PROJETS DE LA CAMPAGNE PROCHAINE
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fil lifftt ffb>i4iiinm r.t n q iifii>*»';ht:> *h r .1 ï.ebruit qui court à Paris cl à Versailles d'une irruption prochaine en Piémont par l'armée du roi donne sujet à beaucoup de gens de discourir sur cette entreprise qui leur paraît extraordinaire dans un temps où il semble que les forces du royaume devraient se resserrer au dedans de TElal et non au dehors. Mon dessein n'est pas de raisonner sur cela ni d'approfondir ce qui n'en a pas besoin, étant irès-persuadé que si sa majesté a résolu quelque chose de semblable, elle sait mieux qu'aucun autre à quoi s'en tenir, et pourquoi elle le fait, et c'est assez pour devoir être certain qu'elle n'a rien pfinsé que de bon, et qu'en cela, comme en tout autre chose, elle a raisonné juste et agi avec pleine connaissance de cause ; quand même elle n'aurait eu d'autre vue que de couvrir Pignerol, faire subsister ses troupes sur le pays ennemi, et
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soutenir la réputation de ses armes en Piémont, ce serait toujours beaucoup faire. Cependant, supposé que sa majesté ne fût pas tout à fait résolue à Texécntion de ce dessein, et
qu'il y eût encore temps et lieu pour y faire réflexion, ne semblerait-il pas qu'une irruption en Piémont, qui n'aurait d'autre vue que la conservation de Pignerol, le dégfttdu pays ét d'y subsister pendant la campagne» sans y prendre d'établissement capable d'y soutenir des quartiers d'hiver, serait bien hasardeuse et de peu d'uiiliié par rapport au besoin qu'elle peut avoir de ses troupes ailleurs? Car vraisemblablement on ne fera pas plus entendre raison à M. de Savoie en ce qui peut regarder la paix qu'on a fait les antres fois, dans un temps que Iui-m6méet ses troupes étaient beaneonp moins aguerris qu'ils ne sont présentement. Si sa majesté voulait donc bien ne se point faire une affaire de la conservation de cette place, et ne pas prendre au point d'honneur ^ une chose qui ne sera décidée que par la manière de finir la guerre, il est hors de doute que IH éâfwtttiwdéiMgnèfol^ '^qui lui coûte tant à soutenir, et qut tbtViif ÉrirdW sera enlevé, • ne devrait être considérée que comme Topération d'un habile cbinurgien qui, pour sauver un malade, lui ûterait un corps 'étranger qui, l'ayant incommodé lottgtémps, sertit eneote capable de mettre sa rtAiééttitM.'On peitfrâivef^ Irol, par rapport à Itf France, est ce corps étranger, à charge à 'l'Etat, inutile quant à présent, et dangereux pour l'avenir, dont le rasement est nécessaire eu égard à l'état présent de ^iios affaires, d'autant plus délicates qiio, pour nous poofvoir finire bien du mjhl^ yMMWiil .tf aitfttUté tohstacle à swnlsonier que Dînant èt €lÀrt^lb(Oèt'^rdeiit places asseï mau-
vaises pour les attaques desquelles on voit qu'il fait de grands préparatifs; car de compter que, quand il en sera venu à bout^ Mezières soit capable de l'arrêter un temps considéra-
bîe, on se tromperait ; le mauvais état de sa forliflcation et de celle de Sedan ne donne pas lieu d'en espérer une grande résistance, et on doit craindre que cet ennemi ne semelle à portée celte année-ci et la suivante d'entrer en Champagne par l'endroit de la frontière qui lui est le plus favorable, tant par les facilités qu'il aurait de remonter ses munitions par la Meuse quand elle sera bonne, que par celle de la marche de ses troupes par le Condros et le Luxembourg, à couvert de la rivière contre les partis de Rocroy et de Philippeville dont il n'aura que faire pour s'introduire en Champagne, pays ouvert et composé de grandes plaines, d'autant plus favorables aux armées maîtresses de la campagne, qu'elles sont peu traversées de bois ^i de rivières, et qu'elle a fort peu de défilés.
y.' Pignerol est situé à 200 lieues au delà de Paris, au delà des monts, où il ne peut servir au plus qu'à nous faciliter des entreprises dans un pays où elles ne sont pas de saison, notamment dans un temps où l'ennemi se prépare à de grands efforts pour ouvrir la frontière et se procurer une entrée dans le royaume, à 50 lieues près de sa capitale, qui est ouverte et exposée à tout. On ne peut douter que des vues qui auront pour objet la défense du royaume attaqué par un ennemi puissant et par les endroits de la frontière les plus dangereux, ne soient en tout préférables à celles qui ne se proposent que la conservation d'une place éloignée, qui, n'étant point frontière, ne fait qu'une partie détachée du royaume, où elle ne peut au plus que favoriser faiblement des entreprises peu nécessaires au delà des monts, où le roi, à tout prendre, n'a pas grand intérêt de se mettre en peine de ce qui s'y passe, au lieu que les grands préparatifs de l'ennemi du côté des Pays-Bas doivent présentement fixer toute son attention, étant d'une extrême conséquence d'apporter tous les empê-
chements possibles à ses desseins, et de se mettre en état de lui rompre ses mesures par préférence à toutes autres, de quelque nature qu'elles puissent être; attendu même qu*en Tune il n*y va que de perdre pour un temps des avantages apparents fort éloignés, qui nous mènent à peu de chose, auxquels on pourra revenir; et que dans l'autre il y va d'empêcher l'ennemi de se faire une entrée très-dangereuse dans le royaume, qui ne se pourrait fermer qu'aux dépens de sa réputation et de la plus grande partie de nos conquêtes. Qui examinera bien à quoi Pignerol nous peut être bon, trouvera que ce qu'il peut faire pour nous est de peu de conséquence, et que, quand il pourrait nous faciliter une entrée en Italie, il n'en est pas question présentement, mais de savoir l'Etat attaqué par un ennemi puissant qui emploie toutes ses forces et toute son industrie pour se mettre en état de lui pouvoir porter, comme on dit, le poignard dans le sein, coup qu'il est de la dernière conséquence de savoir parer. Jusqu'ici, les moyens n'en ont pas été impraticables, et il y a lieu d'espérer qu'ils ne le seront pas encore, notamment si la proposition qui doit faire la suite de ce discours est agréée de sa majesté; mais, afin qu'elle ait moins de peine à s'y résoudre, j'oserai prendre la liberté de la faire ressouvenir de ce que les guerres d'Italie nous ont produit depuis 200 ans, et tout de suite ce que peut Pignerol à l'égard de la France, et combien de fautes on a faites dans son acquisition,'
L'histoire de nos rois et notre propre expérience nous apprennent que jamais les guerres d'Italie ne nous ont été avantageuses. Charles VIII, Louis XII et François T"^ s'y rui- ' lièrent : le premier pensa être tué à la bataille de Fornoue, perdit les trois quarts des troupes qu'il avait menées à cette expédition, et le surplus n'apporta qu'une très-vilaine maladie, qui a depuis infecté tout le royaume; le second y a
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couru risque de la vie plusieurs fois , et le dernier y fut souvent en danger de la sienne, et enfin pris, et son royaume ruiné par sa rançon. Henri II n*y gagna rien et y perdit tout. Ses successeurs n'y entreprirent rien jusqu'au feu roi, qui, avec beaucoup de perte et de peine, n'en tira parti que quand le duc et ensuite la duchesse de Savoie entrèrent dans ses ' intérêts; ce qui, après bien du temps, de la dépense et du sang répandu, n'a abouti qu'à l'acquisition de Pignerol qui, après avoir été acheté huit ou dix fois plus qu'il ne valait, s'est trouvée la plus mauvaise acquisition que jamais la France ait faite, vu qu'elle est séparée du royaume par des immensités de montagnes rudes, fâcheuses et stériles, et par des chemins longs et difficiles, et seulement praticables aux mulets, et encore la moitié de l'année, car l'autre, les troupes n'y passent point; dénuée d'ailleurs de subsistances qu'elle puisse tirer de son territoire, si on en excepte un peu de mauvais vin, de légumes et de blé. "'Le cardinal de Richelieu, grand homme d'Etat d'ailleurs, lit quatre fautes dans l'acquisition de cette place, dont la première fut de s'imaginer que Pignerol pouvait nous donner une entrée sûre et suffisante en Italie, indépendamment du duc de Savoie;
' 'La seconde, de l'avoir acquise sans une étendue de territoire capable de fournir de son cru à la subsistance de ses habitants et de sa garnison ; *
La troisième, de n'avoir pas assuré ses communications; ^ Et la quatrième, d'avoir trop resserré le dessin de sa fortification. ' , .
Expliquons un peu plus amplement ces quatre défauts.
Il est certain, quant à la première, que c'est avoir donné dans une grande erreur de croire que Pignerol seul pouvait nous donner une porte suffisante en Italie, vu qu'on a dû
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prévoir par la propre disposition du pays que toutes et qualités lois qu'un duc de Savoie sera dans les bonnes grâces du roi» tOQtes les portes d'Italie seront ouvertes à ses armées; ety quand il n'y sera pas, il est à présumer qu'il aura prisses mesures pour les empêcher d'y entrer. C'est ce que l'expérience ne nous a que trop appris pendant cette dernière guerre.
puant à la seconde, il est vrai de dire que l'acquisition de Pignerol devait être accompagnée au moins de celle des yal* lées d'Angrogne, de Luceme et de Saint^tf artin, qui lui con* venaient parfaitement par leur situation, par l aiiachemenl fidèle que leurs habitants avaient pour cette place, considérée comme un lieu d'asile et de sûreté pour eux contre les persécutions de M. de Savoie; à quoi convenait trôs-bien, si on l'ose dire, la diversité de religion qui est entre exix et les Piémontais, ce qui les rendait naturellement irréconciliables, et leur avait procuré de longue main de grandes liaisons avec les sujets de sa majesté du Dauphiné, et notamment du Briançonnais» dont la plupart sont de même religioui et ont alliance et parenté avec eux.
Et quant à la troisième, puisqu'on ne voulait pas faire acquisition des vallées, il fallait du moins se procurer un chemin d'une lieue de large ou environ, et se l'assurer de poste en poste autrement qu'on a £iit.
A l'égard de la quatrième, concernant l'étendue de sa fortification, on ne voit que trop présentemènt qu'il fallait embrasser le double du terrain qu'elle contient, et s'approcher assez du Cluson pour pouvoir envelopper les moulins, et un espace suffisant pour les casernes, arsenaux et magasins nécessaires aux armées, ce qui n'a point été fiiit. Au contraire, on a si fort resserré Penceinte, que les moulins sont demeurés hors la ville, toujours exposés au feu, et les
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remparls n'onl qu'une médiocre épaisseur, laiu ils sont pressés des maisons qui entrent jusque dans les gorges des baslions. Par tout ce que dessus, il parait que l'acquisition de Pigncrol a été peu nécessaire et d'un accompagnement trèsdéfectueux, et le roi ne sent que trop présentement combien elle lui est à charge, et combien de monde il est obligé d'employer à son occasion presque inutilement, qui pourrait l'ôire mieux ailleurs.
La situation des affaires présentes me persuade que le meilleur parti qu'il y ait à prendre en pareil cas serait: l"de proposer un accommodement à M. de Savoie, à condition de lui rendre Pignerol et Suze rasés de fond en comble (i), sans pouvoir jamais être rétablis. S'il l'accepte, garder Montmélian et Nice pour sûreté du traité qu'on fera avec lui jusqu'à la paix générale; sinon, raser effectivement Pignerol et Suze, réservant nos droits et intentions de rétablir la première après la paix, si cela convient aux affaires du roi ; et nous réduire, quant à présent, à la garde des frontières de Provence et Dauphiné, et pour celles de Savoie, outre les défenses ordinaires, faire entendre à son altesse que, si elle entreprend d'y entrer, on fera place nette devant elle, partout brûler, à mesure qu'elle y avancera, et par lui faire sauter MontmélianetNice, et tout cequi aura figure de lieux fermés dans cette province.
Deuxièmement, achever les fortifications de Briançon, Mont-Dauphin, Embrun, Seyne, Entrevaux et Colmar, où il y a peu de chose à faire, ce qui joint à quelques postes choi-
^ (1) Cet arrangement fat convenu secrètement le 30 mai et rendu public le 29 août. Auc.
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sis le long 4e cette frontière, où il s'en trouve d'excellents, in gwerre deviendrait dure et fort k charge à M. de Savoie, qui, pour la pouvoir porter en deçà des monts, serait obligé
d'y faire tout passer à dos de mulet, sans y avoir aucun établissement pour ses magasins. Il sera bien plus facile pour lors de garder notre pays avec 60 ou 70 bataillons, qu'il ne Test présentement à soutenir Pignerol et Suze avec liO, de la manière que nous sommes postés» et cette disposition mettrait les affaires du roi en état de pouvoir tirer 46 à 45 bataillons de l'armée de Picmuiu pour renforcer celle de Flandre, auxquels on en pourrait encore ajouter 15 ou 20 deTarmée d'Allemagne; quoi faisant, on aurait un nouveau corps d'infanterie de 5& à 60 bataillons, qui suffirait pour former toute celle d'une armée considérable dans rSntre- Sambre-ct-Meuse, de laquelle renforçant la cavalerie que le roi y destine par moitié de cl-Uc de Piémont, ces deux corps ensemble pourraient faire 100, 120 àlo0 escadrons, et toute J'armée Ç5 à 60,000 bommes, le tout^ indë|{^<tei^ment ét sansafiaiblir celle de Flandre, que nous .appeU rapport à celle-ci, la grande armée, qui, de sa part, se trou** vant avantagée de nos lignes et par tous les bons postes ^.qu'elle pourrait choisir, serait en état do subsister dans le pays ennemi, d'imposer à ses armées et de rompre ses desseins. Et, quand il plairait à sa migesté de les faire a^ir en . avant, elle pourrait entreprendre des sièges, et, en an mot, remettre nos affaires sur un pied fort brillant.
Que si, à cette disposition de terre, on pouvait du côté do la mer exécuter entièrement le dessein de marine et de la course agréé parsa majesté depuis peu, notamment en ce qui concerne les galères, dont il faudrait augmenter le nombre jusqu'à -24 ou 25, leur faisant tenir la mer en corps le long des côtes, et envoyant quelques délachemeuis de gre-
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nadierft sous Purnes et Dunkerque, outre qu'elles aseure-
i aient le commerce côtier du royaume, elles pourraient encore prévenir les bombardements et descentes ennemies, et donner une grande jalousie à T Angleterre et à la Hollande par l'appréhension de quelque descente dans la première» favorisée par les partisans du roi Jacques, ce qui, sansdoute^ les obligerait à retenir une pariic de leurs troupes pour garder leurs côtes, prévenir les émotions populaires lomentées par ces mômes parti§^^|^ki[|kS^|^,|i^|p^^ affaires ei^ Flandre^ e| encore plus que tout cela« par le désordre qui se mettrait dans leur commerce^ qui smit sans doute très-maltraité de nos corsaires.
A l'égard des Hollandais, la crainte de quelque descente et rupture de digue en Zélande, capable de noyer partie de leur pays, les obligerait de songer à leur sûreté par préférence et aapréjudice de tout ce qui en pourrait arriver à leur armée de terre< De sorte que si tout ceci, qui me parait très* possible, pouvait s'effectuer, I»^s ennemis se trouveraient loin de leur compte, puisqu'au lieu d'enireprendre sur nous, nous^^rions en éU|ld*^ntrep|relJ|^€^sur eux. A^quoi ajoutant
^^}Î^S?.^9^*M^ nbs corsaires, il est vraisem-
blable que dans peu ils deviendraient beaucoup plus traitables sur les conditions de la paix, et que le rot sçrait bientôt
en état de les régler.
Il est eniin très-certain que cet expédient peut augmenter nos armées de terre de 40,000 hommes, et qu'il pourra diminuer celle de nos ennemis de plus de SO, ce qui ferait un effet de 60,000 hommes; cela me paraît d'une évidence et d'une possibilité à n'en pouvoir douter. Supposé maintenant que cette pensée fût agréable à sa majesté, il n'y aurait aucuQ temps à perdre pour Is^ mettre à exécution) les galères peuvent se fabriquer à fort bon marché à Bordeaux, où il est
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bien plus aisé de faire passer les chiourmes, au moyen du canal de la communication des mers, que partout ailleurs. Sa majesté ne doit pas craindre qu'une diminution de 15 bataillons à son armée d'Allemagne lui puisse être d'un grand préjudice, si elle veut demeurer sur la défensive et user des retranchements. Les situations avantageuses qu'on se pourra donner rempliront abondamment le vide que ce détachement pourrait y faire, et empêcheront l'ennemi d'en profiter.
Ce qu'il y pourrait avoir de plus embarrassant serait le transport des munitions de Pignerol et de Suze, et le temps qu'il faudrait employer à son rasement; c'est ce qu'on ne saurait éviter. Mais voici comme il me paraît qu'on pourrait s'y prendre.
Faire avancer, aussitôt qu'on le pourra, 25 à 30 bataillons sous Pignerol, les y faire camper et retrancher jusqu'à ce que la saison permette décamper sur Roche-Castel, pendant quoi miner toute la place, ville, citadelle et château, et rompre tout le canon en morceaux de 40 à 50 livres pesant, qu'il faudrait faire transporter à Briançon comme au premier entrepôt, par les mulets des vivres et de l'artillerie; ils y pourraient faire quatre à cinq voyages par mois, et supposé qu'il y en eût 1,000 ou 1,100, ilsy transporteraientun million ou 1,200 milliers pesant par mois, et, de cette façon, ils y pourront porter en deux ou trois mois ce qu'il y aurait de considérable à Pignerol, à l'exception des poudres qu'il faudrait presque toutes employer à la démolition de cette place.
Pendant ces deux ou trois mois au bout desquels les mines se trouveront fort avancées, il faudra prendre son temps pour les charger et faire jouer en même temps, et se contenter de leur effet sans s'amuser au rasement des terres. Il est constant que 1,000 ou 1,200 fourneaux bien faits et chargés à propos, mettraient la fortification de cette place sens dessus dessous
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en une journée de temps, et j'estime qu'en trois mois tout cela serait fort avancé; pendant quoi on pourrait toujours faire marcher 12 ou 15 bataillons d'avance du côté de Flandre. Au surplus y ce qui est ici proposé pour Pignerol se doit entendre pour Suze, où le rasement sera bien plus tôt achevé.
Tout cela fait, nos troupes se retireraient sur nos firontières où elles prendraient poste, et le surplus des 40 ou 45 bataillons destinés pour la Flandre pourrait se mettre en marche pour s'y rendre, où vraisemblablement l'ennemi n'aurait au plus eu que le temps de faire le siège d*une place qu'on pourrait fort bien reprendre, et pour lors nous serions en état de reprendre aussi le dessus de nos affaires.
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Mais, si la guerre de Piémont est enfin .résolue et que sa jonajesté ait determinément pris des mesares pour y faire passer une armée, comme ce ne peut être qu'en intention de pousser M. de Savoie à bout une bonne fois pour toutes, il est évident que le plus prompt et le meilleur moyen qu'on puisse employer pour y parvenir doit consister à la faire subsister en Piémont, hiver et été, sans lui faire repasser les monts. Pour cet effet, il parait que de la répandre toute par * petits quartiers dans des lieux ouverts ou mal fermés ne se» rail pas un bon expédient, et pourrait donner lieu à des enlèvements de quartiers qui ruineraient nos affaires, et rendraient la chose insoutenable, au lieu que si, dès le commencement de la campagne, on veut bien jeter les yeiasur quelque poste, tel que pourrait être par exemple Garignan, où l'on dit qu'il y a assez de logements et un pont sur le PO, la situation de nos affaires pourrait entièrement changer de face en ce pays-là ; et, au lieu qu'avec toutes nos forces, bien
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que très-supérieures à celles de Tennemi, nous sommes tous les ans réchiiis à craindre pour Pignerol , cette crainte cesserait, et tout le faix et les frayeurs de la guerre tomberaient sur lui. Pour cet effet, supposé que ce poste nous convînt, il faudrait s'en emparer de bonne heure et s'en assurer en attendant la fin de la campagne au moyen de quelques troupes qu'on y jetterait, pendant que, sans se déclarer sur aucun dessein, on ferait reconnaître le pays des environs qu'il faudrait aussi bien conserver, et lever cependant le plan des lieux, et y faire secrètement le projet d'un camp retranché capable de 35 ou 40 bataillons et de 4,000 chevaux, logeant le général, les principaux officiers, les vivres et l'hôpital dans les maisons de la ville, et le surplus dans le camp sous des huttes de clayonnage, bousillées, blanchies de chaux et couvertes de paille, avec des cuisines détachées, ni plus ni moins que celles que l'on fil en fortifiant Sarrelouis, où 10 ou 12 bataillons ayant campé deux ou trois hivers de suite sans s'en être mal trouvés, on peut à plus forte raison présumer qu'on le pourra faire en Piémont où il s'en faut bien que les hivers soient si rudes qu'en Lorraine. Comme il ne serait pas difficile de faire le retranchement aussi bon qu'on le voudrait, je pose en fait que celui-ci ne serait pas une affaire; car, supposé qu'il eût 3,000 toises de circuit et 10 toises cubes de profil par toise courante, ce serait 30,000 toises auxquelles ajoutant 10,000 de plus pour les petits dehors, fortification de la tête du pont, traverses, batteries et quelques redoutiss, ce ne serait que 40,000 toises cubes qui, par« tagées à 40 bataillons, feraient 1,000 toises pour chacun. Or, quand un bataillon ne fournirait que 200 hommes au travail, et que chaque homme n'enlèverait qu'un quart de toise par jour, qui est peu de chose, ce retranchement pour-
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rail être fait et parfait en vingt jours de tempe.- Lie j^nsdifficile sera d'y faire trouver la quantité d'outils nécessaires, 1m palis^adeSy bois» fascines» gasonnages et placages, ce qui ne taitit pasoul aisé dans ce |Mya-là où il y adM bois aHf près, et que d'ailleurs il est liieii boisé d^mftriaia.' hitft 11 faudrait avoir une application particalière à se ponlriROir des vivres nécessaires pour six mois de temps. Pour cet effet, supposé encore qu'il faUfiit 40,000 rations de pain par jour paqdant six nais» ce serait 36,000 sace ou setiers que je voudrais pousser jusqu'à 4i0,000« En s'y prenant de bonne heure, on viendrait facilement à bout de ftitre «mas deoetie quantité, à laquelle il faudrait joindre 40,000 setiers ou environ de pois, fèves et lentilles, 2,000 minots de blé, quantité de lard aalé, d'huile» d'oignons et d'aulx, aiini|ue le soldat ne fût pas réduit au pain sec v tout ce que l'on pourrait de vin et d'eau-de-vîe. Gela ne serait pas si diffieile que l'on pourrait penser dans un pays comme 'eeHii4à,^nî est trèsabondant, en convertissanl la plus grande partie des contributions, ou même le tout en ces sortes de denrées ; on aurait même facilité à tirer des bœufs » vaebesigsasses» moutons et porcs du pays. On pourrait aussi ajouter à leur solde un sou de plus pour supplément de consolation pendant les six moia d'hiver.
A. l'égard des fourrages, il faudrait faire état de 7 à 8,000 ratioMpar jour» ce qui enlsrait 1,600,000 pour sixmoisqu'on pourrait pousser jusqu'à i»700^. Au aorplos» pour ne pas onanquer de logement, il faudrait chasser Kmu les babitanta hors de la ville, et les envoyer à Turin ineommoder M. de Savoie, leur permettant d'emporter tout ce qu'ils pourraient de leurs laaubles» afin de leur faire voir qu'on veut les traiter humainamant» coiunrTanitiiès<ooigneusemfiatie6 bàtimanti^
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même la plus gmiide piKie des jardinages, afin d« ne pas se prîTef toat à Ait de la ootannodité des herbes potagères; *9fm les bois à brûler, ne pas épargner ceux de M. de Sa-»
voie, et, à leur détaut, les mûriers qui seraient une grandit ruine pour le Pi^^mont.
D'ailleurs bien fortitier la tëie du pont du Pô, et la garèor trèa^oignensement; conserver atee grand soin les moulins,
et les temps qu'ils peuyent moudre, afin de savoir à quoi s'en tenir, et les mesures qu'il y aura à prendre pour ne pas manquer; s'assurer des communications de là k Pignerol par roccupation d'Orbassan etde Vigon, où f ob pourrait fiiire m petit ce que Ton ferait en grand à Garîgnan, de même plusieurs autres endroits, comme à Villefranche ou quelque autre poste équivaloiu, qui se trouverait propre -à cela, où l'on pourrait encore répandre 20 à 24 bataillons, ne laissant que de médiocres garnisons à Suze et à Pignerol , avec quel-* qnas dragons, S ou 3 bataillons i la Péronae, bfen retranchés» i à Penê9tfèll«i»^««ihaiiiie, 4 à ^tUmànéMéimÊM^ Dauphin; se saisir des gorges des vallées des Barbets, fortifiant les postes qu'on y trouverait propres, et les resserrant, on pourrait les réduire à mettre bas les armes ou à quelque trêve d'un an on de plusieurs mois, peut-être à une conlributioiï ti^èiqBMMi^ qui pourrait les apprivoiser et les porter à se raccommoder tout à fait avec nous. On pourrait encore s'approcher du Tauaro et prendre poste sur cette rivière : et, supposé queChérasque ne lût pas un être de raison, l'occuper» commeaussi Fossan et Savillan. Tous ces postes» retrani- \ chéa et palissadés, seraient aisés à garder, soutenus qu'ilèr^ seraieat par le grand poste de€arignan, qui, se tromnt fort >
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de 20 à 24,000 hommes bien retranchés , sera en état de se moquer de toutes les forces d'Italie jointes ensemble» et de nous mettre à portée de faire de grandes et belles entreprises, tant par lui seul que par l'assistance des autres quartiers qui, t en étant puissamment protégés, ruineront le Piémont en*, deux campagnes par l'étroite obligation où M. de Savoie serait de donner des quartiers d'hiver aux troupes des alliés ; dans son propre pays, et même dans ses places, parce qu'il , n'oserait plus les tenir dans des lieux non fermés, crainte d'y s être enlevés, comme ils le seraient en effet. Cet établissement » partagerait le Piémont et le séparerait du marquisat de Salu- 1 ces, des vallées des Barbets, des Mondovis, et enûn de Coni ^ et de Démont, ce qui faciliterait l'attaque de ce dernier, nous | donnerait un débouchement considérable par la vallée de^i Barceionnetie, et nous préparerait pour le siège de Coni. | Celte situation pourrait enlin pousser M. de Savoie à boutf, en fort peu de temps, et nous donner lieu de porter l'offen-'j sive au milieu de son pays, ou de soutenir la défensive avec p beaucoup moins de troupes et de dépenses, parce que le pays ^ dans lequel on la ferait, payerait une partie des frais de la j guerre, à la grande charge de son maître qui n'en proûterait^ pas, et donnerait moyen au roi de retirer une vingtaine de ba- jj taillons de ce pays-là pour renforcer les armées de Flandre,., si la' guerre continuait à tirer de long. Supposé donc que celte pensée agréât à sa majesté, il faudrait préparer les ma-^|] tériaux nécessaires à l'exécution de ce dessein, dès à présent, mais secrètement, car il ne faut que d'autres, que le général -, et l'intendant, en puissent avoir de connaissance, de peur,j que si les ennemis en avaient vent, ils ne prissent des me«^ sures pour nous empêcher d'y réussir.
Si sa majesté prend quelque résolution sur le contenu de
cette addition, je donnerai, quand il lui plaira, les profils et la disposition nécessaires à ce retranchement et à celui des autres quartiers, quand on m'en aura envoyé les plans ; at«tendant quoi, on ne saurait manquer à Ikire de grandes provisions d'outils à Pigneroi.
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DESCRlPTIOJy