RÉFLEXION
Quelques-uns pourraient douter si le rappel des huguenots dans la manière proposée en ce Mémoire serait un moyen bien sûr iK>ur se les concilier et pour lever les dé» fiances qu'on doit a:voir d'eux; il est aisé de résoudre cette question :
4° Il est certain que tous les véritables huguenots se connaîtront pour lors de même que les véritablement convertis; qui est déjà un grand avantage; car on peut dire que Ton n'y connaît plus rien présentement.
9P Que tous ceux qui ont du bien seront sages de peur de se commettre ; ce qui affaiblira extrêmement le parti des esprits remuants ;
3"* Que de ceux qui en ont peu ou point» la plus'grande partie prendront emploi dans les troupes et que ceux qui pourraient conserver de la mauyaise volonté ne seront pas assez forts' pour la mettre en évidence. D'ailleurs il sera aisé d'en savoir le nombre et la demeure et de juger consé* quemment de ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas;
4^ Qu'ils se donneront bien de garde d'avoir recours aux protections étrangères quand ils pourront être rétablis par le seul effet des bontés du roi ; car la réhabilitation de Tédit de Nantes leur paraîtra un vorilable retour auquel ils prendront plus de coniiance qu'à tout ce qui pourrait leur être procuré par un traité de paix. De plus» il y a des gens éclai* rés parmi eux qui» comprenant le mal qui leur arriverait în-
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failliblement par le» suites» si ce rétablisseinent faisait partie d'un traité de paix ou qu'il leur fût procuré par des médiations étrangères, se donneront bien de garde de rieh
écouler de ce côté tant qu*il y aura lieu de l'espérer des bonnes grâces du roi ; la raison est que toute guerre présuppose une paix qui, quelque avantageose qu'elle puisse être à leur parti, n'irapt jamais à pouyoîr l'égaler à celui du roi, qui t6t ou tard les aceablerâit par le seul intérêt qu'il aurait à le faire; au lieu que n'éiaiit distingués des autres sujets que par la diflérence des religions dont rexercice leur aura été permis par le roi, sa majesté ne fera aucune différence d'eux à ses autres sujets.
U est de plus à présumer que les gens aisés, comme les plus sages, contiendront les autres ou donneront avis de leur conduite, s'ils leur en connaissent de mauvaise, pour ne p^â se faire des affaires à eux-mêmes; d'ailleurs le Français aime peu et ne sait pas baûr» et les traitements durs et peu cbaritables que les réfugiés ont trouvés chez les étraug< rs leur en ont donné un grand dégoût, et leur font ordinairement désirer le retour à la patrie où ils ne manqueront pas d'instruire ceux qu'ils y ont laissés de leurs peines et de leurs souffrances.
rai oui dire à gens fort sairants dans les aCEaires des bu* guenots qu'avant les conversions forcées, leur nombre n'allait pas à plus de 600,000 personnes de tous âges et de tout sexe. Il y en a peut-être 80 à 100,000 de sorties du royaume, reste à 500,000 dont il y a bien sûrement quelques-uns de véritablement convertis, ou qui se seront fait un point d'honneur de ne plus retourner au prêche comme beaucoup d'autres s'en sont fait de ne point abjurer. Supposé que cela aille à -10,000 âmes, il s'y en trouvera bien ;;utaul d'invalides, comme aveugles, boiteux, manchots.
DB TAUBAM. S5'
c6tiopiâi| tomlMiit àn haut mal» et autres infirmités eorporelles, qui rendent les gens Impropres à la guerre, dont
on trouve au moins un entre 40 ou 50 hommes des plus sains; reste à faire état de 480,000 personnes dont il faut ôter ia moitié pour les femmes et iiiles; reste 240,000 dont il faut encore la moitié pour les enfants au-dessous de dixsept ans et les Yleillards au-dessus de cinquante, restera 120,000 hommes depuis dix-sept jusqu'à cinquante ans que nous supposons l'âge propre à porter les armes. De ce nombre il est bien sfiu: qu'il y en aura plus de la moitié ou les deux tiers qui se trouveront d'une profession très-éloignée de celle des armes ; reste donc à faire état de 60,000 hommes au plus, desquels il y en aura an moins un tiers dans les troupes du roi où il y en a déjà bonne quantité; le surplus montant à 40,000 hommes ou environ, étant répandu dans toutes les parties du royaume, sans tête et sans corps, ne méritera pas qu'on en fasse état, ni qu'on en prenne d'inquiétude.
Un ecclésiastique, docteur de Sorbonne, de caractère
considérable dans l'Eglise par le rang qu'il y tient, et d'un mérite singulier par sa piété, ayant fait un mémoire tendant à même tin que le mien, presqu'àmême temps, quoique fort éloigné Tun de l'autre, sans aucune*participation , et qui m'a été communiqué depuis peu par l'intervention d'un ami commun, je l'ai trouvé si bon et si conforme aux sentiments que tous bons Français doivent avoir, que j'ai cru
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deyoir .€ii ajouter iei une copie par laquelle on ?em^ entre
plusieurs bonnes raisons qu'il rapporte pour la réhabilitation de rédil de Nantes, que la conscience du roi ne peut en aucune manière être blessée par le rappel des huguenots.
MEMOIRE