Zanetta et de Régina, sans sacrifier pour cela l'entrain et le brio.

Les débuts musicaux de M" Chaumont furent un événement véritable. Après avoir admiré « sa petite^ main qui, en se crispant, trouve le moyen d'avoir de l'esprit », B. Jouvin ajoute :

« On a beaucoup applaudi, au l*"" acte de l'opérette, les finscouplets si spirituellement détaillés par Régina Chaumont. L'ex-Déjazet du Gymnase n'a qu'un souffle de voix et l'on ne saurait risquer avec elle le compliment ambitieux :

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c( Comme elle chante ! » — Chanter ! elle n'en a ni l'ambition ni la prétention. M"'' Chaumont se contente de dire la musiqne... C'est assez! c'est charmant ! »

Le sort des Brigands n'est pas moins henreux, le 10 décembre, aux Variétés. Même diversité, mêmes contrastes dans la partitition, « un mariage de raison entre l'opérette bouffe et le style de l'opéra-comique. «

Chanteur ou comédien, Dupuis fait de Falsacappa un pendant à Paris ou à Barbie-Bleue ; et de quelle inquiétude mortelle, pourtant il est accablé ! A l'issue de la répétition générale, Otfenbach a remanié tout le final du second acte ; du jour au lendemain, on a décidé que les carabiniers reparaîtraient, et la responsabilité entière repose sur Falsacappa. Une distraction, un manque de mémoire, la moindre confusion et le désarroi sera dans le camp des Brigands et la victoire compromise.

Si grande était sa détresse, qu'il faillit, au premier acte, rétablir une scène coupée dés le commencement des répétitions, si charmante qu'on l'était jugée à la lecture, celle où les apprentis brigands s'exerçaient à dévaliser un mannequin.

Mais le public ne soupçonna pas un instant

les Icnipèlos qui s'agilaiciil sous le cràuc do sou jictoui' favori ; avec un peu (ratlention il eût l)ourtaiit entendu le soupir de soulagement qui s'éehappa de sa poitrine, quand le rideau tomba sur le final redouté.

Au premier rang des pages applaudies, figurait la fameuse entrée des carabiniers ; elle révélait aux Parisiens un artiste qui ne devait jamais lasser leurs'applaudissements : M. liaron.

Un début encore, celui de M. Cooper, qui risque ses premiers pas sous le pourpoint du page \'alladolid.

Le succès de M"" Zulmar Bouffar, si alerte sous le ti'avesti de Fragoletto, est dans huites les mémoires ; M'"' Aimée fut moins heureuse pour sa première création. Les critiques, celle de M. Jouvin cntr'autres, ne purent qu'accroître les regrets des auteurs (pii avaient rêvé de faire porter à leur grande-duchesse la carabine de Fiorella.

(1 11 va deux premiers rôles de femmes dans \eî^ lirigands : un seul eût suffi s'il se fût appelé Ilortense Schneider. M'" Aimée ne manque pas d'intelligence ; elle a de la voix, elle en a même trop et le charme ne vient pas corriger l'inl ensilé d'une note conslMunneut émise eu force. »

Sûrs de leurs recettes, les deux théâtres consentent à laisser quelques vacances à leur compositeur. Avant son départ, il ajoute au répertoire des Bouffes un acte dont MM. Tréfeu et Prével lui ont donné le libretto : la Ro7nance de la Rose, créée par Lacombe, Hamburger, Victor, M""" Périer et Valtesse.

Puis, tout à la joie de pouvoir enfin se reposer, il dresse l'itinéraire de son excursion : d'abord une pointe sur Vienne qui monte les Brigands et Vert-Vert, une halte à Darmstadt où on l'attend pour donner Robinson^ avec un troisième acte nouveau, et retour à Paris, où de grands projets le réclameront bientôt.

Falsacappa semblant peu disposé à abandonner, même pour un soir, l'affiche des Variétés, Jacques croyait avoir enfin conjuré la loi mystérieuse qui voulait que tout mois de janvier ramenât avec lui la Grande Duchesse. L'année 1870 commencée, il allait prendre la route de Vienne, quand un télégramme daté de Nice le supplie d'ajourner son départ ; il ne peut refuser son concours à une représentation organisée au profit des pauvres et dont le programme vient d'être arrêté... La Grande-Duchesse, avec sa créatrice qui demande au maestro de conduire ce soir-là.

Jacques fît diriger sur la gare de Lyon les

bagages destinés à l'est et gagna le Danube en passant par la Méditerranée.

Revenu de Vienne où M'' et M»"^ Denis ont eu les honneurs de l'Opéra, où le succès des Brigands et de Vert-Vert a été plus bruyant encore qu'à Paris, Jacques, désireux de renouer connaissance avec ses artistes et ses amis, donne le 23 février, au Grand-Hôtel, un souper monstre qui célébrera à la fois les victoires des Bouffes et des Variétés.

Auprès des interprètes de Trébizonde et des Brigands, M'""' Schneider, Rlanche d'Antigny, Antonine, Gabrielle Moisset, Thérésa, Deveria.

Dans les derniers jours d'avril, les Bouffes, en attendant la fermeture, donnent une reprise des Bavards, remontés pour M"° Van Ghell.

Les journaux tiennent le public au courant des projets médités par Comte et Noriac. Il est bien entendu que le passage Choiseul prétend s'attacher à jamais Offenbach, dont VOrphée reparaîtrait en septembre avec une distribution éblouissante : Eurydice : Schneider ; (Jupidon : Céline Chaumont; Junon : Thiorret, etAristée : Van Ghell.

Jacques a pris ses quartiers à Saint-Germain ; il y termine Fa?2^a.sio, impatienmient attendu à rOpéra-Comique où Vert-Vert vient de reparaître. M"" Girard y a succédé à Capoul et aban-

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donne son rôle de la Corilla à M"" Bélia. Est-ce en vue de quelque autre ouvrage du maestro que la salle Favart songe à s'attacher Dupuis, son ténor attitré ?

Épuisé par ce travail continu, Offenbach se voit, de par la faculté, condamné à un repos de trois mois. Il se soumet et s'achemine vers sa villa d'Étretat, mais les malles pleines d'actes à achever, de scènes ébauchées.

La guerre éclate. Les Variétés, qui avaient rappelé les Drigayids le 2 août, ferment leurs portes le 14 ; elle ne les ouvriront désormais qu'aux blessés , soignés dans le grand foyer transformé en am])ulance.

La revue alimentaire prend dans le Figaro la place du courrier des théâtres, — une note discrète se glisse de temps à autre, qui annonce une représentation extraordinaire.

La Comédie-Française donne des matinées chez elle et va en soirée un peu partout, le plus souvent aux Bouffes dont les recettes en février, avec les représentations de la Princesse de Trébizonde et de Fortunio, atteignent la somme de 22,814 francs ; les Menus-Plaisirs voient défiler le répertoire de l'Opéra-Comique ; les concerts sont nombreux à la rue Lepelletier.

Une chronique de Gustave Lafargue, parue

dans le FigRvo du 9 mars, s;ilue les colonnes Morris auxquelles le gaz a rendu leur auréole lumineuse. Les théâtres se réveillent et le 15, les Bavards reprennent sur la scène des Bouffes leur joli babillage. Étoile : M"" Irma Marié.

L'été venu, les partitions de Jacques ont de nouveau été réclamées par l'Angleterre. Durant une excursion rapide à Londres, le compositeur est invité par le prince de Galles à une matinée au château de Chiswick, félicité du grand succès que vient de remporter la bande de Falsacappa.

Plus que jamais la vogue suit Offenbach :

Désireux de s'assurer un lendemain à Fantasia, les directeurs de l'Opéra-Comique, MM. du Locle et de Leuven, offrent à Jacques un livret de M. Gondinet : Si le roi le savait!

Aujourd'hui, c'est aux Variétés une solennelle reprise des Brigands, demain les Bouffes célébreront le retour de la Princesse de Tréhizonde.

Les lauriers récoltés par Rnbinson et par Vert-Vert, n'avaient pu consoler Offenbach de la chute de Barkouff. Comme pour Geneviève, il s'était promis d'aller en appel et de faire casser la sentence rendue.

La partition de l'Opéra-Comique est rachetée à Heugel; un traité passé avec M™^ Scribe lui garantit un quart sur les droits à venir, et. à la

prière du maestro, MM. Nuitter et Tréfeu bâtissent trois actes dans lesquels ils s'imposent la tâche d'introduire la musique de Barkouff.

Scribe avait conté l'histoire d'un dogue; un ours est le héros de la pièce nouvelle.

Donnée le 14 décembre, Boule-de-Xcige ne subit pas le triste sort de son prédécesseur; Madame Peschard s'y montra, dès ses débuts, l'exquise chanteuse qu'elle resta à travers tant de rôles. C'eût été pourtant faire injure aux auteurs que de compter cet ouvrage parmi leurs œuvres les mieux venues.

Mais le passé avec Trébizonde, l'avenir avec tous ses projets ne leur étaient pas avares de consolations.

D'ailleurs, Boule-de-Neige et sa dompteuse se pressaient moins qu'on ne l'eût prédit d'abord, de quitter leur théâtre des Bouffes. Entourés de M"'° Thierret, de Berthelier, de Désiré et de Montrouge, ils y célébrèrent l'avènement de

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