‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 36 sur 81 · SIV£T£S · texte numérisé non relu

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tout ce qae la France doit aux talents et aux travaux de ce grand homme.

S*il a craint les détails savants jusque dans un éloge historique, genre plus simple et plus analogue à l'instruction, combien ne doit*on pas les craindre dans le n^re oratoire? Il semble qu'ils ne doivent y être admis que transformés, s*il est possible, en images ou en mouvements, ou qu'entremêlés avec ces formes oratoires, de manière que ce soient celles-ci qui dominent.

Si Téloge de Vauban annonce des détails de sièges, l'éloge du grand Gondé préparait à des détails de intailles; mais Bossuet maîtrise son sujet, comme il maîtrisait la langue, et son génie s'affranchit de toute entrave; les détails militaires disparaissent, tout devient image et mouvement. S'i peint Condé au milieu des feux de Rocroi, U voyez-voui, a*écrie-t-ii, comme il voU é la victoire ou à la mort.

Ne voyez-vous pas vous-mêmes dans ce mouvement rapide l'impétuosité audacieuseel sublimede Gondé? Ne voyez-vous pas ces illuminations soidaines par lesquelles Bossuet caractérise ailleurs le génie guerrier de ce héros? Ke voye^vous pas Bossuet et Condé peints tous deux par cette seule expression, ces Ukminations soudamet, et de combien de détails une expression si heureuse ne dîspense^t-elle pas?

Si pourtant il s'en permet quelques-uns, ce sont toujours ceux qui peignent, ceux qu'on voit, et auxquels on est pour ainsi dire présent ; c'est cette redoutable infanterie de l'armée é'Espagme, dont Ue gToe bataiUotte eerrie, eemblaUee d oulanl de tours, demuraieiU inébranUMeg on nUliim de tout le reete s» déroute, et lançaient dee feux de toutes parts.

C'est ce valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise, montrer, malgré ses infirmités, çuune dme guerrière est maUkreese du 9erf8fu*ettekakite. .

DE M. DE VAUBAlf. 5*

C*esi Condé vainqueur arrêtant le carnage et saiivant les restes fie celle infanterie espagnole , Condé dont la victoire avait relevé la haute contenance, et à qui la victoire ajoutait de nouvelles grâces. ' ' * "*** '

Peignez donc ainsi à grands traits, peu de détails, et des détails toujours choisis, toujours pittoresques. • • ,

Je vois dans celte assemblée les modèles que je voudrais vous proposer pour l'éloge oratoire, et vous les nommez ' vous-mêmes ; mais la louange donnée en présence embarrasse et celui qui la donne et celui qui la reçoit et ceux qui Tentendenl; je n'en nommerai (]u'un, parce qu'il n'est plus. C*est celui qui le premier a couru de victoire en victoire dans cette carrière à peine encore ouverte, qui joignait, comme plusieurs des personnages qu'il a célébrés, de grandes vertus à de grands talents, qui, par des réflexions fines et profondes sur son art, a fait connaître tout le bien et tout le mal que Téloge peut faire. Si M. Thomas, dans Télo{^e de Descartes et dans quelques autres, parait se livrer avec complaisance aux détails de son sujel, il a toujours soin de les interrompre, ici par un mouvement oratoire, là par des comparaisons et des images, ailleurs par une réflexion philosophique. Si par exemple Télogede Sully l'engage dans des détails économiques auxquels les conjonctures attachaient dès lors un grand intérêt, il excite d'abord ^ cet inlérêt par une exclamation pathétique qui semble lui échapper au norasacré de l'économie, etqui, en même temps , qu'elle frappe comme un trait de sentiment, est une préparation adroite aux détails qui vont suivre.

Il peint la dissipation des tinances par une comparaison brillante et poétique ; il fait de la désolation des campagnes un tableau touchant, trop applicable aux calamités de ce 13 juillet, jour désastreux, jour effroyable, niai$ qui aura

^ oliràvÉi

fourni à la sensibilité généreuse de cette nation une graode occsBion de s'exercer et un grand mal à réparer. M. Tbonm finit par une apologie des détails qa*il a employés. Ce soin de les préparer, de les orner, de les justifier après coup«

montre la manière d'en faire usage, et en prouve en même temps le danger.

11 me convient peut-être moins qu'à personne de rappeler ce qui se passa en 1765 au sujet de l'éloge de Deseartes;; mais c'est un exemple important dans la questi<m que Je* traite. M. Thomas, chargé de laurîers et toujours seul vainqueur jusqu'alors dans Téloge oratoire, crut pouvoir risquer en cette occasion ce que lui seul peut-être était en état d'ex6?uter ; il osa exposer, dans un style moitié oratoire» moitié poétique, les principes les plus abstraits et jusqu'ajux moindres détails delà philosophie cartésienne. Ses juges, étonnés mais embarrassés, sentirent qu'il serait plus aisé au public d'admirer cet ouvrage que de le goûter, d'y applaudir que de l'entendre. Cependant comment refuser le premier rang ace grand etdifiicile efibrt de génie? Ils le couronnèrent; mais ils placèrent à côté, ils associèrent à son triomphe un ouvrage heureux, dont il ne m'est permis de dire autre chose, sinon que tout le monde pouvait l'entendre.

Nous n'avons pu ici qu'indiquer aux auteurs quelques défauts à éviter. Quant aux beautés, ils les trouveront dans le . sujet même. Yauban inspirera ses panégyristes.

Legrond artiste qui éleva dans Londres ce temple réputé,, pour sa rnagniticence, le second de la chrétienté, repose dans l'enceinte de ce vaste édifice, ouvrage de ses mains. CA^rdkei^ut, dit l'inscription, un monument qui çmtaet^ aa gloire? ouvrez les yeux et regardes aulour dê voue.

Panégyristes de Vauban , cherchez vous des titres de

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