‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 37 sur 81 · DE M. DB VAUBAN. T · texte numérisé non relu

DE M. DB VAUBAN. T

gloire? parcourez nos fronlière», voyez de touies parts ces grands monuments, ces gages de sûreté, de protection, de conservation, à l'ombre desquels les peuples heureux jouissent au milieu de la guerre de toutes les douceurs de la paix; voyez ces innombrables et puissantes barrières opposées à Tambilion, à la haine, à la jalousie, défendant le citoyen, menaçant l'étranger, repoussant rennemi, se prèiani des secours mutuels. Quelle intelligence supérieure, quelle ingénieuse bienfaisance en a combiné les rapports, en a varié le plan et la force d'après les différences du site, la natiin; diverse du terrain, le voisinage des mers ou des fleuves, l'inégalité des montagnes, l'uniformité des plaines! Plus vous étudierez les combinaisons singulières et jusqu'aux irrégularités savantes qu'ortVent quelques-uns de se ouvrages, plus vous en respecterez le motif, plus vous reconnaîtrez que le seul système de Vauban était de ne point avoir de système et de plier les |)rincipes généraux aux besoins particuliers. I*ar lui Biest, Uochefori, Toulon, rendent noire marine florissante ; par lui Dunkerque devient la terreur de la tnarine anglaise ; Hiinkerque, le chef-d'œuvre de Vauban, dit Fontenelle, et par conséquent celui de son art. A la vue de tant de grandeur, de sagesse et d'utilité, un souverain ennemi de la France, observant la frontière de la France pour y trouver un endroit faible et n'en trouvant point, s'écriait, saisi malgré lui d'admiration et de respect : Se peut-il qu'un seul roi avec le secours d'un tel homme ait exécuté tant d'étonnants travaux! •

Conservateur du genre humain, Vauban voulait rendre les guerres plus rares en les rendant plus diflicileB. Il eût vo!ilu les rendre inifiossibles ; mais quelles barrières peuvent arrêter rand)ili«:m? Les obstacles, en la gênant, l'irritent encur«, et nos guerres sont deveniie^ plu» longue»* «onj»

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cesser d'être aussi communes. Connaissons cependanl les avantages et les bienfaits de Yauban. Ces obstaeles au moins préservent des conquêtes et ménagent des ressources. Les irruptions soudaines ne sont plus à craindre ; la correspondance des différentes places couperait tes vivresi fermerait le retour à l'ennemi imprudent qui se serait engagé sur nus lerres sans avoir assuré sa retraite.

Hélas 1 ces monuments si imposants, et qu'on pouvait croire superflus dans les beaux jours denotre grandeur et de notre gloire, ce n*était pasune vaine prévoyance qui les avait « élevés; ils devaient être notre dernière ressource dans ces temps mallieureux que le ciel semblait avoir marqm s [)our terme à la puissance de Louis XIV, mais qui procurèrent à cette grande âme la gloire nouvelle de soutenir mieux l'épreuve des revers qu'elle n*avait soutenu celle des succès. Yauban n'était plus, tout cédait à l'ascendant vainqueur d'Eugène et de Marlborougli. Yauban n'était plus, mais Lille raÛermi par ses mains, Lille autrefois son gouvernement arrêta pendiwt quatre mois ce torrent prêt à inonder la France, et quand i^ fut donné à Louis XIV de respirer enfin après tant de disgrftces, quand la fortune lasse de nous accabler revint seconder nos armes, ce fut Landrecies qui parsa résistance ramena sous nos drapeaux la victoire égarée ; Landrecies, faible et dernier reste de tant de barrières dont Yauban nous avaitentourés. 11 n'était plus, et du fond de son tombeau il sauvait encore la France ; il inspirait Yillars, il partageait l'honneur de la victoire de Denain.

Cet homme, doni le talent i>our l;i foriitication des places devait porter si loin son influence dans l'avenir, était encore plus heureusement né, s'il est possible, pour J'attaque; il n'est |ias resté entièrement sans atteinte sur le premier ^ point. Quelques voix, solitaires à la vérité, se sont élevées

contre son art fortificateur, ei de son temps même, et tout récemment encore depuis Tbommage que l'Académie lui a rendu» et peut-être k cause de cet hommage. La voix publique a pris soin de leur répondre, mais elle n*a pas même eu à répondre sur l'article des siép^es. La gloire des Ijaiailles sons Louis XIV se parlage entre lesCondé, les Luxembourg, les Gatinat, etc. Celle des sièges est propre à Vauban ; on ne place aucun nom dans ce genre à côté du sien, on n'en cite pas même an-dessous, comme si on craignait de présenter jusqu'à Fombred'un parallèle. Nul siège sous Vauban sans un succès certain , et presque aucun siège fameux sous Louis XiV sans Vauban. Vauban, dont le nom seul fait tomber toutes les murailles, eût été la devise la plus naturelle.

Gochom, qu'on a nommé le Vauban hollandais, défendait lui-même à Namur les fortifications qu'il avait lui-même construites; son redoutable fort Guillaume, repoussant au loin les attaques des assiégeants, nourrissait en lui de vastes idéesde gloire et d'orgueilleuses espérances* Mais il lui était échappé une faute, elle ne pouvait échapper à Vauban; il en profite t la eomnÂleafion ^^lonavec les autres ouvrages de la place n'était pas assez sûre, elle lui coupée, et le fort Guillaume obligé de se rendre quinze jours plus tôt que Goehorn ne^vait cru même possible. Goeborn, sortant de Mamur et passant devant son vainqueur qui s'empressait de raccueillir, détourna en gémissant des regards humiliés ; mais peut-être n'en avait-il pas le droit, peut-être s'éiait-il trop pressé, sur la foi de ses conciiuyens, de se croire le rival d'un homme qui depuis longtemps n'avait plus de rivaux. Goehorn pouvait être fier encore, il n'avait cédé qu'à Yaubaii.

Louis XIV, à qui Vauban avait soumis tantde villes, voulut

que son fils et son petit iils apprissent de Vauban l'art de

prendre des villes. M. le Dauphin prit Phili$boiirg. Vous éviei du cûfum, une armée et Vauban, écrivait à ce sujet le seul homme qui ne flatta jamais et devant qui on ne flatta jamais impunément à la cour de Louis XIV.

Dans ta guerre de4t04 Vouban eut à reprendre des places quMI avait fortifiées dans le temps où elles appartenaient à la France. Brisach était du nombre. Le duc de Bourgogne Tassiégeait en faisant sous Vauban son apprentissage. Le prince loi fit une de ces plaisanteries qu'on ne-fait qu'à ceux dont la gloire y a répondu d'avance. « Il fout nécessairement» lui dil-il, que vous perdiez votre honneur devant celle place. Ou nous la prendrons; a Ton dira que vous l'avt'z mal fortitiée; ou nous éc) louerons» et Ton dira que vous m'avea mal secondé. — Monseigneur, répondit Vauban» on stit comment i*ai fortifié Brisach ; on ignora si vous savez prendre les villes que j'ai fortifiées, et c'est de quoi j'espère que vous con« vaincrez bientôt le public.» Il est inutile de dire que Brisacli se rendit» après avoir dit que Vauban en diri{,'eaii le siège.

Plus grand encore peut-être dans l'art d'attaquer «t de prendre les places» avec la moindre perte possible» que dana Fart de les fortifier» rhomanité môme applaudit à ses triomphes. Dérober à la guerre des viclimes, ménager le sang, sauver les liomm(;s, voilà Téiude continuelle de Vauban» le chef-d'œuvre de son an» la seule gloire chère à son cœur. Tous ses soins, toutes ses inventions» toute son industrie n'ont pas d'autre but. C'est surtout ce caractère de conservateur des homfnes qui distingue Vauban des autres guerriers, et c'est surtout ce caractère qu'il faut peindre. Souvent devant les places les mieux défendues il est parvenu à ne pas perdre plus de monde que les assiégés» qaeU qnnfoîs àjMi perdre moins) et c'est seulement «lors qu'il croyait avoir yainou. Ef^nemi de toute attaque bmsquée» do

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