‹ Oiseaux de passageChapitre 14 sur 44 · LA VIERGE DES BOIS · texte numérisé non relu

LA VIERGE DES BOIS

Existez - vous rcellement, ou n'êtes-vous que des spectres?

Shakspeare.

Un soir, près du ruisseau qui serpentait au bois, Un jeune homme dormait. Soudain il crut entendre Comme une voix de femme au son timide et tendre,

Faible et vibrant tout à la fois ; Il crut voir une vierge à chevelure blonde Qui, nue, abandonnait aux caresses de Fonde Son corps rose, ainsi que la nymphe d'autrefois.

Elle plongeait, la belle; et, relevant la tête, Murmurait à voix basse un vieux chant d'amourette ;

L'eau ruisselait de ses cheveux ; Elle plongeait encore, et des vagues courantes Regardait écumer les crêtes blanchissantes

Autour de ses membres nerveux.

« Salut, Enfant des bois ! l'onde qui te reflète

« Chante aux roseaux du bord le refrain des amours !

« Q.ue ta lèvre de pourpre, entr'ouverte toujours,

« A sourire soit toujours prête !

« Que joyeux soient tes chants, que ton cœur soit heureux, « Toi qui fais palpiter le cœur de l'amoureux,

<c Et chanter le cœur du poète ! »

Tandis que Lui parlait, la Belle, pâlissant. Eut un frisson, se tut, puis écouta, dressant

Son beau corps frileux hors de l'onde.

Roula de tous côtés son œil noir et craintif. Puis, fendant les flots bleus, — rose et vivant esquif, —

Rentra dans la forêt profonde.

L'enfant se réveilla seul auprès du ruisseau ; (Le brouillard était sur la plaine ;

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La nuit tombait des monts :) Debout, les pieds dans l'eau. Il cria, déchirant l'atmosphère d'èbène :

« Jeune vierge à l'œil noir,

« A la gorge d'opale,

« Es-tu fille du soir

« Ou nymphe fluviale ?

(( Es-tu le beau corps vaporeux « Qu'aperçoivent les amoureux « Endormis sur l'herbe fleurie ?

« Es-tu plutôt l'Esprit des bois « Qui, dans ma douce rêverie, « M'apparut déjà tant tie fois ? »

Il appela longtemps, mais sa voix indiscrète Dans les broussailles se perdit :

La forêt demeura muette ; Et seul, l'écho lui répondit.

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