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Cette manière de faire des nobles serait bien différente
de celle qui so pratique aujourd'hui. Dans les siècles un peu reculés, ia nublesoc était le prix d'une longue suite de services importants et ia récompense de la valeur et du sang répandu pour le service de TEtat, Il fallait avec cela avoir mené une vie irréprochable, être né d'honnêtes parents qui Ui^ fMSSô<it Ui de coudiuou i>u'vilô ui^ pi^eââion
basée et abjecte. Aujourd'hui on n'y fait pas tant de façon, et la noblesse s'acquiert bien plus facilement. Ge n'est plus Ott dn moins c'est fort peu cette valeur si dangereuse, et ce
mérite qui coûte tant à acquérir, qui font les nobles; ce n'est point la longueur des services rendus à l'Etat, ni les blessures reçues pour sa défense et encore moins la vertu , ni cette probité si recommandable^ ni une yie sans reproches» qni mènent à la véritable noblesse, n n'est plus question de tout cela. Ce qui ferait la juste récompense des grandes actions et du sang versé pendant plusieurs années de services se donne présentement pour de l'argent. 11 suffit d'en avoir pour tout mérite. C'est pourquoi les secrétaires des intendants, les trésoriers» commissaires des guerres, receveurs des taillés, élus, gens d'affaires de toute espèce, commis, sous-commis do ministres et secrétaires d'Etat, même leurs domestiques et autres gens de pareille éloffe obtiendront plus facilement la noblesse que le plus brave et honnête homme du monde qui n'aura pas de quoi la payer; car il ne faut que de l'argent» et ces gens-là n'en manquent pas; les charges de secrétaires du roi , qui sont encore d'ordi* naire au plus offrant et dernier enchérisseur, sont des moyens sûrs pour y parvenir; il n'y a qu'à en acheter une pour être noble comme le roi , et quiconque a de l'argent en peut acheter : il ne faut que s'y présenter. Tai vu des ' hommes travailler de leurs bras pour gagner leur vie qui sont parvenus à être secrétaires du roi ; ei tout homme qui par son industrie aura trouvé moyen d'amasser du bien , n'importe comment, trouvera à coup sûr celui d'anoblir ses larcins par l'achat d'une de ces charges, ou par obtenir des lettres de noblesse, de façon ou d'autre, s'il s'en veut donner la peine, en les payant. 11 y a même je ne sais combien de charges de robe et de finance dans le royaume qui
anoblissent; mais, commont le dirai-je? pas une seule de guerre, pas mémo, je crois, celle de maréchal de France: chose étonnante y s'il eu fut jamais» vu les fins pour lesquelles la noblesse a été créée, qui sont toutes militaires» et pour cause de services rendus à la guerre, qu'il fout prouver pour en obtenir les lettres !
iNos premiers rois, qu'on peut dire les auteurs de la noblesse française, allemande et italienne» je dis de cette noblesse militaire si recommandable par sa valeur» qui est celle dont j'entends parler» ne l'ont établie que pour intéresser par ces marques d'honneur et de distinction ce qu'il y avait de plus braves et de plus vaillanls hommes parmi leurs sujets à la conservation de leur personne et de leur Etat. Ce sont là les fondements de la noblesse de tout pays» d'autant plus raisonnable qu'elle a été de tout temps codsidérée comme l'épée et le bouclier des Etals. Il est d'ailleurs irùs-corlain que les biens seuls, sans autre distinction, ne saiiblont point les courages élevés qui se sentent du mérite et de grandes actions par devers cyx. Il leur faut de l'élévation et quelque chose qui les distingue, du commun des autres hommes; et c'est pourquoi nos premiers rois» ayant d'une part reconnu la justice et de l'autre l'utilité qui leur en revenait, se tirent un mérite de l'ctnljHr, et, après l'avoir établie, de la perpétuer et de l'approcher d'eux par préférence aux autres conditions de l'£tat. Ils leur firent part de leur fortune et de leur gouvernement ; ils leur commirent la garde de leur personne et la défense du royaume, et continuèrent à les honorer jusqu'à les qualifier d'amis et de rousins, prendre des alliances avec eux, et en faire leurs compagnons d'armes» les considérant comme les vrais supports de l'Ëtat; et» en effet» c'est une chose admi- , rable que» pendant sept à huit cents ans» le ^yaume» qui a
iJBé onrann
tant essuyé de si longues et cruelles guerres contre ses voisins, n'ait employé que sa uoblesse à sa défense, et qu'il 8*6n soit toujours si bien trouvé. Depuis qu'on a commencé à se servir de troupes réglées , c'est elle qui» comme une pépinière inépuisable de vaillants hommes, en a fourni les officiers, grands et petits, de terre et do mer. Combien de connétables, d'amiraux, de maréchaux de France et généraux d'armée, de grands maîtres, gouverneurs de provinceSy lieutenants généraux sont sortis de cet illustre corps I Qui pourrait nombrer tout ce qu'elle a fourni d'officiers d'un Ciïractère au-dessous de ceux-là? Combien d'excellents hommes de toute espèce en sont sortis, et à quelles aclions de valeur ne se sont-ils pas p'>rt( s, et, dans ces derniers temps y avec quelle ardeur n'oat-ils pas rempli les troupes du roi! Qui pourrait nombrer toutes les belles actions quQ tant de milliers de gentilshommes ont faites? Y a-t-il quelques lieux dans le monde où on ait lait la i^uerre où cette illustre noblesse ne se soit pas signalée avec une valeur toujours distinguée? Ce nombreux corps d'o£Qciers de terre et de mer n'a*t*il pas toujours surpassé celui des ennemis en courage y en valeur et en fidélité? Toute la terre est remplie du bruit de leur renommée, et les ennemis mômes en sont témoins , et savent que c'est par eux qu'ils ont tant de fois été vaincus. C'est donc avec l>eaucoup de raison que les rois l'ont établie, qu'ils l'ont considérée comme leur bras droit , qu'ils en ont fait leurs amis et compagnons, et qu'ils se les sont apparentés, tant ils en ont fait de cas! Mais il faudrait continuer à les soutenir, les mieux conserver,. avoir plus de soin de leur éducation, et ne point les laisser avilir comme il paraît qu'on fait depuis quelque temps, même avec dessein, et surtout ne pas intfodidf§ dans ce corps tant de gens si peu dignes d'y en-
DK VAUBAIf. IM
trer, tant de gens qui» pour tout mérite, ont bien pillé le
public cl le particulier, sans a\uir jamais hasarde uii ihuaie pour le service tle l'Etat, loin de s'être portés à aucune action de guerre, ni à rien (Vimporiant qui ait pu mettre leur vie en danger, ou les exposer à quelques périls, qui est pendant la seule yoie légitime pour y parvenir.
OISIVETÉS DK VAUBAN.