‹ Ogôoué et ComoChapitre 7 sur 12 · LES · texte numérisé non relu

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PAR F. ROMAMET »V CAIIiliAVD

I. C'est à un pape franciscain, Nicolas IV, qu'on doit la première avance certaine de la Papauté à Pempire chrétien de la Haute-Élhiopie ; car on conteste que le Prêtre-Jean, empereur des Indes, auquel écrivit le pape Alexandre IV, fût un Negus d'Ethiopie.

En 4289, Nicolas IV écrivit au Negus Yagbea-Sion, pour l'engager à se rallier à l'Église romaine ; et il confia sa lettre à frère Jean de Montecorvino, au moment oii ce Franciscain partait pour ses lointaines missions de l'Inde et de la Chine.

L'Ethiopie est citée, dans les Bulles des papes, parmi les pays auxquels se destinent les missionnaires franciscains au moyen âge.

Une tentative mieux définie est rapportée dans les Annales de l'ordre de Saint-François, par Wadding. En 1329, le pape Jean XXII écrit au Negus Amda-Sion, le vainqueur des musulmans de l'Aoussa et du Harrar, pour lui demander d'accueillir favorablement dans ses États les missionnaires franciscains et dominicains, et particulièrement révêque de Diagorgan, Bernard de Gardiola. L'historiographe franciscain ne nous dit pas si aucun de ces missionnaires pénétra en Ethiopie.

.L'évêché de Diagorgan semble avoir été en Perse. Ce nom de Diagorgan, aliàs Diargorgan, inconnu à la géographie actuelle de TAsie occidentale, se trouve associé à ceux de Tauris et de Maragha dans une lettre du Bienheureux Jourdain de Sévérac, de l'ordre de Saint-Dominique, datée de Tana dans l'Inde, 21 janvier 1323.

Peut-être faut-il décomposer Diargorgan en deux mots : Diar (qui veut dire pays, quartier, en arabe mésopotamien) et alors identifier Gorgan à la ville appelée Gorgechin sur la carte de la Perse au xvp siècle du Theatrum Orbis d'Ortelius (Anvers, 1570). Gorgechin était dans le bassin du lac de Van, au sud-est.

On pourrait encore décomposer Diargorgan en Diar, pays, et Gourghian, Géorgien*; mais il faut faire observer que, en 1329 même, la capitale de la Géorgie, Tiflis, fut érigée en évêché pour un autre titulaire que Bernard de Gardiola, pour Jean de Florence, de l'ordre de Saint- Dominique.

II. Mais si Wadding ne parle pas de l'entrée des Franciscains en Ethiopie au xiv® siècle, un manuscrit espagnol du XIV* siècle est plus explicite. Ce manuscrit a été publié en 1877, à Madrid , par M. Jimenez de la Espada ; intitulé Ii/;ro del conoscimiento de todos los reynos y tierras y senorios que son por el mundo..., il est le récit du voyage d'un Franciscain castillan, qui, au xiv° siècle, aurait parcouru tout le monde alors connu, tant en Afrique qu'en Asie et en Europe.

Ce voyage est tellement universel que certains ont objecté qu'il devait être apocryphe; mais, à cette objection, on peut répondre : 1" que maints pays d'Afrique, aujourd'hui fermés par le fanatisme musulman, comme la Nubie et le Soudan oriental, étaient alors chrétiens; 2° que, au xv* siècle, le Soudan central et le Sahara oriental furent traversés par un ambassadeur éthiopien se rendant en Europe par la

Régence de Tunis *; 3° que là où aujourd'hui ne passerait pas un voyageur suivi d'une caravane chargée de nombreux impedimenta, pouvait passer facilement un moine mendiant, dénué de tous les biens du monde et n'attendant sa subsistance que delà charité d'autrui.

C'est du golfe de Guinée que le Franciscain castillan du xiv^ siècle se rendit dans l'Élhiopie chrétienne. Il aborda dans le royaume païen d'Amenuan par un bras d'un fleuve qu'il appelle Eufrates, mais qu'il dislingue (V. p. 70) de l'autre Euphrate, l'Euphrate d'Asie. Cet Euphrate d'Afrique doit être le Niger.

D'Amenuan il alla à Graciona, la capitale de l'empire chrétien d'Abdeselib, c'est-à-dire du « serviteur de la Croix » ; ce prince était le protecteur des chrétiens de Nubie et d'Ethiopie.

Le royaume païen d'Amenuan semble être le même que Je royaume de Bénin, lequel, aux xv*" et xvi** siècles, avait, quoique idolâtre, disent les historiens portugais, des relations d'hommage avec un puissant prince chrétien, portant le nom ou le titre d'Ogane, et qui résidait à la distance de vingt lunes de Bénin en allant vers l'est ^.

Les villes éthiopiennes nommées par Tanonj^me Franciscain, sontaprès Graciona, résidence de l'empereur, Jia/s<T, où demeurait le patriarche, qu'il désigne sous le titre de Prêtre- Jean, — titre que d'autres auteurs ont, au contraire, donné à l'empereur; puis au delà du Nil, à l'est, Amoc, Araoc, Sarma, Oça, Morania, Vyma, Gabencolic, Glaoc.

Pour ce Franciscain l'Ethiopie est l'ancien Paradis terrestre, et l'un de ses fleuves a le nom paradisiaque de Gion ^. Ce fleuve semble être le Djuba actuel. Sur ces bords il place un

1. V. La communication que j'ai adressée à la Société le 23 novembre 1889 (C. R. 1889, p. 353).

2. Joâo de Barros, A Asia, decada I, parte I, livre III, capitolo iv.

3. Et nomen fluvii secundi Gehon; ipse est qui circumit omnem terram iEthiopiœ {Genèse, II, 13).

empire chrétien, celui de Magdasor. Or aujourd'hui, parmi les Gallas du Zanguebar septentrional, vivent dispersés les débris d'un peuple monothéiste, les Wa-Boni, dontles femmes portent des vêtements constellés de croix; et des enfants d'une autre peuplade du Zanguebar septentrional, les Wa-Nyika, portent, conformément aux usages de leurs ancêtres, une médaille sur laquelle la croix est gravée ^

Dans le voisinage de l'empire de Magdasor se trouvait l'île de Zinzibar (Zanzibar).

L'existence au xiv'' siècle, dans les environs du Zanguebar, d'un Etat chrétien, distinct de celui de la Haute-Ethiopie ou Abyssinie, me permet d'expliquer un texte géographique de la Chronica compendiosa a mundi exordio usque ad finem fei^me Pontificatus loannis XXII, du bienheureux Odorico de Pordenone, cité par Lucas Wadding dans ses Annales Minorum, texte qui jusqu'à présent n'a été expliqué que d'une manière peu satisfaisante-.

III. Grâce aux démarches du custode franciscain de Terre Sainte, l'ambassadeur du Negus d'Ethiopie, l'abbé André, avait paru à la fin du concile de Florence (janvierfévrier 1441). A la suite de ce concile, le bienheureux Albert de Sarteano, de l'ordre de Saint-François, fut désigné pour aller en Orient donner un nouvel essor aux Missions catholiques.

Il se rendit en Egypte, avec quarante autres frères Mineurs, comptant passer par cette contrée pour se rendre en Ethiopie. Le sultan d'Egypte se montra bienveillant pour les missionnaires franciscains, les autorisant à parcourir ses Etats; mais il refusa formellement de les laisser partir pour l'Ethiopie, ce pays étant en état d'hostilité avec les musulmans.

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