‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 63 sur 81 · Î2 OISIVETÉS · texte numérisé non relu

Î2 OISIVETÉS

commercer avec eux , ne s'occupant uniquement que des établissements qu'il faudrait étendre peu à peu le long des rivières navigables, et de part et d'autre en remontant le grand fleuve Saint-Laurent jusqu'à ces grands lacs ou mers douces , dont il serait aussi très à propos d'occuper les bords et les lieux plus avantageux à y faire des ports et prendre des postes, notamment sur les communications d'un lac à Vautre; à mesure que les colonies se grossiraient , toujours peupler les postes qu'on occupera d'hommes, de femmes, de bestiaux et de volailles domestiques , et de tous les ouvriers et métiers plus nécessaires, ainsi qu'il a été marqué ci devant, ^et en môme temps travailler aux chemins et aux ponts sur les rivières, et à faire de grandes plantations d'arbres fruitiers et de vignes, y porter des semences de toutes espèces, et mettre incessamment la terre en état de produire de quoi .nourrir ses habitants de son crû, et assurer ces postes , par fermer les principaux lieux pour servir de retraite aux autres, non par de simples palissades comme l'on fait présentement, mais par des remparts et fossés biens fraisés et palissadés, et môme plantés de haies vives sur les bermes.

Il faut soigneusement observer que pour faire un bon dé- *frjchement , il est nécessaire de tout arracher, pierres , bois et herbes , débiter en môme temps le bois qui sera propre à quelque chose, en planches , bois carrés de toutes espèces , 'merrain , bardeau , palis et palissades, en un mot , mettre à profit tout ce qui le méritera; cela servirait, par la suite, aux bâtiments et ameublements , et môme à en faire commerce et à clore les jardins et les cours, convertir le bois qui ne sera propre à rien en bois de chauflage pour la provision, et brûler le bretillage sur les lieux , nettoyant bien la terre qu'il faudra piocher d'un pied de profondeur ; n'y point laisser de racines, et la bien mettre à l'uni, .afin que la charrue

ES VAOBAN.

y puisse librement passer et repasser. Faire après cela des recherches de mines de fer, y établir des forges et fonderies le plus tôt qu'on pourra avec des manufnctures de fer et d'acier de toutes espèces, et même de ferblanc ; en un mot , en . tirer tout ce qui pourra f;iire besoin à ces colonies , et eo bannir le luxe et toute superfluité, de môme que les moines reniés et la chicane ; défendre rentrée dans ce pays à la taille personnelle et aux aides, comme à autant de pestes publiques, ennemies du roi et de ses sujets, qui ne sont bonnes qu'à donner lieu à mille friponneries, qu'on ne saurait trop éviter dans les pays bien policés-, convertir les établissemenls que les moines ont faits en ce pays- là en de bons séminaires et collèges royaux , l'un pour faire des prêtres , en les y entretenant gratis , et l'autre pour y apprendre les lettres humaines ; et afin que le roi ne perde ni les dépenses qu'il aura faites, ni les soins qu'il se sera donnés; à mesure que les terres se mettront en culture, établir une mouvance sur toutes les natures de fonds de terre , comme il a été dit ci-devant à chaque changement de mnître, qu'il faudrait fixer au vingtième du prix des fonds , afin que la ch»)se soit plus supportable , et la vingtième année pure et simple sur tous les revenus des immeubles , de quelque nature qu'ils puissent être, qu'il faudra imposer simplement et sans aucun redoublement ni accroissement après les trente pre- • raières années expirées, de ces colonies afin de leur donner le temps de s'accroître et de se former : après quoi et quand elles seront lout à fait établies, les mettre sur le pied des ci-devant proposées pour la vieille France (l); on pourra

(1) Cet article est relatif à un mémoire fait pour établir la dîme royale en Frinice.

Note (le If. Caligny.

24 OISlVlTl's

même y établir Ja gabelle, mais fiur le pied de dix^fiûlÙîyi^

le minot deset^ûIfltt^t^'BaitsiiOGbnéil^

le roi retirera grassèâbnt Fmtérèt de l'argent qu'il y nétà

mis, et bien au-delà; on pourra môme établir des droitssurles marchandises qui viendront du Canada, non dans ce pays-là^ mais en France » bien au-dessous de ceux que les étrangers ; lèYCiit sur les itt^pG^iyéQà ^Cf^ très elsen^^^é ne leur point renè^li^^^^ ^ drait moins affectionnées; plus les colonies s'augmenteront, plus les revenus s'accroîtront, ce qui pourra aller bien haut par les suites. ' - - , t c ^

Tous ces établissements faits et plusieuin antres ^i^* paient trop longs A décrire ioff il bon , à mèsnré qdj9 i^ "iboloniesse forUfi«iifoiit; làè pirendi^ les précautioàs i)^ saires contre les révoltes : 1** par un traitement doux, juste ' et raisonnable au peuple , et une bonne administration de la justice ; â« par bâtir des châteaux et citadelles dans les principales villes ejti^ de pays, et y eiàp^l^tr des trott{»^ré^ glées,ocGapant dtf ëprpl^'l€i^à{ïl^^^ au commerce et aux^^rts et métiers, sans leur permettre un grand usage des armes à feu, cé qùl, néanmoins, ne se doit pratiquer qu'apf^ qu*on cess^..d'y envoyer des troupes réglées (1), et que le roi ne donnera plus de soldeaux eolo*

(!) Ceci ne veut pas dire qu'après lev trente premières années cl*itablîssement expirées , il ne faille plus envoyer de bataillons;

bien loin décela, plus on y en enverra, et plus totales pays se rempliront d'habilanls, qui estoc à quoi il faut toujours s'appliquer, parce que de cela dépendent toutes les richess^ et la puissance qu'on en doit «ipérer^iar les suites.

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iç^es. Ces moyens sont les seuls bons et légitimes qui me {piraissent. £q employer d'autres, comme de les tenir en f nécessité des choses nécessaires à la vie et à Thabit » jamaia colonies ne s'établiront , on du moins^es seront tou-

!f. jours faibles et languissantes, comme elles sont présentement et en état d'ôtre opprimées au premier jour par leurs voisins les Anglais t qui» par le bon ordre qu'ils tiennent, V'accrbfosentfort en ce pays-là» où dans peu ils deviendront

. très-puissants. ^ On répète encore une fois que pour bien faire , il 8m%à propos de tirer ces colonies de la tyrannie des compagnies du Canada, composées d'une société de marchands privilégiés, qui ne songeant qu'à leur profit particulier, attirent toutes les denrées de ce pays-là à eux pour le prix qu'ils y veulent mettre , vendant aux habitants celles dont ils ont besoin , ce que bon leur semble , et leur procurent l'exclusion de tout commerce avec les autres nations , pas même avec la leur, ce qui cause la ruine des colonies et les dégoûte* si on «veut (aire des compagnies , il faut les faire des habitants du pays même , et que tous ceux qui auront moyen d'y mettre depuis 1,000 livres en sus y puissent être reçus , que là ils fassent leurs magasins pour toutes les marchandises de vente et de retour, dont les directeurs rendront Compte tons les ans à la compagnie , et cela sans exclusion de commerce avec les autres marchands du royaume , qui , indépendamment de ces compagnies, voudront commercer en ce pays-là ^ le mieux serait, à mon avis , qu'il n'y en ei)t point du tout » et que le roi se chargeât de satisfaire à leurs besoins dans les commencementSi gratuitement, pour le prix de ce que les marchandises auront coûté en France, les frais du voyage déduits, jusqu'à ce qu'il y eût des correspondances établies, et après quoi et à mesure que les colonies

s*accroîtraient en force et vigueur, les laisser en liberté de commercer comme elles l'entendront sans contraindre leur industrie ni la gôner. Les raisons que j'ai pour cela sont que l'intérêt des colonies sera toujours le môme que celui du public représenté par le roi , à quoi celui des particuliers, représenté par les compagnies , est toujours contraire ; car je soutiens que le moyen le plus certain qui puisse se mettre en usage pour les faire périr ou du moins les empêcher de s'accroître, est celui de ces compagnies sur le pied où elles sont aujourd'hui (l); se donner enfln toute l'application possible pour quMI ne leur manque rien les trente premières années, pendani quoi y établir toutes les manufactures les plus nécessaires, non seulement en fer, en cuivre, étain, or et argent et autres métaux, mais encore en verreries, faïenceries et toutes espèces de poteries 5 y établir môme une monnaie si on y découvrait des mines d'or et d'argent capables d'y fournir.

It y aurait encore une bonne chose à établir en ce pays-là qui serait un secours mutuel des communautés à tous les habitants qui y bâtiront des maisons, qui pourrait se réduire à voiturer les bois, la pierre et tous les matériaux en la place de celui qui voudrait bâtir; les aider à louer leurs bâtiments et leur donner même quelques corvées gratis aux dépens de la communauté de chaque lieu où on bâtira, Cette charité réciproque se pratique à peu' près de môme en Alsace où on ne saurait croire le bien quecela fait à ceux qui bâtissent; il n'y a point de doute qu'en y procédant de la sorte, le Canada se peuplerait bientôt et so bâtirait de môme ^ on

(1) J'ai ouï dire que ces compagnies ne sont plus ; mais Tuvis est toujours bon pour empêcher que pareilles nes'ctal)lî.>."ont.

en assurerait la domination à cette couronne pour jamais, le royaume en tirerait de grands secours, en guerre et en . paixi pàr la pécbe , les pelleteries , les bois a bâtir des navires» le goudron, les cbanvres, les bleda, le charbon et mille autres denAes utiles et nécessaii'es « qui provigneraient k mesure qu'on s avancerait dans ces vastes contrées qui, sans doute , renferment dans elles une inlinité de trésors et de métaux de toutes espèces qui s'y découvriraient de jour . en jour.

* La même chose qui se peut faire au Canada sera bonne à pratiquer dans Ttle de Saint-Domingue (1) et dans les

autres îles de 1 Améi ique qui nous appartiennent, en y tenant la môme conduite , mais il faudrait s'accommoder de rile Saint-Christophe avec les Anglais, soit par leur vendre ce que nous y possédons on par acquérir le leur, ne convenant point à deux nations naturellement peu amies , de vivre ensemble indépendamment l'une de l'autre, dans un si petit morceau de terre. Le climat de ces îles étant fort différent de celui du Canada , il faudrait peupler celles-ci d'autres fruits ; et outre ceux qu'on y a autrefois apportéSf y planter, par exemple, des oliviers, dattiers, cafetiers, mûriers elcotouiers; y établir, par conséquent , des manufac-

. (1) Ne faudrait-il point examiner si nous pourrions nous cm* parer de St«-Doniîngue et commencer ouvertement k la peupler, sans autre fa^on ; et si cda se penl faire sans blesser la paix et la banne intelligence qui est enire nous et les Espagnols? Et lioxitr quoi non ? nous y tenons 200 lieues de cotes ; pourquoi n^as avancer dans le pays ? un ne l'a pas fuit upparcumienl faute de monde.

turcs de coton, de soie, et outre les tabacs, sucreries et Tindigo qui s'y cultivent et fabriquent, y établir les épiceries,* c'est-à-dire le poivre , la muscade, la canelle et le cloud de giroflle, qui viendraient fort bien dans ces îles-là : après quoi les fortifier, de peur que les Anglais et Hollandais, trouvant quelque facilité de s'en emparer pendant une guerre, ne le lissent, ne fut ce qu'en vue de gâter lesdites épiceries et les ruiner, ce qu'ils ne manqueraient pas de faire autant que cela pourrait dépendre d'eux, à cause du dommage qu'ils^ en recevraient.

Il faudrait , par môme moyen , occuper l'embouchure du Missisipi , non en y envoyant deux vaisseaux qui ne sont pas capables d'y rien faire de considérable , mais en y faisant un établissement solide; et pour cet effet, y envoyer un bataillon ou deux entiers, et cinq ou six vaisseaux , suivis six mois après d'autant d'autres, afin que si quelqu'un voulait s'y opposer, on fût. en état d'y répondre et de soutenir ce qu'on aura commencé. Il faudrait tâcher d'occuper les deux côtés du fleuve le plus tôt qu'on pourrait, et en mémo temps s'y bien fortifier et y tenir toujours quelques vaisseaux ^ et quand on y sera établi de deux ou trois années , y en envoyer d'autres pour relever les premiers , continuant toujours de faire la môme chose jusqu'à ce qu'on y fût assez bien établi , pour s'y pouvoir maintenir envers et contre tous. Ne pourrait-on pas faire la môme chose de la rivière de la Plata ? Si fait bien , par un puissant armement; mais il en faudrait chasser les Espagnols, et cela ne paraît praticable que pendant une guerre.

4 raisonner selon la manière de ce temps , on ne doit pas douter que cette proposition ne soit traitée de chimérique , et qu'on ne dise que des vues si éloignées n'étant ni du goût ni de l'usage de ce temps-ci , il est ridicule de les proposer :

DE V AU BAN. îl)

je conviens du dire , mais non que robjâcliun suit bonne. C'est pourquoi, sans y répondre j je continaerai ce mémoire par L'exposé des propriétés de ces colonies qui me sont échappées, on que je n'ai pas assez approfondies ; la matière

est riclie , il ne me manque que du temps et plus d'habilclé que je n'en ai pour la bien développer*

Je dis donc, en.premier lieu, qae Taecroissement ou plutôt la réhabilitation des eolonies do Canada et de Saint-Domingue sont absolument nécessaires au soutien de celles que nous y avons déjà , autrement il n*y a pas d'apparence qu'elles puissent se soutenir longtemps contre les nations Tolsines qui ont unegrande attention à fortifier et à accrottre •les leurs, et qui ont d'ailleurs des Tues particulières et très intéressées sur cette grande et riche partie du monde qui est l'Amérique ^ pour auquel jemédicr et prévenir le mal qui pourrait en arriver à ce royaume il n'y a rien de plus sùr que de s'y établir comme eux et se mettre en état de les y traverser toutes et quantesfois qu'elles en voudront mésuser.

2^ Que l'accroissement et bon entretien de ces colonies nous mettra en état de ne pas craindre les leurs et de les empêcher de nous ôter le commerce de l'Amérique, comme elles feront infailliblement si, négligeant les nôtres , nous venions à les perdre.

3** Que cet établissement ne sera point contesté au roi, puisqu'il est déjà en possession de bonne partie de ces pays, et que les autres parties qui sont vides d'habitants (s'entend de peuples civilisés) sont encore au premier qui voudra s'en rendre maître, d'où s'ensuit qii'il n'aura de guerre à cette occasion que celle qu'il voudra bien avoir.

49,Que ces mômes établissements ne causeront aucune diminution sensible dansle royaume, puisqu'un {prendra

30 OISlVliii..>

le fond de ces colonies dans les troupes (i) , comme il a été einlevant proposé, qui, quand bieneilesy diminaeraient d'uD tiers ou de moitié pendant les cinq années qu'elles y seiHont en garnison , les corps dont elles seront tirées n'en souffriront pas davantage qu'ils feraient en France en autant de temps par la seule désertion.

6^ Qu'il en coûtera encore moins eu femmes puisqu'il y en a un million et plus dans le royaume que d'iiommes qui ne font rien.

6^ Qu'il ne lui en coûterait qu'un sou de plus elle pain pour chaque homme , et trois sous et le pain pour chaque femme, pendant les vingt ou trente arinéesde l'établissement.

7^ Qu'après ces vingt ou trente années de privilège expirées » rien n'empêchera que le roi n'y puisse introduire la gabelle, et le vingtième sur le pied des ci-devant proposés (3). Au moyen de quoi il sera bientôt remboursé de ses frais , et*» bien au-delà de tout ce qu'on pourrait se figurer ici.

8° Que si on fait attention à la nature et à la qualité de ces établissements , on ne trouvera d'une part rien de plus noble» et de l'autre rien de plus nécessaire; rien de plus noble, en ce qu'il n'y va j>as moins que de donner naissance et accroissement à deux grandes monarchies , qni , pouvant s'élevcrau Canada, à la Louisiane et dans l'île de Saint-Domingue, deviendront capables, par leur propre force, aidées de Tavantage de leur situation, de balancer un jour toutes celles de l'Amérique, et de procurer de grandes et immense^ richesses aux successeurs de sa Majesté. Rten de plus né-

(1) Je répéterai ici ce que j'ai déjà dit,

(2) Ces articles ont déjà été dite.

(S) Ceci » di^À ^lé dit,

cessaire, parce que si le roi ne travaille pas vigoureusement à l'accroissement de ces colonies, à la première guerre qu'il aura avec les Anglais et Hollandais (qui s'y rendent de jour en jour plus puissants) , nous les perdrons , et pour lors nous n'y reviendrons jamais, et nous n'aurons plus en Amérique que la part qu'ils nous envoudront bien faire par le rachatde nos denrées, auxquelles ils mettront le prix qu'il leur plaira , et notre marine , manquant pour lors d'occupation , tombera d'elle-même et deviendra à rien. Mais supposé qu'il y eût quelque difticulté là dedans, et qu il en dût coûter beaucoup plus qu'on ne peut prévoir ici, y a-t-il quelque chose dans le monde de plus utile, de plus glorieux etde plus digne d'un grand roi que de donner commencement à de grandes monarchies, et de les enfanter pour ainsi dire et les mettre en état de s'accroître et de s'aggrandir en fort peu de temps de leur propre crû, jusqu'au point d'égaler, voir de surpasser un jour le vieux royaume Qui peut entreprendre quelque chose de plus grand, de plus noble et de plus utile? N'est-ce pas par ce moyen plus que par tous autres qu'on peut, avec toute la justice possible, s'aggrandir et s'accroître I Peut-on faire des acquisions plus légitimes et imaginer un moyen plus glorieux et plus sûr en même temps pour perpétuer la mémoire du plus grand roi du monde jusqu'à la consommation des siècles ? J'ose môme dire que c'est une action pieuse et méritoire devant Dieu, que de peupler un grand, vaste et bon pays vide, qui n'est rempli que de nations exécrables pour la plupart, qui vivant en bêtes, ne connaissent point de Dieu, et n'en veulent point connaître, qui n'ont ni foi ni loi , et qui n'occupent pas la centième partie de ce pays.

C'est autant par la fondation des colonies que les noms fameux des premiers héros do l'antiquité sont parvenus jus-

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qu'à nous que par aucune autre action qu'ils aient exécutée, et si Nemrod et Assur n'avaient pas fondé Babylone et Ninivc;Cadmus, Thèhes, et Didon, Carlhage, il est bien sûr que jamais leurs noms ne seraient venus jusqu'à nous. Il en est ainsi de mille autres, dont les noms se sont plus transmis à la postérité par l'établissement des colonies que par toutes autres choses qu'ils aient jamais faites. y •

Il est donc certain qu'il n'y a point d'entreprise plus glo- rieuse, plus juste et de moindre dépense, ni qui soit plus digne d'un grand roi, ni qui, par la suite, puisse être si utile à ses descendants que l'établissement de ces colonies. Faisons voir présentement que l'accroissement de ces monarchies (car voilà comme on les peut appeler) ne serait pas d'une si longue attente qu'on pourrait se l'imaginer. Pour cet effet, il faut supposer que le roi, prenant goût à cette proposition, en eût résolu l'exécution, et qu'il y envoyât des troupes dès la première année du siècle où nous allons entrer ^ il est sûr qu'au lieu de 13 à 14,000 âmes qu'il y a présentement dans le Canada, trente ans après, c'est-à-dire vers Fan 1730, il y en pourrait avoir 100,000, que si nous supposons tout ce nombre-là marié, et le renouvellement des générations se faire de trente en trente ans, donnant seulement quatre enfants à chaque mariage, il se pourrait très bien sans miracle que deux cent-quarante ans après, c'està-dire vers Tan 1970, il se trouverait plus de monde au Canada qu'il n'y en a jamais eu dans toutes les Gaules , qui étaient d'une bien plus grande étendue que la France ne l'est aujourd'hui. Examinons-en la progression plus naturelle, en supposant l'établissement des colonies suivant l'ordre cidevant proposé jusqu'à Tan 1730. 11 y aurait pour lors cent' mille personnes mariées au Canada, faisant cinquante mille niariages que nous posons pour fondement.

DE VADBA».

1 De laprogression ci 1 qui  4 enfimts chacttn

50,090 mariages.

4 enfants.

10 ans.

iproauirom eu ou annc«5 dont on polinrâ faire qjtti A 4 eniknts chacun

avUjvuu personne^* 100,000 maria^.

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