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LE BASSIN DES MUSES

A mon cher Antoùie Rémond.

Autour d'un grand bassin ridé par le zéphyr, Les Muses sont debout : celle de Lamartine, Voilant son front où brille une chaste églantine, Tient l'urne d'où jaillit un fleuve de saphir ;

Ici Banvilia, folle et pourtant sublime, Égrène son collier de perles ; et, plus loin,

Sondant des profondeurs que l'œil ne connaît point, La Muse de Victor interroge l'abîme.

Et celle de Musset, dont un torrent de pleurs Inonde le visage et les divines boucles, Est blessée au-dessus du sein : des escarboucles En sortent sous le coup du poignard des douleurs.

Mais là- bas, tout là-bas, à l'ombre d'une pierre Énorme, une beauté très-mûre vient s'asseoir, Et sous son œil fardé perle un diamant noir.... — Salut, Hystérica, Muse de Baudelaire !

VALCHIMISTE

N'est-ce pas à cette race de

rêveurs, de fous, d'enthousiastes adeptes de l'Idéal, que l'on doit les plus hautes découvertes de l'intellicence ? Dorvault.

A mon ami André Tiilpain.

Aux sources du Danube, en pleine Forêt Noire, S'ouvrait une caverne à la lugubre histoire, Suspendue aux flancs verts du mont, près d'un vieux pin, Entre la roche à pic et le profond ravin.

Tout bruit dormait autour de cet antre sauvage

Et fumeux. — Un sorcier (comme on dit au village),

Alchimiste au front blanc, formidable écolier

D'Hermès, dans cette grotte avait son atelier.

Plus loin, dans un jardin perché sur la colline,

Des simples vénéneux végétaient : la sabine

Y roulait en buissons un feuillage noirci ;

La svelte digitale y fleurissait aussi ;

L'aconit bleu de cuivre, et la grande ciguë,

Et l'if, s'y mariaient avec l'ortie aiguë.

Une épaisse fumée au loin se répandait

En noirâtres flocons, puis dans l'air se perdait

Après avoir roussi les fleurs sur son passage ;

Et les petits oiseaux redoutaient ce nuage

Qui recelait pour eux la mort.

Mais toi, vieillard, Dans ton laboratoire où règne un jour blafard. Que fais-tu donc, savant à chevelure blanche ? Que prépares-tu donc en retroussant ta manche ? Et que sortira-t-il de ton sombre alambic ? Un dragon vert ? — de l'or ? — des vapeurs d'arsenic ?

Dans ta grotte de pierre où se meurt la pervenche, Lorsque sur ton fourneau ton front rêveur se penche.

L'Alchimiste.

Quand ton œil est fixé sur les métaux fondus, Et cherche à distinguer dans le sein du mélange Si le filon grossier en lingot d'or se change, Tes labeurs sont-ils donc perdus ?

Réaliseras-tu ton Idéal ? — Le monde

Sera renouvelé par ton œuvre féconde :

Paracelse l'a dit ; cela suffit : tu crois !

Tu suis aveuglément les pas de ce prophète ;

Tu marches hardiment à l'ombre de sa tête,

Comme un chrétien fidèle à l'ombre de la croix !

Non ! la pierre philosophale N'ornera jamais ton réduit !

L'or, le diamant et l'opale De tes travaux obscurs ne seront pas le fruit ; Mais ta main, si débile encore, Ouvre les portes de l'aurore A l'astre grandissant qui dore Le front du monde ténébreux !

Mais, fruit de ton expérience, Fruit de ta longue patience.

Celle qu'on nomme la Science A percé la voûte des cieux !

Oiseaux de passa oe.

Ta main a déchiré le voile Qui recouvre la vérité !

Sur ton front a brillé l'étoile Qui brille sur le front de la Postérité !

Oh ! vieux rêveur du moyen âge ('), Vieux sorcier au blême visage, Sois fier, sois fier de ton ouvrage !

Sois content, vieil halluciné !

Tes découvertes sont célèbres Soulève tes voiles funèbres !

Du siècle maudit des ténèbres.

Le siècle de lumière est né !

(i) A strictement parler, cet alchimiste, élève du grand Paracelse, appartient à l'époque de la Renaissance; mais pour la science, hélas! cette époque n'était-elle pas toujours le moyen âge? S. de G.

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