VIII OFFENBACH EN AMÉRIQUE
— Si, mon enfant, c'est un jour de fête :
mon fils Jacques arrive ce soir de Paris, Viens P tantôt, tu auras des gâteaux et je te promets que je n'ai épargné ni les œufs.nile beurre et lesucre.
Quand. à la nuit tombante. j'entrai dans la
maison de la rue de la Cloche, Jacques. assis sur
le sopha à côté de son père. tandis que la mère
préparait le souper pour son fils adoré, Jac-
ques. dis-je, ne fut pour moi qu'un objet de : haute curiosité. Mais mon cœur battait d'émo- ‘ tion en voyant une bouteille de vin du Rhin | sur la nappe blanche entre deux plats remplis : de friandises. le tout ruisselant sous la Tumitre d d'un petit lustre en cuivre qu'on n'allumait que dans les grandes circonstances. En ce moment nv avait pas dans la ville de maison plus heureuse que celle-là. Les parents et les amis arrivèérentles uns après les autres, pour souhaiter | la bienvenue à Jacques. et à chaque nouvelle vi- |
Site lesplats cireulaientetehaque fois j'en eus ma
RIQUE 1 Jour de fête : de Paris, Viens e te promets que eurre el lesucre.
. J'entrai dans la Jacques. assis sur dis que la mére lils adoré, Jac- I qu'un objet de ur battait d'émole vin du Rhin ux plats remplis sous la lumitre mn n'allumait que . En ce moment de maison plus rents et les amis s. pour souhaiter
que nouvelle vi-
efois j'en eus ma
part. si bien qu'une formidable indigestion me eloua pourunesemaineaulit.maisjen'en garde pas rancune à votre mari, madame, crovez-le bien!
Très-certainement, je ne me rendais pas compte alorsde l'influenceque cette visite devait avoir sur mon avenir, mais je crois que c'est de cette soirée que datait mon désir, ce jour-là encore inconscient, d'aller plus tard à Paris comme le fils Offenbach. et de revenir comme lui dans ma famille. chové de tous.età défaut de mon père que J'ai à peine connu. je me voyais dans un avenir lointain assis à côté de ma mère heureuse comme la maman Offenbach; j'entrevoyais la table pleine de gâteaux et l'enivrement de ma mère, lière de son fils comme la maman Offenbach du sien. Hélas! cette joie si grande rèvée par Le cerveau dun enfant, je n'ait pas pu la donner à ma pauvre mére, morte st jeune, et qui, elle aussi, fut une femme excellente
comme vous l'êtes. madame.
Si j'insiste sur ce souvenir de jeunesse, puéril pour l'indifférent, mais qui me donne une si grande émotion quand j'v reporte ma pensée. c'est pour vous dire, madame, que la carrière de Jacques est. en quelque sorte. intimement liée à la mienne. Plus tard, quand je vins à Paris, et que le Figaro voulut bien accueillir mes"tentatives de débutant, la première personne que je rencontrat dans les bureaux fut Jacques, et cest alors que je me mis à méditer sur les destinées mystérieuses qui lont que Le rêve d'un petit bambin se réalise vingt ans après en face de l’homme qui pour la premitre fois a montré à son esprit la route de la grande ville.
À cette époque Jacques était déjà un grand seigneur; 1 n'était plus le violoncelliste de talent de son jeune temps : il avait depuis longtemps abandonné la petite scène des Champs- Elysées qui fut Le berceau de sa renommée. On
jouait aux Boufles cet Orphée aux Enfers qui à
IQUE ‘Jeunesse, puéme donne une rte ma pensée, ie la carricre de timement lite à vins à Paris, et eillir mes‘ten- CU personne que lut Jacques, et éditer sur les que Le rève d'un après en face re fois à monande ville, déjà un grand oloncelliste de it depuis longe des Champsrenommée, On
r Enfers qui à
OFFENBACH EN AMÉRIQUE XI lait son tour du monde et porté si haut la popularité de Jacques. Je m'étais présenté au compositeur acclamé: et, se souvenant de ma famille, il avait daigné me donner mes entrées aux Boules. Mais la salle était pleine chaque soir: je n'avais en réalité mes entrées que dans les couloirs. et c'est à travers Les carreaux des loges que je vis la pièce et que j'entendis la musique. Aujourd'hui, madame. que j'ai l'honneur d'être votre ami et que j'ai la conviction d'être assez près de votre cœur pour pouvoir vous parler de mes peines et de mes joies, vous me permettrez sans doute de vous dire que le succès d'Orphée est en quelque sorte Le point de départ de cette préface. A ce moment j'étais si pauvre que je rougissais quand l'ouvreuse empressée me demandait mon paletot. Que voulezvous ? Il fallait faire des économies pour le
déjeuner du lendemain. Tout le monde n'a pas
les movens de donner dix sous à une ouvreuse,