OiSlVETF.:i
fail si elles avaient eu des tondaleurs plus puissants qui s*y fussent affectionnés.
Les Hollandais sont ceux des modernes qui me paraissent s'y être le mieux pris et avoir observé le plus de règles dans rétablissement des leurs ; aussi leur ont-elles bien réussi par rapport aux autres, notamment dans les Indes orientales, où, bien que le climat soit très difierent du leur, elles n'ont pas laissé de prospérer, et il y a beaucoup d'apparence qu'elles propéreront toujours de mieux en mieux, et qu'ils s'y rendront les seuls maîtres du commerce dans la suite , au préjudice de tous les autres peuples de l'Europe , aidées de celle qu'ils ont établie depuis peu au cap de Bonne- Espérance, laquelle, vraiment, avant qu'il soit peu, s'accroîtra considérablement , parce qu'ils ont grand intérêt à la fortifier. 11 y a bien de l'apparence que quand cette colonie sera assez forte pour se pouvoir soutenir, qu'ils s'en serviront pour traverser le commerce des Indes à ceux qui ne • seront pas de leurs amis, et que môme ils en reconnaîtront peu à cet égard. Les colonies anglaises ont presque toutes * été entreprises par des particuliers associés, elles ont eu assez de peine à s'établir dans les commencements , mais présentement elles prospèrent très- bien.
Moyen excellent pour remettre les colonies du Canada et des lies de TAmérique.
Pour mettre les nôtres du Canada et des îles de l'Amérique sur un meilleur pied que celui du passé qui a été fort lan« guissant et incertain , il me paraît que le meilleur moyen qu'on y puisse employer est :
1® d'en rotir(*r lolalemenl lés moines reniés et de n'y souffrir que des mendiants, môme en petite quantité, les autres me paraissant incommodes , intéressés et suspects, qui réussissent incomparablement mieux à s'enrichir qu'à faire des conversions, dont ils nous font ici des relations la plupart fabuleuses et qui ne se soutiennent point. On ne saurait donc mieux faire que d'acheter les biens qu'ils ont dans ce pays-là au profil d'un séminaire dans lequel on pourrait élever de bons ecclésiastiques séculiers, bien instruits, pour en faire de bons curés et vicaires de paroisses, à qui on donnerait des penaions proportionnées à leur emploi, avec faculté de les pouvoir congédier quand ils ne feront
• pas leur devoir, et surtout de n'y point établir de dîmes ecclésiastiques, parce qu'il faut ne leur donner aucun tempo-
. rel, qui puisse les y attacher II sulîira que les prêtres y soient
- honnôtemcntenlrelenus, bien payéseten sullisante quantité pour pouvoir bien el duement desservir tout le pays, et que tous soient régis pur un ou plusieurs évéques, gensde bien et d'une vertu apostolique , qu'il faut aussi faire pensionnaires, afin de ne les point embarrasser de temporel, et que toute leur application soit occupée au spirituel, qui estjustement ce qui doit remplir leur vocation.
2" En bannir toutes ces sociétés de marchands à titre de compagnies privilégiées, qui survendent les marchandises qu'ils portent aux colonies, et mettent leprix qu'il leur plait à celles de ces mômes colonies, et qui, par l'extension de leurs privilèges , les empêchent de commercer avec d'autres , et de se procurer, par le moyen de leur industrie, plus commodément le nécessaire, ce qui les ruine et dégoûte. Rien n'étant plus contraire aux établissements des colonies, on
- ne saurait donc mieux faire que de les supprimer tout à tait et de laisser le commerce libre , il y aurait bientôt des cor
if* ' * OISIVETES I
respondances do ce pays-ci on celui-là qui préviomlraionl tous les besoins qu'on y pourrait appréhender^ à joindre qu'en fort pou do temps , les princes seraient en élat de fournir à la subsistance de ces habilanls. '
3» Faire bien reconnaître le pays un an ou deux à Tavance, tant celui qui est déjà habité que ceux qui ne le sont pas encore, et qui sont les plus propres à Tôtro; et, pour cet . effet, y envoyer de bons ingénieurs avec des gens entendus et bien sensés, capables d'entrer dans l'esprit général qui doit animer de pareilles entreprises ; observant (I) exactement dans le choix qu'on fera des situations nouvelles : P /a qualité de Voir qu'il faut choisir le meilleur qu'il sera possible; 2® celle des eaux, étant très important qu'elles soient . ' potables et très bonnes à boire dans tous les lieux habités ; 3® la fertilité du pays qui se connaîtra par la grandeur et beauté des arbres et des herbes , et par le fond et la qualité des terres; la facilité du commerce auquel on parviendra en se mettant sur les bords, et encore mieux daîis les fourches des rivières navigables qui ont leur décharge à la mer; 5** aux avantages des situations par rapport à la fortification, à la facilité de bâtir et éviter l^s commandements, et d'avoir le moins de clôture à faire qu'il se pourra pour se fermer ;
la commodité de quelques petites rivières ou ruisseaux assez forts pour faire tourner continuellement plusieurs roues de moulins à la fois; 7** un (jrand territoire fertile où • il y ait apparence de pouvoir faire quantité de labourages , <le bons et excellents pâturages et beaucoup de prairies ;^ 8^ quelques bonnes côtes bien exposées pour y planter des
1) 01»:<Ci valii ns trcs-împorlantrs..
* * • DB VArBAN.
vignes, et encore de quoi faire et conserver des forôls dont le cru des bois soit de bonne qualité pour les bâtiments et bien à l'usage des habitants. Tous ces égards-là remplis et les situations fixées et bien choisies, dans le même temps qu'on fera travailler à ces découvertes, on pourra faire le projet des nouvelles colonies, sur le pied d'employer en Canada cinq ou six bataillons bien complets , et plus si Ton veut, à relever tous les cinq ans, pendant trente années de suite, les bataillons commandés une année à l'avance, pour leur donner tout le temps de s'apprêter et de faire leur équipage pour y aller tenir garnison, sur quoi il leur faudra faire une petite instruction , et leur avancer quelque chose pour se mettre en état (1); permettant cependant à tous les olliciers et soldats qui auront quelque répugnance d'y allei*', de changer de bataillon, et à tous ceux qui voudront se marier de le pouvoir faire et de mener leurs femmes avec eux, et en ce cas, ordre aux oiTiciersde remplir leurs compagnies le plus qu'ils pourront de gens de métiers propres au pays, comme charpentiers, charrons, tourneurs, menuisiers, fendeurs, scieurs de long, maréchaux, taillandiers, couteliers,
(1) Ces bataillons feront fort bien d^t'tablir des correspon- , dunts il la Rochelle pour tout oedont ils pourront avoir besoin avant que de passer et de convenir des prix, afin que de là ou leur envoie linge, habits, bas, souliers et chapeaux, vins, caux-de-
vie, sale, et généralement tout ce qui leur sera besoin*, lo niieu?f sera d'établir là un commissaire de la part du roi, qui ne soit un fiîpon, pour eu avoir soin avec un ofTicier intelligciil, d<^iuté .de chaque bataillon, pour ôlre présent à tous les achats cpii se f.ronl, et en rendre compte à ses confrères.
10 ■ ' oisivur^s
serruriers, clouliers, potiers de terre, briquetiers et tailleur» de pierres, chaufourniers, charpentiers de moulins, de bateaux, laboureurs, jardiniers, vignerons, etc., et de les ren Jre les [)lus fortes et complètes qu'il sera possible. 11 serait très juste et môme nécessaire, attendu l'éloignement , la privation de toutes commodités , le travail continuel , la mauvaise nourriture et le service extraordinaire à quoi les troupes seront destinées, qu'on leur augmentât la pa^e d'un sou , et le pain de plus qu'ils n'ont pas , et qu'on donnât la demi-paye, c'esl-à-tlire trois sous et le pain à leurs femmes ; elles regagneraient bien cela par les services qu'on en retirerait, et cela même qui pourrait les faire mieux subsister, tiendrait lieu de paye pour les ouvrages continuels qu'on exigerait d'eux.
Je crois qu'il sera bon d'expliquer le traitement que le roi voudra (aire aux oHiciers et soldats par un imprimé, alin qu'ils ne croient pas qu'on veuille les surprendre, et surtout leur bien faire entendre qu'après les cinq ans expirés, le roi les fera relever, et qu'il laissera la liberté à iqui voudra de demeurer ou de s'en revenir (I) ^ qu'à ceux qui voudront y demeurer, le roi leur fera partager les terres qu'ils auront défrichées, de môme que les maisons qu'ils auront bâties, et de plus que la paye leur sera continuée pour autres cinq années sur le môme pied; que ceux qui ne s'en contenteront pas pourront suivre les bataillons sans nul empêchement ni sans qu'on leur en sache mauvais gré.
Il faudra les bien munir de tout ce qui leur sera néces-
(1) 11 fnudra avoir grand soin de leur envoyer des recrue* Ions 1rs ans, ni pins ni moins que s'ils demeurnient en Fiance. ^
Dr. VAUBAN. .tt"'
saire (1), savoir : de vivres pour une année ou deux , de vandiers, de peMls merciers et marchands , d'aumôniers, de médecins, chirurgiens et apothicaires, d'habits , de hnge, de souliers, de bas, de chapeaux et de meubles, comme pots, marmites, chaudrons ayec leurs couvercles, écuelles de bois et de terre, cuillères à pots, haches , scies, serpes, couteaux , lits, matelas , couvertures, draps et paillasses (2) et par dessus cela , de tous les meubles nécessaires à de bonnes garnitures d'hôpitaux-, plus d'une très grande quantité de bons outils de réserve, de toutes les espèces nécessaires au débit des bois , au labourage et au défrichementdes terres; idem de boutiques garnies d'outils propres aux gens de métiers qu'on y mènera, en sorte qu'il y ait de quoi. * en rechanger plusieurs fois; qu'il y ait même quantité de forges garnies d'enclumes, de marteaux , de tenailles et de soufllets; plus do grands magasins de fer et d'acier de tous échantillons. Gela fait, et avant de les embarquer, régler les postes qu'ils devront occuper, et quand tout sera prêt et la saison propre pour l'embarquement, les faire partir. La conduite de ces établissements ne pouvant convenir qu'au secr(^laire d'état de la marine , cl les bataillons commandés
(1; Avoir grand soin dans les commencements Je leur faire porter force lard, salé, pois, fèves, lentilles, riz, fromage, vinaigre, huile et toutes sortes de graines potagères, afin (|u'îls en puissent cultiver et bien continuer ce soin les deux ou trois premières années, jusqu'à ce qu'ils en soient totalement approvisionnés.
(2) Il s^ra même nécessaire d'avoir un entrepreneur des fournilures, afin qu'il né manque de rien pour les courber. ' ^. .*
l'2 OISIVETÉS
(levant ctro> tirés des troupes de terre qui dépendent du secrétaire d'état de la guerre, pour obvier à toutes les diflicultés qui pourraient naître à cette occasion , il n*y aura qu'à ordonner aux intendants et commissaires de terre de les re-
. mettre à ceux de la marine, après en avoir fait conjointement revue à l'embarquement , qui sera signée de part et d'autre , après quoi les intendants et commissaires de la * ' marine se chargeront du soin des troupes de terre comme de celles de mer jusqu'au temps du débarquement qui se fera après leur relevée. Sitôt que les bataillons seront arrivés , la première chose à faire sera de leur donner un repos de douze ou quinze jours , pendant quoi séparer les magasins des bataillons et les bataillons môme, et le temps expiré, les faire marcher chacun au poste qui leur aura été destiné, soit par terre ou par eau, et quand chacun d'eux sera arrivé au lieu de sa destination, commencer par faire un bon choix
; du terrain pour la situation des camps (1), et là régler l'assiette et campement des troupes, les faire très bien hutter ensuite contre le chaud et le froid, bâtir les huttes un peu. amples et séparées les unes des autres, avec des cheminées au dedans , bien faites et très précautionnées contre le feu ; employer à ce campement tout le temps nécessaire jusqu'à ce que tout le monde soit bien logé ; après quoi, travailler à la clôture du camp qu'il faudra fermer tout autour par un
' petit rempartavec un parapet fraisé et palissadé, l'environner d'un fossé et le très bien précautionner, observant d'en
(l)Gcs camps deviendront villès par la suile^ coniine la plii- ■ part de ceux des Romains* enfin , c'est-à-dire, ceux qu'ils fai- . saicnl pour leur tenir lieu de places frontières, car ils n'avaient guère d'anUfs places de guerre qu»^ celles de leui s .camps.
0£ VAUBAff. 13
doubler ou (ripler les espaces pour y pouvoir loger un nombre de survenants considérable , parce qu'outre le campement
des troupes , il faudra qu'il s'y trouve de la place pour bâtir' des maisons, des granges , des étables pour les bestiaux et les jardins. -
Ayant que de se déterminer à d'autres ouvrages., avoir bien soin de faire achever ledit retranchement, y faire les
portes, ponts leviset barrières nécessaires, et les bien assurer avec des corps-de-garde aux entrées, par préférence à toutes autres choses. Ce premier établissement, pour ôtre bon et sûr, pourra bien coûter trois ou quatre mois à leâ bien employer (1).
Quoi fait et bien achevé, appliquer une partie des troupes à défricher pour faire des jardins (2) , les semer et planter, en sorte que chaque chambrée en puisse avoir un d'une étendue raisonnable,, dans le camp même, pendant que l'autre partie travaillera avec les charpentiers et maçons à bftiirune église provisionnelle et des magasins pour les ou * tils et munitions de guerre ou de bouche , un hôpital et quelques moulins dont on fera bien d'emporter les équipages mouvants tous faits de ce pays ci, aussi bien que les meules, afin qu'il n'y ait que le ruisseau à régler et les éclusages à faire avec le b&timent, ce qui sera bientôt expédié; et après que les retranchements, l'église et les nîoulins, baraques et jardins seront faits et bien achevés, les rues réglées, le dedans du camp bien aplani, il faudra s'appliquer uniqueiûent àa défrichement , pour fàirc des terres à blé et
' (I) Ce sera bien le moins* , . '
14 OISIVKTLS
des prairies (1), y employant les deux tiers où la moitié des bataillons, pendant que laulre travaillera à cultiver les jardins, fournir aux gardes , amasser et débiter du bois pour le chauffage, soigner les bestiaux, cultiver et ensemencer les terres défrichées, aller à la chasse et à la pôche, faire des . chemins, des ponts et bateaux, et à servir lesmnçons, etc. De celte façon , supposé qu'un bataillon puisse fournir 200 à 250 hommes par jour au défrichement , s'ils sont bien employée' et qu'ils travaillent huit heures par jour, qui n'est pas trop, ils pourront défricher un arpent et demi par jour et environ trente arpents par mois (2) , ce qui fera quelque 300 arpents par an, qu'il faudra mettre en culture, en observant bien les fêtes , le plus tôt qu'il sera possible, premièrement à la pioche et secondement à la charrue, et pour * cet effet, prendre des mesures pour y établir des bétes de labour le plus tôt qu'on pourra- Ce défrichement étant bien fait et vivement poussé, il s'en trouvera 12 à 150o arpents par bataillon , et peut-être plus à la fin des cinq années de temps , lesquelles expirées , il faudra relever les troupes, et avant cela, partager les terres, bestiaux et bâtiments à ceux qui voudront y demeurer, à chacun suivant son caractère , c'est-à dire au capitaine à raison de six places, au lieutenant de quatre, au sous-lieutenant trois, au sergent deux, et au soldat chacun une; leur faire ce don gratuitement pour la
(1) Il est important de se lutter de faire des prairiest afin d'avoir de quoi nourrir les bestiaux. ...
(2) Qu*ou entend ici travailler vingt joure par mois seule-
uRMil, le .surplus ira [lour les dimanches, les fêles cl les jours dfe
mauvais temps. * ' * /
DK % Al BAN. * 15
, première fois , et cela en toute propriété, sous la charge de deux redevances au roi, l'une à chaque mutation qui pourrait être réglée au vingtième de la valeur du fonds, et l'autre à un vingtième annuel du revenu qui sera imposé pour la taille, dont nul ne sera exempt : ce qui ne doit arriver qu'après le temps des exemptions expiré, qui pourra être limité à trente années, temps fixé pour celui des six relevées consécutives des bataillons, faire après cela la séparation des relevés d'avec les demeurants , et les loger à part et séparément les uns des autres; après ces partages faits, remettre ceux qui resteront en compagnies franches, chacune sous, les mômes obligations où ils étaient auparavant , et leur continuer conséquemment la paye et à leurs femmes aussi pour antres cinq années pour les aider à vivre , à se bâtir et meubler, et leur faciliter le moyen d'avoir des bestiaux. Il est certain que bonne partie des bataillons y demeurera volontiers à ce prix.
Les premiers bataillons étant enfin relévés , les nouveaux venus rempliront les baraques vides, en bâtiront de nouvelles s'il est besoin ; après quoi , ils se mettront incessamment à l'œuvre pour continuer les mêmes ouvrages que ceux qu'il auront relevés , c'est-à-dire bâtir et défricher, semer et planter, élever du gros et menu bétail et de la volaille ^ ce qui sera beaucoup facilité par les premiers habitants (1), j'appelle de ce nom ceux qui seront restés des premiers
(1) Après le temps fini Uc là rcîevt'6, si les premiers liabitnnts Aonl suffisumment établis et en ctal de 'se passer de In pajc du roi, on pourra leâ faire bourgeois et retirer la paye, sinon en tout, du moins le tiers ou la moitié, n'étant pas a propos, a mon avis, de la retirer tout à fait qu'ils ne soient bien établis. •
bataillons ; pàrc'c qu'il est à supposer qu'ils auront lî^jà^ quelques établissements.
Les deuxièmes ayant rempli leur temps de travailler àraccroissement des colonies sur le pied des premiers, il faudra les relever comme eux et partager avant leur départ ce qu'ils auront défriché aux demeurants qui s'y habitueront encore plus volontiers que ceux des premiers bataillons , parce qu'il y aura plus de commodités et de compagnies, et qu'on commencera à voir clair dans ces établissements. Je présume qu'il s'y trouvera pour lors sufiisamment de quoi vivre du crû du pays, attendu que vraisemblablement il y aura pour lors quantité de bonnes terres en culturc , des charrues établies de bonnes prairies, nombre de gros bétail , de brebis, cochons et volailles domestiques do toutes espèces, et beaucoup de jardmages, ce qui , joint à " la chasse et à la pêche, les mettra en état de vivre fort commodément. Je tiens môme que chaque ville (c'est ainsi qu'il faudra les appeler) sera plus qu'à demi bâtie, et que, si on s'en est donné les soins requis, il y pourra avoir des tisserands, chapeliers, drapiers, tanneurs, cordonniers, corroyeurs, sabotiers , etc. d'établis, outre les autres gens de métier ci-devant énoncés; car tout cela se peut fort bien '
. faire en dix années de temps, selon la peine et les soins que
. ceux qui seront chargés de l'administration de ces colonies s'en domineront, aidés qu'ils seront de quelques dépenses de la part du roi , parce que ces métiers étant fort communs il s'en trouve ordinairement de toutes ces espèces dans les troupes , il ne faudra que leur faire des boutiques fournies
. d'outils nécessaires pour la première fois.
Il sera nécessaire de soutenir ce que dessus par une bonne police bien réglée , et de bonnes ordonnances bien
' sensées et observées à la lettre, et entre autres, défenses :
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DE VALBAiV.
1° De s'ccarler à plus de dix à douze lieues des quarliers pour quelque raisoa que ce puisse être sans ordre ou permission expresse des commandaDts.
. 2^ Ile dérober, voler ou filouter, sous peine de la vie, pour l'exacte observation de laquelle ordonnance il faudra avoir uoe très grande sévérité.
3" Les blasphèmes et jurements de Dieu , les impiétés, sacrilèges, la profanation et manque de respect dans les églises.
4^ Les fautes causées par Tivrognerie 9 la violence faite
aux femmes et filles , leur séduction sous promesse de mariage , les assassinats , battre ou frapper quelqu'un par emportement, etc.
6* La diffamation et les injures publiques contre le pro» chaîn qui peuvent faire tort à sa réputation, le mensonge et faux t^oigoage en justice, le manque de parole, etc.
6^ Punir la fainéantise, le mauvais ménage, les sédi-» tieux, etc.
T Ne point tuer de bestiaux Ijss premières années, pour en fournir les boucheries, sans grande nécessilé, notamment des femelles à cause de leur rareté.
Faire toujours bonne garde sans jamais se relâcher xà se rien pardonner à cet égard.
9* Ne point faire d'autre commerce que celui qui: proviendra des fruits de la production du pays, tant pour empêcher que. les habitants ne se dissipent que pour prévenir tes relâchements que cela causerait au défriche^ ment des terres, qui doit faire leur principale application, ' ' et que la plupart abandonneraieut pour aller vagabonder dans les bois avec les sauvages, et faire vie de bétes, sous prétexte de chasse, s'ils n'en étaient empêchés. .
10** Faire marier les jeunes gens sitôt qu'ils auront at-
'OIHIVBTÉS Dfi VAVBAN, T. tV. 2
Ig OISIVETES
teint râge de dix-huit à vingt ans, et ne souffrir personne dans les colonies qui ne se marie. On peut présumer qu'au bout de dix ans, qui serait le terme de relever les seconds bataillons , les colonies qui en seraient formées seraient en état de se soutenir d'elles-mêmes et de se perpétuer, car il ne faut pas douter qu*à mesure qu'elles se fortifieront, il ne s'y joigne d'autres habitants qu'il faudrait tous enrôler dans les mômes compagnies. Supposant donc que les colonies se trouvent assez fortes et accommodées des arts et métiers plus nécessaires à la vie et à l'habit, dès la première ou deuxième relevée, il ne serait plus question que de leur donner des commandants pour les gouverner, y établir les magistratures nécessaires à maintenir la police parmi
' eux , et ériger des paroisses et des curés pour les desservir; après quoi employer les deuxièmes et troisièmes relevées des bataillons à l'occupation d'autres postes choisis ailleurs, pour les peupler comme les précédents, et y faire de pareils établissements, continuant toujours d'observer le môme ordre, et de mettre les terres en bonne culture, rendant les environs habitables et commerçables pour les hommes et les
' bestiaux au long et au large, jusqu'à ce que tout soit plein et communiqué des uns aux autres.
Que si les premiers et deuxièmes changements de garnison n'étaient pas capables de tirer ces colonies hors de l'enfance et de les mettre en état de se soutenir par elles-mômes (ce que je ne crois pas à moins d'une grande négligence ou de quelque malheur imprévu), on pourrait y occuper la troisième relevée des bataillons jusqu'à ce que tout y fût en bon état ; pour lors (1), je crois que ce serait de véritables
(1) XV* année.
D£ VALBAN. f|f
villes qui pourraient môme être fermées de murailles et de fossés, accommodées de ponts, portes, corps-de-garde, de maisons et d'églises , môme de ponts sur les rivières du territoire, et de chemins aux environs, de moulins à blé, de battoirs à chanvres, huileries, scieries à eau et fouleries de draps, toutes usines qu'il se faudra donner le plus tôt qu'on pourra. Les banlieues pourraient être défrichées sur une assez grande étendue , et toutes occupées , en bon éUt et garnies de tous les bestiaux et autres besoins nécessaires à la subsistance des habitants. Ces colonies (jui , dans l'espace de quinze années de tempss'augmenteraient considérablement tant du fonddes bataillons que des recrues annuelles, trentesix mois, et autres gensqui s'y rendraient, deviendraient par la suite de bonnes villes qui, de leur crû, donneraient naissance à quantité de métairies aux environs, qui deviendraient hameaux et puis villages et bourgs; il s'en pourrait môme faire d'autres villes comme il s'en est fait du passé.
Or, j'estime que les premières cinq années de temps chaque baUillon laisserait un liers ou la moitié de ses hommes dans le pays, qui vraisemblablement seront tous mariés; que les deuxièmes et troisièmes relevées des autres bataillons y en laisseront du moins autant, ce qui pourrait, par conséquent, faire au premier cas 150, 2oO et 250 feux, et au deuxième et troisième 6 à 700 feux. Apparemment que plus de 100 autres ménages s'y joindraient par d'autres voies, soit Français de ce pays-ci, de nègres ou de sauvages convertis de ce pays là ; de sorte que chacune de ces colonies pourrait fort bien faire depuis 600 jusqu'à 8, 9 à 1,000 feux , au troisième cas , c'est-à-dire à la fin de la quinzième année de son établissement, et cela ne serait pas une chose extraordinaire. Or, ces ménages auraient déjà nombre d'enfants de huit , dix , douze, treize à quatorze ans qui, quinze
autres années après seraient tous mariés et en auraient quantité d'autres, ce qui pourrait aller à 4 ou 5,(;00 pcr-^ sonnes , provenant des prenïières, deuxièmes et troisièmes relevées de chaque bataillon , de tout âge et de tout sexe , et 25 à 30^000 pour celles des six colonies ou équivalant, lesquels proviendraient tous des premiers, deuxièmes et troisièmes bataillons qui se seraient relevés tous les cinq ans. Que si on continuait à les changer et relever de môme jusqu'à trente années, les descendants de ces bataillons, dont plus de moitié vivraient encore et se porteraient ^bien, monteraient à près de 72,000 personnes, auxquelles ajoutant la production des vieux habitants, qu'il faudrait policer avec plus de règle qu'ils n'en ont, il en viendrait encore 25 à 30,000 j les deux ensemble-, faisant pour lors plus de 100,000 âmes, petits et grands, qui étant bien ménagés, pourraient peupler et remplir le Canada d'un plus grand nombre de peuples qu'il n'y en a dans la vieille France , en moins de 250 années de temps sans grande dépense ni sans affaiblir le royaume en rien qui soit, parce que, suivant cette supposition , les gens qui seraient employés à former ces colonies seraient tous soldats, de ceuxque le roi entretien t dans le royaume, qui n'y font pas de famille, parce qu'on ne leur permet pas de se marier.
H n'en coûterait au roi de plus que leur solde ordinaire que l'augmentation d'un sou et le pain qu'il faudrait leur donner avec la demi-paye et le pain à leurs femmes , à cause du travail continuel A quoi ils seraient obligés et de la rareté de toute autre assistance et commodité; à joindre que les femmes ne seront pas là inutiles, puisqu'elles feraient à manger à leurs maris, blanchiraient, raccommoderaient le linge et les babils, travailleraient au jardin, à amasser du bois, prendraient ï:om des bestiaux et de Icurb
DE VADDAîr. Si
niénrîges,et pourraient faire quantité d'autres petits ouvrages nécessaires qui seraient d'un grand secours : le surplus de tout ce qu'il faudrait faire pour eux serait de les fournir d outils et de quelques meubles dans les commencements , ce qui n'irait pas à vingt mille écus par au les dix premières années. A l'égard des femmes, comme le nombre en estbien plusgranddansle royaume que celui des hommes, ces colonies n'y causeraient nulle diminution , et parceque les troupes sont toujours plus disciplinables que ceux qui sont en liberté de faire ce qu'il leur plait et abandonnés à leur propre conduite , on en ferait bien mieux ce que Ton voudrait , et cela ne causerait nulle diminution au vieux royaume, attendu que le roi, prenant ces bataillons du nombre de ceux qu'il entretient, ce ne serait toujours que la môme chose, et le déchet que l'État souffrirait par ceux qui resteraient en ce pays-là, tous les cinq ans, n'égalerait point la perte qu'il ferait par la désertion (1), s'ils restaient en garnison dans les places frontières du royaume ; de sorte qu'en suivant cet ordre, le Canada ou nouvelle France se peuplerait très bien et très à propos en assez peu temps, et tout de soldats aguerris et disciplinés , qui seraient bien mieux en état de se défendre que toutes autres sortes de gens qu'on y pourrait mener.
Il est donc certain que les colonies floriraient bientôt et se grossiraient à vue d'œil ; que si à tout ce que dessus on ajoutait un grand soin d'empêcher qu'ils ne se dissipassent en découvertes de nouveaux pays, ou par s'écarter dans les bois comme ils font présentement à la chasse des castors , qu'il faudrait laisser toute entière aux sauvages alliés , et en
(1) Remarque importante. ' '