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LES BRACONNIERS

Démêlés avec la société des auteurs

Offeiibacha tenu la parole donnée à MM. Chivol et Dura : les couiTiers de théâtres commencent, dès le mois d'octobre, à nous parler des Braconniers. On y entendra M"^ Van Ghell et, à ses côtés, M""' Chaumont dans le rôle de Ginetta.

Puis un demi-silenco se fait autour du nom de Jacques ; mais l'année ne s'achèvera pas sans que nous ayons la clé de ce mystère. Au commencement de décembre, on murmure bien bas que la Gaîté est vendue ; le lendemain, si indiscret que cela puisse être, on vous confie que l'acquéreur est un homme de très grand talent. Deux jours après, le fameux secret est connu de tous : Olîenbach a vaincu Boulet ; il tient son théâtre, il s'assiéra, dès le l*"" juin, au fauteuil directorial.

Janvier 1873. — Le nom de Jacques n'est sur aucune affiche jusqu'au 29, soir de la représentation des Braconniers.

Tout à la préoccupation de sa direction prochaine, entouré, sollicité comme il l'était à cha-

que instant, le maître s'est méfié de sa patience, a redouté quelque surprise de ses nerfs surmenés et, en homme prévoyant, a voulu conjurer le fâcheux effet des scènes à venir.

» Désirant conserver toujours d'excellentes relations avec MM. Chivot et Duru, je soussigné, Jacques Offenbach, compositeur de musique, demeurant à Paris, rue Laffitte, leur fais ici, d'avance et par écrit, les excuses les plus formelles. MM. Chivot et Duru pourront s'en servir en toute occasion où ils se trouveraient blessés, sans pouvoir cependant en tirer aucun profit ni lucre d'aucune sorte. Ces excuses anticipées sont rigoureusement personnelles.

» Jacques Offenbach. »

Comment en vouloir à un collaborateur qui avoue avec une pareille franchise les faiblesses de son caractère ? — Aussi la paix régna-t-elle aux Variétés, où M. Bertrand rendit à Jacques une partie de ses interprètes attitrés : Dupuis, Berthelier, puis Grenier, Léonce, Baron, Blondelet et Daniel Bac. Ginetta, pour laquelle on avait d'abord rêvé Céline Chaumont, est donnée à M"^ Zulma Bouffar ; M"^ Van Ghell passant à rOpéra-Comique, le rôle de Bibletto est remis à une débutante, Marie Helibon.

C'était la véritable rentrée d'Oti'ciibacliau boulevard ^Montmartre, la première partition nouvelle qu'il y donnât depuis les Brigayids. Et justement, le grand défaut des Braconniers fut de côtoyer de trop près le célèbre opéra-bouffe; en écoutant les héros de MM. Chivot et Duru, on songeait malgré soi à Fiorella et à Fragoletto.

Certes la partition était à la hauteur de ses ainées; auprès du sourire tout frais et i)impant, la iiaité v faisait rai^e. Le rôle entier de Ginetta fut chanté par M"" Bouffar avec des nuances charmantes de finesse et d'entrain; la voix éclatante de M"® Heilbron, ses vocalises frappèrent d'étonnement le public des Variétés. Dupuis, fit de Marcassou, un type d'une fantaisie aussi personnelle que toutes ses créations précédentes ; le Lastécouérés de Berthelier remplissait la scène, se démenait sans relâche — et pourtant les Braconniers parurent longs.

Les représentations suivantes laissèrent une meilleure impression, et Ginetta et Bibletto s'aimèrent jusqu'aux derniers jours do mars.

C'est aux Variétés aussi qu'Offenbach débute comme orateur, dans l'après-midi du 22 février. Il a exprimé son intention de jouer son répertoire sur la scène de la Gaité, et la Société des Auteurs s'est émue ; une question Otfenbacii a été soulevée qui passionne musiciens et poètes.

Comme il importe de trancher rapidement le différend, une réunion plénière a été organisée au théâtre de M. Bertrand; l'assemblée se réunit dans le foyer du public, sous la présidence de M. Alexandre Dumas. ^

Que demande Offenhach? l'autorisation de monter chez lui les deux ouvrages précédemment reçus par M. Boulet {Orphée aux Enfers et Geneviève de Brahanf. deux reprises qu'il désignera plus tard, une pièce nouvelle par an.

Le Président émet un avis favorable, mais l'opposition, dirigée par Touroude, est puissante — et voilà le Maestro qui se transforme en orateur et entreprend de convaincre le tribunal.

« 11 est un point, Messieurs, dont il n'a pas été question jusqu'à présent et dont je tiens à vous parler. — Il y a plus de dix-huit ans que je fais du théâtre. Pendant ces dix-huit ans j'ai produit plus de quatre-vingts pièces dont quelques-unes, je puis le dire, ont eu un certain succès. »

Une voix : Un très grand succès !

Lorateur : Je vous remercie ! Or, depuis que nous sommes réunis on ne s'entretient que de ma personne ; je vous l'abandonne bien vo^ lontiers. Mais avec moi il y a mes collaborateurs qui sont extrêmement nombreux et dont beaucoup sont présents ici. Songez qu'en m'empéchant de jouer mes pièces, vous m'empêcheriez

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aussi de jouer les leurs. Parce que je serais directeur de la Gaité, serait-il juste que les intérêts de mes collaborateurs en souffrissent ?

« Du reste, vous déciderez ; mais je tiens à vous dire encore que j'ai jusqu'au mois d'avril pour rendre définitif mon traité avec M. lioulet et que, si vous m'empêchez de jouer mon répertoire, vous me mettez dans l'impossibilité de prendre la Gaité et vous brisez ma carrière... de directeur. »

On se sépare sans avoir rien résolu et une nouvelle assemblée extraordinaire est fixée au !•"■ mars. Cette fois on se réunit au siège même de la Société et la question est nettement posée par M. Dumas, dés le début de la séance.

» MM. les Directeurs auront-ils le droit de laisser jouer sur leurs théâtres des ouvrages dramatiques ou lyriques, composés soit par eux, soit par leurs associés, soit par les employés salariés ou gratuits de leur administration — et réciproquement, les auteurs ou compositeurs auront-ils la liberté de travailler en collaboration avec le directeur d'un théâtre quelconque, ses associés ou employés y »

Résultat du vote : 109 voix pour l'interdiction, 22 contre — et Ofï'enbach, qui a dédaigné de prendre part à la discussion, n'a rien de plus pressé, au sortir même de la séance, que d'écrire

au directeur de la Gaîté qu'il prend le théâtre à partir du l*'" juin.

Pomme cVApi et la Jolie Parfumeuse à la Renaissance

Moins de quinze jours après, M. Boulet mourait, et Jacques, en attendant la date fixée pour la prise de possession officielle, s'installait au square des Arts-et-Métiers, où les manuscrits venaient à lui en flots serrés.

En même temps, Hostein ouvrait la Renaissance et, sous les auspices de M. Belot et de la Femme de feu^ la consacrait solenellement au drame.

Pour le drame aussi, Jacques semblait réserver toutes ses faveurs : il accueillait à bras ouvers le Gascon et Jeanne d'Arc, se montrait enthousiaste pour VOfficier de fortune de

Victorien Sardou, n'avait que des sourires pour VAntigone de Vacquerie et Meurice, pour le Vampire de Victor Séjour.

Orphée n'était pas oublié au milieu de cette avalanche. Marie Heilbron serait Eurydice, Jupiter emprunterait les traits de Lesueur, MontauLry chanterait Asristée ; le futur Cupidon était une étoile exquise découverte chez son voisin l'Eldorado, où elle débutait à peine, étoile dont le scintillement devait éblouir tous les astronomes parisiens : M'"" Théo.

On lit avec admiration la liste de la double troupe engagée par le directeur de la Gaité. En tête des artistes qui doivent entourer le vieil étendard du drame : M"'*' Victoria Lafontaine, Marie Laurent, Laurence Grivot, Brindeau, Aimée Tessandier, Gérard ; MM. Lafontaine, Clément- Just, Desrieux, William Stuart," Angelo, Laurent, Alexandre. Que la prose cède la place à la musique et Offenbach met en ligne M"'' Heilbron, Dartaux, Perret, Angéle, Gilbert ; MM. Montaubry, Mabay, Falchieri. Bonnet, Grivot, Daubray, Jean-Paul — Engagés en représentation. M'" Lia Félix et Lesueur — Enfin, un nombreux corps de ballet dont l'étoile sera M"' Fontebello.

Trois mois de clôture vont suffire à Jacques pour réaliser les plans de réforme qui bouillon-

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nenl dans son cerveau ; Juin, Juillet et Août appartiennent aux ouvriers, aux tapissiers, aux décorateurs. Tentures renouvelées, sièges recouverts, voilà pour la salle ; sur la scène, dans les coulisses, tout est remué, bouleversé : la loge qui avait abrité M"'" Judic devient la régie, la caisse s'installe là où s'habillait M"^ Zulma Boutîar.

La somme de 316,000 francs avait rendu Offenbach maitre du théâtre tant désiré ; il dépense encore 154,000 francs pour cette complète restauration, qu'il dirige, à coups de télégrammes, de Vienne, où il est parti conduire la Princesse de Trébizonde et monter les Brnconniers, pendant que les Variétés reprenaient ses Brigands, avec Dupuis, W Boufï'ar et Berthal.

2 septembre. — heGascon, de Théodore Barrière et Louis Davyl, inaugure la Gaîté transformée : on y remarque auprès de M. et M'"^ Lafontaine, une débutante, M"® Teissandier, récemment découverte à Bordeaux.

C'est à M. Vizentini, son chef d'orchestre, qu'Offenbach a confié la partition du ballet ; lui s'est contenté d'écrire la Légende béarnaise que chantent Lafontaine et M"* Guiotti.

Le moyen d'en faire davantage quand la Renaissance est là qui. dès les premières répè-

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litions, le dispute ;ïla Gaité. Trahi par le drame, llosteiii s'est tourné vers le grand majj;i('ien que les directeurs n'ont jamais imploré en vain, et Jacques est accouru à son secours.

Un traité a été signé, qui assure à la Renaissance le répertoire du Maestro, chanté par les artistes inoccupés de la Gaité.

Le jeudi 4 septembre, dés le surlendemain du Gascon,, la convention est exécutée. Le même rideau qui s'était levé majestueusement sur la terrible tragédie de Thérèse Raquin, s'envole joyeusement aux sons iV Ajmthicaire et Perruquier, à.Q Chou fleuri. M** Dartaux et Grivot, Falchieri et Bonnet nous présentent la Permission de dix heures, autrefois créée à Ems, avec l'ensemble charmant de la retraite.

« C'est moi, Monsieur, je suis la bonne ! » Le même mouvement a remué la salle — mouvement de surprise, en entendant cette voix un peu vacillante, au timbre voilé ; puis les lorgnettes se sont braquées sur l'apparition toute blonde, si délicieuse en ses gestes d'enfant. D'un sourire, Théo a conquis Paris; Pomme d'Api, le petit acte de Busnach et Ilalévy, vient de la révéler. Comme elle a su la dire, la partition d'Offenbach, la détailler malicieusement avec si peu de voix mais tant de grâce !

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La Renaissance est désensorcelée ; la voilà consacrée à Jacques. Vite, il faut qu'il écrive trois actes pour la petite étoile.

Les Variétés, non plus^ n'entendent pas que le maître les abandonne, et, pour lui prouver combien elles lui restent attachées, elles ont enlevé la Vie Parisienne au Palais-Royal : MM. Meilhac et Halévy ont amputé leur pièce de l'acte faisant longueur autrefois. On a laissé à Dupuis le choix entre Gondremarck et le Brésilien. ?^Iais Berthelier, déjà chez M. Plunkett, a pris la succession de Brasseur : il conservera le rôle qui donne libre cours à sa verve. Dupuis sera le baron suédois, un Gondremarck ne ressemblant en rien à celui de 1866.

A Grenier le rôle de Bobinet, celui d'Urbain à Baron ; on a ajouté pour Léonce le personnage d'Alfred; enfin, Cooper rencontre dans Gardefeu son premier vrai rôle.

Les auteurs auraient voulu faire chanter à Hortense Schneider les deux rondeaux de Métella ; sur son refus, M"® Deveria a été engagée. Gabrielle retrouvera sa créatrice M"® Zulma Boufar ; la baronne et Pauline seront l'apanage de M"^" Grandville et Berthal.

Montée de la sorte, la Vie Parisienne est acclamée, le 25 septembre 1873, aux Variétés,

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comme elle l'a été sept ans plus tût au Palais- Royal, reparaissant sans une ride à sa jeunesse et à son entrain.

Une ombre au tableau : l'insuffisance notoire de M"" Deveria, vite oubliée le soir où M"^ ^'an- Ghell vient, à sa place, lire la lettre à Métella.

A la Gaîté, malgré les recettes plus qu'honorables réalisées par le Gascon, Offenbach avait hâte de faire passer la Jeanne d'Arc, de M. Jules Barbier, un drame auquel personne ne voulait croire. On admirait la partition de Gounod, on n'avait pas assez d'éloges pour le poète, chacun rendait justice au talent de M"^ Lia Félix, de M"'' Teissandier, de Desrieux et de Clément- Just, mais la même méfiance était chez tous.

Seul, Jacques avait foi dans l'œuvre, l'entourait de tous ses soins, relevant les courages, apaisant les craintes qui avaient envahi le théâtre, le jour où on y apprenait l'incendie de l'Opéra. Ce désastre apparaissait comme le plus effrayant des présages, éclatant au moment où on répétait la Jeanne d'Arc, de Mermet.

Le grand succès de la première (8 novembre), — deux jours après l'apparition tant attendue de l'Oncle Sam, de Sardou, au Vaudeville, — lui donna raison.

Rassuré du coté du drame, le directeur fait place au compositeur qui va se livrer tout en^

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lier aux répétitions do la Jolie Par fameuse.

Devant la réussite de Pomine d'Api et tourmenté chaque jour par Ilostein qui réclamait un ouvrage nouveau pour la Renaissance, Offenbacli s'était adressé à MM. Crémieux et Blum. « Je crois qu'à présent Théo est mûre pour trois actes «, leur avait-il dit et, sans perdre de temps, les deux amis se mettaient à l'ouvrage ; Jacques ne déployait pas moins de zélé, et le théâtre se sentait gagné par cette belle ardeur.

En sept semaines, la. Jolie Parfumeuse fut écrite, composée et jouée ;29 novembre).

Jamais auteurs ne réussirent mieux à mettre en pleine lumière les qualités de leur interprète, qui eut cette rare fortune de rencontrer, dès son dé])iil, un rôle dont son nom allait rester inséparable.

Louise Théo et Rose Michon! — Le moyen de songer à l'une sans que l'autre aussitôt s'empare de votre pensée, sans qu'on la revoie si personnelle et si mutine, sans qu'on entende comme un écho des couplets du rire.

Auprès d'elle, le petit Bavolet auquel M'"'' Grivot prétait tant d'esprit. — Le mignon duo d'amoureux dont le Gaulois dit :

« Maître Jacques, en faisant chanter ces deux femmes, a renouvelé le miracle de Pygmalion;

sculciueiit, au lieu d'uni' ( lalathéu en marbre, il eu a fait deux eu pâte tendre. Ce sont d'adorables bibelots bleus et roses qui sont descendus de leurs étagères pour chanter sa musique. »

Dauhray, mis en goût par sou succès de Pomme d'Ajn, abordait avec éclat l'emploi de ténor, sans renoncer pour cela à sa verve et sans rien sacrifier de sa rondeur si commuuicative ; puis c'étaient M"'' Fonti. dans le rôle de Cloriude. et Bonnet, un des vétérans de Jacques.

ORPHEE AUX ENFERS

Vient l'année 1874.

Offenbach monte Orphée, il touche à la réalisation de ses rêves; il veut faire oublier aux dieux les mesquineries du petit Olympe d'autrefois, se faire pardonner le modeste Enfer de la rue Monsigny.

Il a engagé 120 choristes; 60 musiciens sont placés sous les ordres de M. Vizentini ; l'orchestre militaire compte 40 exécutants; \ premières danseuses, 4 secondes, GO dames du corps de ballet vont entourer M"" Théodore,

De quel air de pitié,- après avoir lu l'énumération de toutes les merveilles promises, on assiste le 19 janvier à la réouverture de l'Opéra, en son pied-à-terre de la salle Ventadour. A Don Juan sont faits les honneurs de la première soirée; Faure et Villaret, M™^' Gueymard, Ferrucci et Thibault, Beaugrand, Fonta et Marquet ne parviennent pas à dissiper la mélancolie répandue sur cette représentation.

7 Février ! La date sonne encore joyeusement dans la mémoire de tous les favorisés des premières ! Jamais on n'avait contemplé pareille série d'enchantements ! et la partition d'Orphée, qui ressuscitait plus jeune qu'à son premier soir, soulevait l'enthousiasme jusqu'au délire, depuis l'ouverture — promenade, jusqu'à la dernière note de l'Hymne à Bacc/ms; les ovations étaient les mêmes pour les pages classiques, pour les couplets d'Aristée, le chœur du Sommeil, la scène de la Mouche, l'éclatant Evohé ou pour les morceaux rajoutés par Offenbach.

Et cette mise en scène inoubliable ! La campagne de Thèbes d'abord, toute lumineuse, toute souriante avec ses champs de blés que domine le temple de l'Opinion. Puis, parmi les nuages qui protègent le repos des dieux, l'horloge céleste marquant la naissance des heures, assistant immobile à l'éclosiou des songes.

Les vapeurs se dissipent.: un long murmure salue la féerique vision de l'Olympe où l'œil n'embrasse qu'escaliers, colonnades de marbre blanc, à travers lesquelles va se dérouler le merveilleux cortège.

L'Enfer enfin, tout irradié de flammes et d'or, son fleuve embrasé, ses arcades s'estompant au loin dans un scintillement d'étincelles.

Ce n'est pas un mince mérite pour les interprètes que d'avoir pu tenir en éveil l'attention du public parmi tant de splendeurs sollicitant les regards. Mais la musique est là; elle ferait oublier costumes et décors.

M"* Cico, qui avait créé Minerve, presqu'un rôle muet dans l'Orphée du passage Choiseul, a pris le rôle d'Eurydice et le chante plus qu'elle ne le joue. Mais la fantaisie exubérante de Jupin-Christian s'étend à tout ceux qui l'entourent ; secondé par Grivot qui bondit, galope en lançant son entraînant : « Place à Mercure », tous deux enlèvent à leur suite Montaubry, Alexandre, Meyronnet, Gravier. Autour de Cupidon et de l'Opinion représentés par M™" Matz-Ferrare et Gilbert, se pressent les divinités, sous les traits de M'"* Angèle, Perret, Méry, Davenay et cent autres renommées parmi les plus belles.

Les recettes fantastiques arrivent en foule dès le lendemain dans les caisses de la Gaîté,

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et ce n'est pas le soir seulement que Paris court au théâtre d'Offenbach.

Le 8 mars, inauguration des matinées littéraires et musicales. La première se compose du Barbier de Séville, joué par Coquelin, Febvre, Grivot, Scipion et M"' Antonine et des Rendezvous bourgeois avec Daubray, Christian, Bonnet, M"" Théo, Dartaux et Grivot.

Trois jours après (11 Mars) les Variétés enlèvent Y Ile de TulipatELn aux Bouffes. Pour accompagner Berthelier qui reprend son rôle de Cacatois.M. Bertrand donne à Jacques M""^' Aline Duval, Lina Bell, et M. Cooper.

Le matin, on s'est pressé dans l'église Saint- Laurent autour du cercueil d'Aimée Desclée ; le soir, on se partage entre les Variétés et le Vaudeville où va s'écrouler le Candidat de Gustave Flaubert.

Ce ne sera pas la seule chute retentissante de l'hiver : les Boulîes sont frappés à leur tour par l'échec des Parisiennes ; la musique de M. Vasseur, le talentde M""' Judic et Peschard, l'attrait de M""'' Prelly, Berthe Legrand, Delphine de Lizy, ont été impuissants à conjurer le désastre.

M. Comte se tourne vers son beau-père qui transporte aux Bouffes son traité avec la Renaissance, le petit théâtre du boulevard se décidant à abriter désormais la féerie.

Oli'enbîicli reprend possession de ralliclie le 20 avril. A M""" Poscluird e( à Daubray a été conlîce la Chanson, de Fortunio ; jM'"" Théo, dans Pomme d'Api, affronte le public du [tassage Choiseul de la nièuie victorieuse façon que celui de la Renaissance.

Tenu prisonnier dans son cabinet directorial, accaparé parles Bouffes, Jacques a encore trouvé le temps de remanier In Périchole. Transformée, complétée par un troisième acte entièrement nouveau, elle rentre aux Variétés le 25 avril.

Comme on fait fête à Hortense Schneider et à Dupuis, lui, le Piquillo étourdissant de fantaisie, elle, la Périchole exquise «dont le sourire a toujours les vingt ans du Pantin de Violette. »

Si applaudi que soit l'acte nouveau, si vifs que soient les applaudissements prodigués au « // grandira », à la griserie, au rondeau de Piquillo, c'est la Lettre encore et toujours qui a déchainé le plus de Imivos.

Le 18 mai est jour de liesse à la Gaité où l'on célèbre la centième. Un souper monstre réunit sur la scène le théâtre au grand complet et les amis du Maestro. Combien il en est parmi eux dont la pensée se reporte vers la soirée de 1 859, dans laquelle on fêtait aussi la centième du petit Orphée. Que de boites de cigares cette

réunion avait coûté à Jacques, chacun pariant contre lui pour deux, pour trois cents représentations et les enjeux consistant en des bataillons de havanes !

Un silence. C'est la proclamation officielle des recettes réalisées parO)'p/iee depuis le 7 février : un million cent quatre vingt mille francs. — Aussi quel entrain et les joyeux quadrilles que vit s'organiser le foyer du public.

Offenbach, tout en recevant ses invités, surveillait les moindres détails de cette mémora])le soirée et crut remarquer que plusieurs petits rôles manquaient à l'appel, malgré le désir exprimé par lui de voir tous ceux-là au plaisir qui avaient été à la peine.

Le lendemain, il mande son fidèle Baudu, s'informe avec quelque vivacité des motifs de ces abstentions. — « Maître, lui répond le roi des régisseurs, les pauvres gens n'ont pas d'habit. » — Et voilà qu'au mécontentement du directeur succède la pitié : « Baudu, annoncezleur bien vite que j'augmente leurs appointements d'un tiers, à dater de ce soir. »

Chaque jour était marqué par un de ces traits dans lesquels se révélait le cœur de Jacques, cette bonté simple et sans tapage qui le faisait adorer de tous.

BiifiatcUe. Whittington et son chat Madame l'Archiduc

Pendant qu'Orphée commence une nouvelle série, avec M^^Dartaux dans le rùlo d'Eurydice, Lise Tant in meurt loin de Paris, suivie dans la tombe, à quelques jours d'intervalle, par M"° Tostée, elle aussi une des créatrices du passage Choiseul.

Bagatelle, un acte de MM. Hector Crémieux et Blum, réunit M""^* Judic et Grivot devant le public des Bouffes-Parisiens.

Vous vous souvenez de quelle ravissante façon la première cbantait les jolis couplets de Mathurin, avec quel esprit la seconde débitait son rondeau ; vous vous rappelez combien l'une était adorable et fine, comme l'autre se montrait crâne sous le veston du gommeux. '

L'été est venu. Pendant que ses étoiles, avec une courtoisie de grands diplomates, font écliange de leurs rôles, que M""^ Judic emporte la Jolie Parfumeuse dans sa malle et que M"* Tliéo met dans ses bagages la partition do R^gafe/Ze, Jacques s'est retiré à Aix où il travaille à la nouvelle pièce des Bouffes.

198 (iIFKNHACII

M. Tréfeu, qui liouverne la Gaité en son absence, lui communique une lettre de l'éditeur Wood, de la maison Cramer de Londres. Il sollicite du maestro la partition d'un opéra-bouffe en trois actes et s'informe en même temps de la somme qu'il réclamerait en écliange de ce travail.

« Réponds à ton éditeur que je suis malade et que, d'ailleurs, tout mon temps appartient à Madame V Archiduc ». riposte Jacques.

Silence de (juinze jours, au bout desquels M. Wood revient à la charge ; le message est encore transmis à Aix, d'où Jacques, exaspéré par cette insistance, réplique : « Dis que je demande cent mille francs ! c'est le seul moyen, je crois, de rester tranquille. »

La semaine suivante, deux messieurs sont introduits dans le cabinet d'Etienne Tréfeu ; correspondants de l'éditeur de Londres, ils disent à l'administrateur de la Gaité combien M. Wood est désireux d'acquérir une œuvre nouvelle d'Offenbach. Mais la somme demandée par le maître leur semble un peu élevée ; s'il voulait consentir au chiffre de soixante mille francs, ce serait chose faite.

Le télégraphe de jouer entre Paris et Aix, apportant la réponse du directeur : « Je })ars, j'arrive. »

SA VI1-: KT SON ni;i:viu'. 19U

Bref, l'affaire fui cuucluc au prix de soixantequinze mille francs, et Jacques désigna MM. Nuitler et Tréfeu pour traiter le sujel choisi par l'éditeui' : la légende si [)opulaire là-bas de Whittington and lus cat. — Traduit ensuite par M. Farnie, cet opéra-bouffe, toujours ignoré des Parisiens (juoique transformé en féerie et prêt à voir la rampe chez nous, fut joué à l'Alhambra aATc le succès le plus grand et le plus durable.

Les Variétés rouvrent leurs }tortes le 1"'' août, avec la ]^ie jmrhienve : à la Gaité, Orj)hpe se rit des chaleurs. Pourtant, les recettes commencent à décroître et Jacques songe aux moyens de ramener le maximum des premiers jours.

11 a trouvé. Décorateurs et costumiers sont convoqués à la hâte et deux relâches, les 12 et 13 août, suffisent pour mettre sur pied un acte nouveau, le Royaume de Neptune, présenté au public dés le lenibnuain.

Libre à i)résent, il se retire à Biarritz, où il terminera Madame V Archiduc, que M. Albert Millaud lit aux Bouffes le 3 septembre, le lendemain "de la réouverture faite avec la Jolie Parfumeuse.

Il y a un an, jour pour jour, le Gascon inaugurait à la Gaité la direction de Jacques. En ces douze mois, les recettes ont atteint le chiffre de

2,000,511 fr. — et devant la persévérance du maître, devant la fougue avec laquelle il expose ses plans, les amis sentent se dissiper les craintes qu'élevait en eux la somme toujours grandissante des frais quotidiens.

Entre la miraculeuse représentation de retraite de Déjazet ;27 septembre), et l'apparition de M°'^ Patti dans Faust et les Huguenots, au milieu des pensionnaires de l'Opéra, les Variétés ont, de nouveau, réclamé la Périchole.

Le rideau des Bouffes se lève le 31 octobre sur Madame l'Archiduc. Le succès s'est dessiné dès la première scène ; la phrase du château de Castelardo chante déjà dans toutes les mémoires. L'acte entier, on peut le dire, a été joué deux fois.

« Dans la profusion des morceaux courts ou développés dont se compose la nouvelle partition de M. Offenbach, on a fait bisser tant de couplets que je n'en sais plus le nombre. » — L'aveu est signé Bénédict.

Le rôle adorable de Marietta restera au premier rang des plus exquises créations de M'"' Judic. Depuis son joli duo d'entrée, en compagnie de M. Habay, jusqu'au Pas ça du 3* acte, il n'y a eu pour elle qu'une suite d'ovations, saluant la comédienne aussi bien que la chanteuse. Le P'tit Bonhomme sera populaire

dès le lendemain, les délicats se garderont d'oublier le sextuor de V Alphabet.

Armée du sabre de Fortunato, M'"" Grivot a osé entrer entrer en lutte avec Oflenbach ; le maestro rêvait un petit soldat d'étagère, elle un dragon endurci ; et la victoire lui est restée. Puis voici Daubray, V Archiduc original ., étourdissant dans la scène de l'interrogatoire, liabay, Fugére, M'" Perret, sous les traits de la comtesse, un rôle destiné d'abord à M"° Raymonde; parmi les conspirateurs, MM. Grivot et Scipion.

Les trois actes d'Albert Millaud et OfFenbach ramenaient aux Bouffes les recettes des beaux soir d'autrefois.

M°" Grivot tombe malade, abandonnant du jour au lendemain le rôle de Fortunato ; à son tour ]M. Fugère est souffrant. La Gaité rapelle ]^jiie pci-ret et, bientôt après, Grivot et Scipion ; M™* Judic elle-même cède sa place à M"^ Claudia. Malgré tant de difficultés, tant d'obstacles semés sous ses pas, Madame VArchiduc voit son succès consacré par cent-cinq représentations consécutives.

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