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de son chemin de fer, 11 mit tout en œuvre pour
réussir, et naturellement il réussit. Naturelle-
ment aussi, la première chose que lit Fisk fut de
présenter sa maîtresse à son ami Stokes. L'epuis
le roi Candaule les amants ont toujours été les
mêmes. Stokes avait une assez belle fortune: il
trouva la belle à son goût et Fisk devint... le
plus heureux des trois Jusqu'au jour où un
hasard lui fit découvrir la trahison de son
ami,
Je ne sais si son premier mouvement fut
de porter la main à son revolver; mais je sais
que la réflexion lui fit abandonner cette solution
comme insuflisante. Il avait trouvé micux.
Sans témoigner en aucune facon à son ami
ik Stokes la haine qu'il lui portait, il parut s'atta- (le cher davantage à lui. Il le fit entrer dans cerlé taines affaires qu'il dirigeait, engager tout son ! \ avoir sur des valeurs qu'il soutenait, puis quand {: il l'eut bien enferré. il jeta du papier sur la
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place, encombra le marché, provoqua une baisse formidable à la suite de laquelle le bon ami Stokes fut complétement ruiné.
Je pense que Fisk, satisfait de sa petite combinaison, eut alors un entretien avec Stokes dans lequel il lui expliqua le pourquoi et Île comment de sa ruine. Ce qu'il v a de certain, c'est que Stokes, qui ne comprenait probablement pas la plaisanterie, jura à son tour de se venger. Comme il avait moins d'esprit que son ennemi, il eut recours à un procédé vulgaire, mais sûr. Il attendit un jour que Fisk sortit de Central Hôtel où logait la belle Américaine, et il lui brûla tranquillement la cervelle.
Si Fisk avait survécu , 1l aurait certainement fait faire avec ce sujet un beau drame pour son théâtre.
Le dernier théâtre où je suis allé est le Fifth avenue Theater, une très-belle salle, où l'on
jouait un gros drame, Pique, dont les situations
avaient été pillées un peu partout. Le drame, bien entendu, est de M. Boucicault.
Il y a encore à New-York deux théâtres allemands et un théâtre français, qui joue de temps à autre, quand il trouve un directeur.
Cela arrive quelquefois.
Je ne dois pas terminer ces notes sur les théâtres américains sans parler d’une petite salle où j'ai entendu les Minstrels.
Là, il n’y a que des Nègres. Les artistes sont nègres, les chœurs sont nègres, les machinistes sont nègres, le directeur buraliste, le contrôleur, l'administrateur, ni homme ni femme, tous Moricauds.
En arrivant au théâtre, j'apercus un or.
chestre, nègre, cela va sans dire, qui râclait des airs plus ou moins bizarres. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis que j'attirais l’attention des musiciens. Tous ces messieurs noirs me
montraient les uns aux autres. Je n'aurais
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jamais cru que j'étais connu de tant de nègres
et cela ne laissait pas que de me flatter un peu.
Le spectacle était assez drôle, ce qui fitque je
restai. Quel fut mon étonnement lorsque, après
l'entr'acte je rentrai dans la salle, de voir la
même comédie se renouveler à mon égard,
c'est-à-dire les musiciens me désigner les uns |
aux autres. Cette fois ils étaient hlancs, tous
blancs comme les fariniers dans la Boulangère.
J'étais de plus en plus flatté, mais voyez ce que
c'est que la gloire. Fappris que c'étaient les
mêmes musiciens et que depuis le directeur
jusqu’au dernier machiniste c'étaient de faux
nègres, qui se barbouillaient et se débarbouil- |
laient la figure trois ou quatre fois par soir.
selon les nécessités de la pièce.
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L'étranger qui parcourt les États-Unis a mille occasions d'admirer. En Amérique plus que partout ailleurs, l'intelligence et le travail humain ont produit des merveilles. Il serait superflu de faire l'éloge de l’industrie si puissamment organisée, si bien servie par des machines dont la perfection et la force étonnent l'imagination. Îl serait oiseux de rappeler les prodiges accomplis sur cette terre, qui, il v a à peine cent ans, était encore vierge, le réseau formidable de chemins de fer et de télégraphes qui
se développe chaque jour et enfin les progrès de
toute nature qui y rendent la vie matérielle si facile.
Mais une réflexion attristante vient troubler le voyageur dans son admiration. Le spectacle de la situation actuelle de l'Amérique dénote un manque d'équilibre dans l'emploi des forces humaines. La grande poussée qui a fait des États-Unis une nation si considérable a été dirigée d'un seul côté. Elle a triomphé de la malière ; mais elle a négligé de s'occuper de tout ce qui pouvait charmer l'esprit.
L'Amérique est aujourd'hai comme un géant de cent coudées, qui aurait atteint la perfection physique, mais auquel il manquerait une chose : ‘âme.
Cette âme des peuples, c’est l’art, expression de la pensée dans ce qu'elle a de plus élevé.
En lisant le chapitre consacré aux théâtres, on a déjà pu voir combien l’art dramatique était
négligé aux États-Unis, et dans quelles condi-
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Amérique dans des conditions convenables pour
tions déplorables il se trouvait. Pour avoir de bons artistes, des troupes d'ensemble et des auteurs, il faut des institutions stables, un long entraînement sur place, une tradition qui se fait lentement. À New-York il n'y à ni opéra permanent, ni opéra-comique permanent, ni même un théâtre d'opérettes qui puisse être assuré de vivre deux ans. Il n'existe pas une scène pour les auteurs classiques ou modernes qui puisse offrir assez de garanties de durée pour devenir une école. Le théâtre vit, en Amérique, au jour le jour. Les directeurs et les troupes sont tous des nomades. La plupart des artistes sont des artistes de passage, empruntés au vieux monde, qui viennent faire une saison et qui partent.
Ce que je dis pour l’art dramatique s’applique aussi bien aux autres arts. Ni la musique, ni
la peinture, ni la sculpture ne se trouvent en
se développer. Il y a pourtant des peintres, me
dira-t-on. et des sculpteurs. Je ne le nie pas.
nécess.
J'en pourrais citer quelques-uns qui ont beau- doués D |. coup de talent: Bierstadt, Stunt, Ball, Carlisli | Mismie, Ream et bien d'autres. Quelle est |: | Mismie. Ream et bien d'aut Quelle est la | aux 0 * . L | lande où l'on ne trouve pas une fleur ? Je vois les nor nie ques fleurs, mais je ne vois pas d bien quelqu , Mais | pas ce | un mi jardin . En d’autres termes, je vois bien quel- | | Fi | a | des œu ue: res: als le E6 VOIS pas C gl ques peintres: m Je ne x pas d'école en | amateu \mérique les gal importe à la gloire des Etats-Unis de re- I importe à la gloire des Etats-Unis de re tous ces médier à une lacune aussi considérable. I faut L'ÉL
qu'un peuple si grand ait toutes les grandeurs.
— ne qu'il ajoute à sa force industrielle l'éclat et la par des € D gloire que les arts sont seuls capables de don- niser ner à une nation. quelqu Quels sont Îles ‘ens propres à développer tal Quels sont les moyens propres à développe: munici les beaux-arts en Amérique? iles vi Si javais à répondre à cette question, je Les co
dirais aux Américains :
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— Vous avez chez vous tous les éléments nécessaires. Les hommes intelligents et bien doués, les tempéraments artistiques ne vous manquent pas. La preuve en est dans les travaux de ces quelques Américains dont je citais les noms tout à l'heure, qui, sans culture, dans un milieu défavorable, sont arrivés à produire des œuvres. Vous avez l'argent, vous avez des amateurs distingués, des collectionneurs dont les galeries sont justement célèbres. Utilisez tous ces éléments et vous réussirez.
L'État — c'est un principe admis chez vous — ne devant pas intervenir dans cette réforme par des subventions, c'est à vous de vous organiser. En Europe l'État ne subventionne que quelques grandes scènes de capitales. Ce sont les municipalités quisubventionnentdans les plus petites villes les entreprises théâtrales, les musées. Les conseils municipaux font beaucoup pour les
arts dans notre pays. Îls s'occupent non-seule-
ments de théâtres et des musées; mais ils entretiennent souvent dans les conservatoires et les académies des jeunes gens qui montrent des dispositions artistiques. [mitez cet exemple, et si les conseils municipaux ne veulent pas vous aider, créez de grandes sociétés protectrices des arts, et des sociétés correspondantes dans tous les grands centres. Réunissez des capitaux. Cela vous sera facile, et que l'initiative privée joue chez vous le rôle protecteur que les gouvernements jouent en Europe.
Pour relever l’art dramatique, subventionnez desthéâtres : ayez des directeurs stables, assurés contre la faillite ; il vous faut deux scènes de musique et une scène pour les œuvres littéraires. Il vous faut surtout un conservatoire où vous formerez des élèves excellents si vous composez le corps enseignant comme il convient, c’est-àdire en appelant et en retenant chez vous les
artistes de mérite d'Europe. Le jour où vous
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