‹ Oiseaux de passageChapitre 17 sur 44 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

Dors serein sur ton dur grabat, ô moine austère ! Que dans tes rêves bleus se reflète le ciel ! Ton esprit, détaché des choses de la terre, Voit scintiller au loin, dans la sainte atmosphère. Le rayon providentiel !

Dors, le front couronné de ces splendeurs, qu'un ange Répand autour des saints qui sommeillent, le soir!... Mais quelle est, — réponds-moi, — cette lueur étrange,

62 Rimes fantastiques.

Et ce parfum, pareil à celui du mélange Qui s'embrase dans l'encensoir ?

Est-ce une vision ? — Vois ces formes magiques Qui, flottant près de toi, viennent te caresser ! Moine, repousse au loin ces Êtres impudiques : Entre leurs bras de rose ils voudraient t'enlacer !

— Esprits succubes, nés dans la nuit vaporeuse, Fils charmants de l'Impureté, Épargnez une âme pieuse...

Mais non ! le sort en est jeté !

Esprits, vous régnez sur le monde ; Vous faites surgir l'Être immonde Au sein de l'homme humilié ; Nul ne pourra fuir vos atteintes :

A votre voix, sous vos étreintes, Le plus indomptable a plié!...

La lumière a dissipé l'ombre, Et nous ne croyons plus aux spectres inouïs Souriants, nous comptons le nombre Des fantômes évanouis.

Ah ! vous l'avez compris, docteurs du moyen âge

Tentation. 63

C'eût été trop humiliant Que l'homme fût parfois en deuil de son courage. . Aussi c'est un Esprit, c'est un Être vivant, — D'après vous, — qui l'emplit de passions farouches Il verse sur nos corps des flots de volupté ; Ses lèvres de corail se collent à nos bouches ; Et . . . c'est être démon que d'avoir résisté !

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