‹ OffenbachChapitre 7 sur 21 · M. ET ]\P"^ DENIS · texte numérisé non relu

M. ET ]\P"^ DENIS

Les Bavards.

Seuls, le passage Choiseul etDéjazet ferment leurs portes durant l'été de 1861. Les théâtres de Paris bravent le soleil et c'est le moment de la canicule que quelques-uns choisissent pour lancer leurs pièces nouvelles. La musique semble élire domicile au Palais-Royal, avec la Poularde de Caux, un vaudeville dont six compositeurs connus ont signé les couplets.

M"® Victoria porte au Gymnase le travesti de Piccolino ; le Vaudeville donne la première d'un Mariage de Paris, d'Emile de Najac et About, l'Opéra-Comique le Salvator Rosa de Jules Duprato.

On reparle un instant du Tannhauser^ mais pour annoncer son enterrement définitif: il a péri corps et biens, dans l'incendie du magasin de décors de la rue Richer.

Le feu poursuit les musiciens : le voilà qui s'attaque à Jacques et dévore sa villa d'Etretat, ne faisant qu'une bouchée des manuscrits.

Dès la fln d'Août, on signale la rentrée procliaine de la troupe des Bouffes, retour de Vienne où le répertoire, Orp/iëeentéte, atrouvè autant de partisans qu'à Paris.

En remettant le pouvoir aux mains de Varney, Offenbach n'a pas abandonné les Bouffes. Lié qu'il est au passage Clioiseul et par son amitié pour le nouveau directeur et par le souvenir de tant de triomphes, il reste le compositeur attitré du théâtre.

On fait à Monsieur Choufleury les honneurs de la réouverture (14 septembre) ; la succession de M^'^ Tautin, engagée aux Variétés, échoit à M"* Auclair. Succès formidable pour Léonce, ruisselant de grâce et de coquetterie sous le costume féminin. La chanson de Fortunio termine le spectacle.

Huit jours après, tous ceux-là qui s'étaient pressés dans la salle des Bouffes, ce que Paris comptait de noms, de gloires ou de réputations naissantes, se retrouvaient autour du cercueil de Rose Chéri, l'incarnation la plus pure de la mère, de la femme et de l'artiste.

Sur la partition de Apothicaire et Perruquier qui suivit de près (17 octobre), nous lisons cette

mention ; « Musique (du temps jadis) de J. Offenbach », qui mérite une explication.

Depuis deux années déjà, cette opérette en un acte était reçue aux Bouffes, où le livret trèsamusant d'Elie Frébault avait fait admettre à sa suite les croches d'un auteur inconnu. Les semaines, puis les mois se passent sans apporter de nouvelles de la lecture ni de la distribution. Lettres, réclamations, devant lesquelles Jacques se décide à avouer qu'il a perdu la musique.

De quelle façon M. Frébault se dégagea-t-il vis-à-vis de son collaborateur, je l'ignore ; mais à coups de papiers timbrés, il exigea pour son acte une partition signée du Maître luimême.

Force fut de s'exécuter, mais, désireux de prouver de quelle mince importance était pour lui le travail ainsi imposé, Jacques écrivit en quelques heures une partition entière dans lé style du siècle dernier. Grupetti, appogiatures, mignardises et délicatesses de toutes sortes, rien ne manquait à ce pastiche, que le public — trompant les calculs du boudeur — accueillit avec une faveur marquée.

Lorsque, peu de temps avant sa mort, les enfants d'Oifenbach, aidés de quelques amis, voulurent dans l'appartement du boulevard des Capucines, représenter un acte du répertoire

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paternel, c'est sur Apothicaire et Perruquier que leur choix se fixa.

Comme s'il se fût repenti du jugement équitable qu'il venait de rendre, le public se montra d'une inexplicable sévérité à l'égard du Roman coTïiique (de MM. Crémieux et Halévy) donné le 10 décembre, pour les débuts de M"^ Thérèse Olivier, et qui s'arrêta à la 28^ soirée.

L'accueil strident fait à la Gaëtana d'Edmond About, la manifestation partie de l'Odéon, et venant, à travers Paris, protester jusque sous les fenêtres de l'auteur, sont le premier fait marquant de l'année 1862.

Bien différente est la façon dont la petite salle des Bouffes salue, le 19 janvier suivant, un nouvel acte de Jacques : M. et 3/™* Denis. Dans cette partition, dont chaque morceau serait à citer, il est une page aussi exquise que la chanson de Fortunio, la Chacone qu'égrenait à ravir la voix de M"^ Pfotzer. M"" Darcier, nièce du chanteur populaire, débutait ce soir-là et aussi M"" Simon qui, sortie du corps de Ballet de l'Opéra, se révéla ou plutôt crut se révéler chanteuse.

A l'issue de la représentation, au milieu d'une orgie de bravos, Potel — le sergent Bellerose — proclamant le nom des auteurs, MM. de Laurencin et Delaporte terminait ainsi : « la musique est du maestro Offenbach. »

Grand scandale dans le clan ennemi : Jacques s'élève à la hauteur de Rossini ; il faut donner une leçon à cet ambitieux, abattre tant de vanité — et c'est en véritable justicier que M. Cardon, rédacteur du Figaro-Programme écrit son compte rendu, tout en protestant de ses intentions bienveillantes.

Le succès de M. et M™^ Denis avait mis Offenbach en joyeuse humeur et il répond par cette lettre qui pourrait prendre place dans l'œuvre du Baron Brisse.

« O Potel ! ami maladroit ! nous voilà bien ! Et à quelle sauce nous accommode M. Cardon ! — Eh bien, monsieur ! apaisez votre bienveillance et apprenez que Maestro est un terme italien qui s'applique à tous les compositeurs du plus grand au plus petit, comme maître s'applique en France à tous les avocats du plus éloquent au plus bègue, comme monsieur à tout le monde, si bien qu'on dit M. Jules Janin comme M. Cardon!...

Je ne puis terminer sans vous exprimer toute ma gratitude pour une bienveillance qui s'est traduite par une tentative d'éreintement jusqu'à la moelle, M. Cardon!... »

Durant les mois de février et de mars tous les

actes à succès du répertoire alternent sur l'affiche des Bouffes.

Le Voyage de MM. Duna.7ian père et fils (2 actes et 4 tableaux de Siraudin et Moinaux) est comme une échappée tentée par l'Opéra- Bouffe sur les domaines de la revue, une sorte de pièce d'actualité, peu bourrée en situations musicales.

Guidé par mesdemoiselles Géraldine, dont la renommée avait été grande aux Folies Nouvelles, Darcier, Baudoin, par Désiré, Léonce, Pradeau d'une étourdissante fantaisie en homme-orchestre, le spectateur assistait à une apothéose du Casino Cadet, une des joyeusetés du Paris d'alors. Un petit ballet y était dansé par douze enfants, qui irrita quelques âmes trop sensibles : des récriminations éclatèrent, semblables à celles soulevées, vingt-cinq ans plus tard, par le quadrille de Monsieur de Crac, et le pas fut supprimé.

Parmi les meilleures pages delà partition, le Chœur des Guitares devint vite populaire.

Aussi souvent répété cette année-là que le nom d'Offenbach, celui de Victorien Sardou, avec les Prés Saint-Gervais, la Papillonne et la Perle Noire.

Sans attacher plus d'importance que le maître

lui-même à Jacqueline^ ce lever de rideau signé du pseudonyme Lange, suivons la troupe des Bouffes à Bruxelles où les représentations d'Orphée font fureur pendant l'été de 1862.

L'Olympe s'est installé au théâtre du Parc, dirigé par M. Delvil, et il ne faut pas chercher dans le luxe de la mise en scène les raisons de la vogue nouvelle.- Les costumes seuls ont été apportés de Paris ; pour les décors on s'accommode tant bien que mal du matériel. Un jardin peut à la rigueur remplacer la campagne de Thèbes ; agrémenté de quelques . colonnes, il donnera une vague idée des splendeurs de l'Olympe. Mais où trouver un palais digne de Pluton, dans ce théâtre ouvert jusqu'à présent au répertoire de la Comédie Française ou du Vaudeville ?

On se souvient à temps que le Roman d'un jeune homme pauvre a disparu de laffichc quelques semaines seulement avant l'arrivée de la troupe française. — Sauvés, mon Dieu ! C'est dans le décor du souterrain que se déroulera l'acte de l'Enfer. Pour éviter toute confusion dans l'esprit du public, on applique à la muraille deux tètes de démons peintes à la hâte ; maintenant Jupin peut danser son menuet, Eurydice lancer l'hymne à Bacchus.

Une autre députation de l'Olympe s'est installée à Vienne pendant l'été ; mademoiselle Géraldine en est l'Eurydice. On joue aussi le Voyage de MM. Dunanan^ et M. et Madame De7ns dont mademoiselle Pfotzer fait, autant qu'à Paris, acclamer la Chacone.

A Ems a été réservée la primeur d'un acte de M. Nuitter sur lequel Offenbach a jeté les broderies les plus scéniques qui se puissent rêver : Bavard et Bavarde, imité d'une comédie de Cervantes, est joué par mesdames Gérard et Baudier, par Wartel et Potel. Nous le retrouverons l'année suivante aux Bouffes.

C'est le moment où madame Galli-Marié, l'une des futures interprètes d' Offenbach, fait ses premiers pas sur la scène de l'Opéra-Comique; c'est aussi l'instant où s'ouvre un nouveau théâtre dans lequel retentiront plus d'une fois les refrains du maître. Le Cirque Impérial est mort, vive le Chatelet qui ressuscite ses splendeurs en la personne de Rothomago.

Une autre Eurydice attend Aristée au passage Choiseul : Delphine Ugalde, Galathée elle-même, conquise à l'Opéra-Bouffe. C'est une nouvelle existence donnée à Orphée; on veut entendre la grande cantatrice enlever superbement l 'Evohé comme elle enlevait l'air de la Coupe.

Aidé d'Hector Crémieux, Jacques prépare

déjà le menu du souper qui fêtera la 400"; il a des semaines devant lui pour terminer la nouvelle version des fîaucai'ds, écrire les chœurs, les ensembles ajoutés à la partition d'Ems : Orphée ne quittera l'afliche des Bouffes que le 20 février.

Dans l'intervalle, les Ganaches portent à son apogée la gloire de Victorien Sardou, on bataille autour du Fils de Giboyer, et Capoul fait dans la Déesse et le Berger de Duprato sa première création.

Le 16 novembre au matin, Paris apprend l'horrible accident dont Emma Livry vient, d'être la victime, brûlée pendant la répétition de la Muette^ transportée mourante chez elle. La rue Lafïîtte est assiégée, on s'arrache le bulletin des docteurs, on s'inscrit en foule chez cette exquise Farfalla, tant adorée et tant respectée.

Une autre idole nait en même temps aux Parisiens : Adelina Patti, qui débute dans la Somnambula.

Le 15 décembre, la façade du Châtelet s'illumine ; trois loges de face ont été réunies et rattachées au foyer par un salon improvisé. A sept heures et demie, les voitures de la Cour s'arrêtent sur la place : le prince Impérial va pour la première fois au théâtre. L'Impératrice est restée derrière lui jusqu'à l'apothéose, toute souriante à la joie de son fils.

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La rue Favart célèbre la 1000^ de la Dame Blanche en même temps que le passage Choiseul la 400" d'Orphée.

Le 20 février 1863, première des Bavards. La muse d'Offenbach ne s'est jamais révélée plus délicate et plus spirituelle ; il a écrit là une véritable partition d'opéra-comique où tout babille délicieusement, les voix et l'orchestre.

Madame Ugalde porte le travesti de Rolland. De cette même voix chaude qui enlève la chanson à boire si joliment rythmée, elle dévide l'amusante causerie au mouvement toujours croissant, elle soupire la romance : « Sans aimer, ah ! peut-on vivre ». Elle joue avec une verve qui brave la fatigue, et chante « avec cet enthousiasme qui défie la satiété », c'est ainsi que M. Jouvin résumait son jugement.

Grand succès aussi pour Désiré qui, en compagnie de madame Ugalde et d'Edouard Georges, fit de la scène des biscuits un chef d'œuvre de comique.

Bataclan, la Chanson de Fortunio, pour les débuts de M"^ Dartaux, accompagnent les Bavards jusqu'aux premiers jours d'avril. Puis quelques représentations d'0?*p/iëe et le théâtre ferme ses portes.

LISGHEN ET FRITZGHEN

Les Géorgiennes.

Au lendemain de la clôture, les Bouffes sont abandonnés -aux ouvriers. Quelques semaines plus tard, rien ne restait de l'ancienne salle, et, tandis que le théâtre actuel s'élevait rapidement, la troupe s'éparpillait aux quatre points cardinaux. Une partie, conduite par M. Desmonts, prenait la route de Lyon, emmenant avec elle Orphée et les Dames de la Halle; d'autres s'envolaient vers Bade, vers Ems, où chaque été le répertoire d'Offenbach régnait en maître.

Cette année-là, Jacques s'y était installé, emportant pour 'charmer ses loisirs quatre partitions à terminer : les Fées du Rhin, commandées par l'Opéra de Vienne,- la Belle Aurore réservée à Berlin, les Géorgiennes destinées aux Bouffes et // signor Fagoto promis au petit théâtre d'Ems.

Un samedi soir, M. Briguiboul voulant fêter le grand succès remporté par une de ses opérettes, réunissait le maestro et ses amis à l'établissement des jeux. Durant le souper, la conversation tomba sur la merveilleuse facilité de

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travail de Jacques. Les intimes citaient des exemples prodigieux, le dépeignaient à l'ouvrage au milieu du caquetage de ses enfants, du bruit, des rires. Lui alors, par une sorte de coquetterie, de proposer cette gageure : en huit jours il écrirait, orchestrerait et ferait répéter un acte.

Le pari est tenu, et Offenbach fixe au samedi suivant l'exécution de sa promesse, à la condition qu'un livret lui sera fourni dans les vingtquatre heures.

M, Paul Boisselot, qui était parmi les convives, offre sans plus tarder un acte apporté de Paris à tout hasard, attendant au fond de sa malle la venue du musicien que la Providence met sur le chemin de chaque poëte. — La proposition est acceptée, le manuscrit envoyé le lendemain dès l'aube à l'hôtel de Jacques. Et le samedi suivant, une salle enthousiaste acclame chaque morceau de Lischen et Fritzchen^ précédé d'un autre acte charmant : Il sigyioT Fagotto.

Tandis. qu'Offenbach se reposait de la sorte, sa musique faisait une seconde apparition au théâtre du Palais-Royal, à vingt-quatre ans de distance de la première : après Pascal et Chanibord, joué en 1839, le Brésilien de MM. Meilhac et Halévy (9 mai 1863). Le nom

de Jacques ne figurait pas davantage cette fois-ci sur l'affiche de l'acte joué par M^'" Schneider, Brasseur et Gil-Pérez, mais tout Paris n'en fredonna pas moins le : « Voulez-vous accepter mon bras ».

L'année 1863 va s'achever et on attend encore la réouverture des Bouffes. Tous les corps de métier se coudoient dans le théâtre ; devant un public de maçons et de tapissiers, sous l'œil des menuisiers et des gaziers, les artistes répètent.

Les portes ne sont pas encore posées le 5 janvier 1864, jour de l'inauguration solennelle; sous les tentures clouées à la hâte, le froid se glisse dans la salle, mais le thermomètre luimême ne peut rien contre Jacques. Si, malgré la grâce de M"" Irma Marié, on fait un accueil réservé à l'Amour chanteur, quelle revanche quand vient le tour de Lischen et Fritzchen. Paris confirme le jugement d'Ems ; sur les rives de la Seine comme aux bords de la Lahn, on acclame l'opérette improvisée, de l'Offenbach de derrière les fagots, et avec elle. M"" Zulma Bouffar, étoile à son aurore.

Rassuré sur le sort des Bouffes, Jacques a pris la route de Vienne, surveillant dès le jour de son arrivée les études des Fées du Rhin sur la scène de l'Opéra. Telle est sa rage de travail que le soir de la première, il ne peut, vaincu par la

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fatigue, se traîner jusqu'au pupitre. C'est de la coulisse qu'il assiste, le 4 février, au triomphe de son œuvre.

Le il, réussite complète de Fagotto au Carltheater; le 15 enfin, à l'An der Wien, succès prodigieux de la Demoiselle en Loterie augmentée de sept morceaux.

Toutes les fatigues sont oubliées et Jacques se dirige à la hâte vers Paris où se répètent les Géorgiennes.

Il veut prodiguer ses soins à cette partition qui doit être le dernier ouvrage donné au passage Choiseul. 11 l'a déclaré bien haut, il ne veut, durant deux années, s'occuper que de la représentation à Paris des Fées du Rhin et d'un opéra-comique dont le livret l'a empoigné.

Serment de musicien !

Sur son théâtre reconstruit, rien ne semblait impossible à Varney : il avait accueilli à bras ouverts les Géorgiennes, que leur déploiement de mise en scène semblait destiner bien plutôt au Châtelet ou à "la Porte-Saint-Martin. La tentative, si hardie qu'elle parût, fut couronnée d'un succès complet, malgré l'incident qui faillit interrompre la pièce dès les premiers soirs.

A l'armée des Géorgiennes, il fallait un bataillon complet d'étoiles et Varney, jaloux d'assurer à ses affiches l'attrait d'un nom, avait

engagé M™® Saint-Urbain, maintes fois applaudie des habitués du Théâtre Italien.

De gre ou de force, mais en tous cas très-brusquement, il fallut que la cantatrice abandonnât le rôle de Feroza à la 5'' représentation et le funèbre mot : Relâche apparut sur les portes closes des Bouffes-Parisiens.

Mais le surlendemain, la rue Monsigny s'illuminait de nouveau : en quarante-huit heures, M""" Ugalde avait appris le rôle redoutable et se déclarait prête à paraître devant le public.

Cent représentations ne suffirent pas à satisfaire la curiosité des Parisiens. Chacun voulait voir l'imposante entrée de Léonce, fièrement juché sur son éléphant — un chef d" œuvre de cartonnage ; — les lorgnettes faisaient prime quand arrivait l'armée des Géorgiennes : douze adorables tambours précédant la générale Ugalde, tout un état-major d'officiers exquis conduits par M"®' Zulma Bouffar, Taffanel, et derrière M"® Lange, le porte-drapeau, deux compagnies aussi pimpantes et aussi coquettes que leurs chefs .

Les oreilles n'étaient pas plus sacrifiées que les yeux:desapplaudissementsfrénétiquessaluaient M™® Ugalde après la chanson de la treille, l'air à boire, et surtout cette irrésistible Marseillaise des femmes, qui couronnait la partition des Géorgiennes.

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A côté du rôle de Feroza, fièrement campé, à l'allure martiale, le Pacha Rhododendron, sous les traits épanouis de M. Pradeau, avait de quoi charmer les amateurs de refrains lestement troussés.

Le rideau tombé sur la dernière représentation des Géorgienyies^ la troupe des Bouffes emporte les costumes d'Orphée, de Fortunio, des Dames de la Halle, et commence une fructueuse tournée à travers les départements.

Jacques passe la frontière et donne à Ems la primeur de deux opérettes de MM. Nuitter et Tréfeu, le Soldat magicien, — baptisé plus tard, au passage Choiseul, le Fifre enchanté — et Jeanne qui pleure et Jean qui rit.

Extrait d'une lettre adressée à M'"® Offenbach, ce programme de la journée du maestro :

« A 6 h. 1/2, je me suis levé et j'ai bu.

» A 9 heures, Désiré et Paul sont venus pour w prendre une leçon sur Jeanne.

» A 10 heures, j'ai assisté à la répétition géné- » raie de Fortunio.

» A il heures, déjeuner.

» A midi, répétition du Soldat.

» A 2 h. 1/2, visite à M. de Talleyrand, le » ministre de France à Berlin, qui m'avait prié » d'aller le voir pour me présenter à sa femme.

» A 4 heures, mon bain.

» Il est 5 heures, j'écris à toi.

» A G heures, je dine.

» Ce soir, à 7 h. 1/2, ensemble de Jeanne et » du Soldat chez moi. »

Bravos frénétiques, pour les deux partitions créées par M'"" Albrecht, sérénades sous les fenêtres du maestro qui passe le Rhin à toute vapeur et gagne Etretat où ses amis l'attendent.

Puis, retour brusque à Paris, la discorde est aux Bouffes, dont le gouvernement se trouve encore une fois modifié. Une brouille éclate entre Jacques et la direction Hanapier, les huissiers se mettent en campagne.

Une correspondance aigre-douce s'engage dont la presse recueille parfois les échos, jusqu'au jour où, venant frapper à la porte du Maitrepour poursuivre leur œuvre d'apaisement, les négociateurs apprennent qu'il a, le matin même, pris la route de Vienne où les Géorgiennes se répètent.

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