‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 64 sur 81 · perMmnes · texte numérisé non relu

perMmnes

39SOO1OOO mariages.

4 en£rats.

produiront 50 ans après dont on pourrait faire 4[ut'à 4 enÊints dvieun

19,800,000 iversonn es'.'

.6,400,000 mariages, 4 enfanU.

SiO

produiront SO ans après

35,600|000 personnes.

SO

* OISlVfiTliâ D£ VAUfiAM* X. IV.

34 OlSlVlîTÉS

Total 25 millions 600 mille personnes en neuf générations de trente années chacune, à compter du commencement du siècle prochain, qui est beaucoup plus qu'il n'y en a jamais eu dans le vieux royaume^ que si on poussait cela jusqu'à la dixième génération, on trouverait qu'entre ci et 300 ans, c'est-à-dire vers l'an 2000 du Seigneur, elle pourrait produire 51 millions de personnes (i) , qui est encore plus qu'il n'y en a dans toute l'Europe chrétienne. Cependant il n'y a rien là de forcé ni d'exagéré, étant bien certain que tout cela peut très-naturellement arriver; car )a production de quatre enfants par mariage est simple et naturelle, si les peuples étant bien gouvernés et non tourmentés de guerre, de peste et de famine , on prenait soin de faire marier les jeunes gens de bonne heure. A quoi il faut ajouter qu'on ne compte rien ici pour la vie des pères et mères après trente -ans passés, bien qu'ils soient encore jeunes et on état d'avoir des enfants , ni pour les survenants et nouveaux convertis et désauvaginés, les uns et les autres passeront pour ceux qui meurent en jeunesse et sans avoir été mariés. Il ne faut pour tout cela que les assister dans les commencements, les gouverner avec douceur et les empêcher de se dissiper par des guerres et par des entreprises hors de portée

Je finis ce mémoire par quelques remarques qui ne sont pas à mépriser : le tleuve Saint-Laurent, qu'on peut dire le plus grand du monde connu, puisqu on n'en sait ni la source» ni le bout, traverse tout ce pays par sa plus grande longueur;' et les vaisseaux de ^, 5 à 600 tonneaux le peuvent remonter

(1) CcUe progression est bien au-dessous de celle des Israël!- , . les (|ui,'en 215 années de temps, de 72 personnes firent plus de • 2 nùUiou> /| on 500 mille âmes à la sortie d'Égj pie.

140 lieues, à compter depuis nied'Anticosti jusqu'à Québec; les barques de 50 à 60 tonneaux le remontent ordinairement 60 lieues plus haut , c'est-à-dire jusqu'à Montréal, et depuis Mon tréal j usq u'au fortde Frontenac, où il y a encore 60 lieues, lise rendra très navigable pour les plus grands bateaux plats , quand on voudra y apporter les soins nécessaires, comme défaire quelques sas dans les endroits les plus rapides, faire sauter les rochers qui peuvent nuire, avec la poudre, faire des tirages le long des bords, et des ponts sur les petites rivières et ruisseaux qui se jettent dans le grand fleuve. Depuis le fort de Frontenac en amont, il y a cinq grands lacs de 2, 3 à 400 lieues de tour, qui peuvent tous se communiquer les uns aux autres et qui bordent les meilleurs pays du monde. Ces lacs reçoivent la décharge d'une infinité de Tivières qui s'y jettent, parmi lesquelles il y en a plusieurs de navigables; je ne doute pas môme qu'il n'en puisse sortir quelqu'une qui se jette dans cet autre grand fleuve de Mississipi , ou qu'on ne puisse communiquer par le moyen des canaux et des sas à quelqu'une de ces rivières qui approchent le plus de nos lacs; je ne vois rien de comparable dans le monde à cette propriété qui peut rendre communicabies tous les commerces de ces grands et vastes pays avec des facilités aussi commodes que si ellesétaient faites exprès: je sais bien qu'on alléguera les rapides et sauts qui S9 trouvent en plusieurs endroits, notamment celui de Niagara, qui est d'une hauteur prodigieuse, mais il n'y a rien là audessus de la correction des hommes, et un canal de huit ou dix lieues avec des sas en applanira les diflicultés et pourra faire unecommunication du lac de Frontenac à celui d'Érié , pour des bâtiments de 60, 80, 100 , 150 à 200 tonneaux , qui sont ceux qui conviennent le mieux à ces petites mers d'eau douce ; la même chose peut se faire à tous les autres endroits

36 ' . ■ OiSlYJiïÉS

OÙ il s'en Irouvc, mais qui sont bien moindres que celui-là. Il y a encore une infinité d'autres rivières îi droite et à gauche le long du cours du fleuve de SaiiU-Laurent , qui tombent dedans, dont quelques-unes sont plus grandes que le Rhin et d'autres plus que la Loire et le Rhône -, la plupart des moindres sont embarrassées d'arbres qui pourraient facilement se nettoyer, au moyen de quoi elles deviendraient navigables, ce qui se fera peu à peu à mesure que lesjpays se. peupleront. Il y a déjà quantité de contrées découvertes qui sont aussi fertiles que les meilleurs pays de ce royaume; il y en a une infinité d'autres à découvrir qui ne le seront pas moins'; il y en a aussi de mauvais , comme partout ailleurs mais ils ne le sont jamais tout à fait, ils ont toujours quelque chose de bon , qui supplée au défaut de ce qui leur manque de meilleur. Il y a aussi de grandes montagnes dont le de-* dans se trouverait vraisemblablement plein de métaux et de minéraux, s'ils étaient bien recherchés, d'autant plus abondamment que jusqu'ici ils ne l'ont pas été , et la superficie de la plus grande partie de ces montagnes est couverte de bois de toutes espèces, aisés à débiter et à conduire en France et partout ailleurs ; de plus, le soleil y est beau et bon , et le climat le môme que celui de la vieille France ; on y jouit d*un très-bon air qui n'altère que peu ou point la santé des nouveaux venus. Cette étendue de pays , qui égale à peu près la moitié de l'Europe, contient peu de terre qui ne soit peuplée d'une infinité de gibier et de venaison, et point d'eauqui ne fourmille de très excellent poisson ^ ce pays enfin ' me paraît incomparablement meilleur que le Pérou où on manque de pain au milieu de l'or et de l'argent, où on est perpétuellement brûlé par Tardeur du soleil , et où on manque de moyen pour révacualiun de ses denrées, au lieu que le Canuda p.^ut nous fournir tout cela abondamment. Qu'un • • . *

JDigitizcd by

DE VAfJBAlV. * S7

ne me dise donc plus quo c'est un mauvais pays, dont on ne saurait rien faire de bon , il s'y trouve de tout , et beaucoup plus que dans ceux dont on ne tire que de l'or et de l'argent, ne doutant nullement que dans un si grand et si vaste pays, li ne s'y en trouve en quantité , aussi bien que de tout ce qui peut satisfaire la cupidité des hommes, et cela d'une manière plus facile à avoir que celle du Pérou et de ces autres pays tant vantés.

ËTAT RAISONNÉ

DES PROVISIONS PfiUS ' IfiCBSSAIBBS ,

^IMBd il •'agit éb doaner «oonieBeeaieat à det oolmiM

étroagèrof. (Tome IV dta Oiiiwtés de Vauban.)

Si une fois on (brinait an dessein arrêté d'étabUr des colonies au Canada ou en quelque autre partie de l'Amérique avec les vues et sur le pied qu'elles ont éle ci-devant pro-. posées i la première chose qui me fiaraitrait nécessaire d'ob-* . server serait de bien connaiire les pays où on v^ut se mettre^ ei pour cet effètyJes^visiter avec grand soin et en bien exa->

IIK V Al! BAN. • 39

miner les situations avec les teoants et aboutîssaoU, et gé- Béralement tout ce qui peut nous convenir par rapport au climat, aux voisins, à la santé, à la salubrité deFair, aux

moyens d'y pouvoir subsister dans peu de temps des productions du pays, à la facilité du commerce et à celle de s'y pouvoir établir commodément avant que de se déterminer au choix des situations; et quand on aura bien exa^9iié|(iNi^^ cela , en faire des mémoires exacts et bien détaiMits \ ViMtAp se mettre en état d'en rendre un compte fidèle , observiriit * ' 1" D'y déférer aux raisons d'Etat qui pourraient nous porter au choix d'une situation plutôt qu'à une autre, quoi* que peut-être plus mauvaise.

S"* Et À la température des lieux où on veut se mettre , et conséquemment les latitudes et longitudes, et remarquer que depuis les 35 degrés de latitude en tirant vers la ligne, les pays qui penchent au nord ont une meilleure exposition que ceux qui penchent au sudj et que depuis les 35 degrés tirant vers le nord , les pays qui ont leur pente au sud sont naturelfement mîeu^ situés que les autres , parce qu'ils ont plus de soleil. C'est par cetle raison que la rive droite du grand fleuve Saint Laurent, qui a sa pente vers le sud , doit, être meilleure que l'autre , qui l'a tournée au nord. Toutes Itss autres situai ions sont mélangées de ces deux principaux aspects, et participent^ toutes de l'un ou de Tau tre, mais celles qui sont dans les pays froids, mieux regardées du so* leit sont les meilfôures ; car le soleil étant le père de la gé nération, il fst certain que les pays qui en sont le plus favo-rablement regardes soul ordinan cment préférables aux autrcscQmme piu» capables d'une bonne culture , spécialement quand , par des arrosements , on peut supi^éer au dé^ faut de ceux que le ciel nous refuse quelquefois. r Supposé donc que l'on ait. trouvé une ou plusieurs situa*

40 ' OUSIVLTÉS

lions convenables (l) , il taut oo premier lieu les examiner ^par rapport à la ferlililé de la terre» et pour cet efièt, voir sirespace est grand et suffisant pour la eulture nécessaire à la subsistance d*une grande peuplade; la qualité du fond»

si gras ou maigre , si lerre douce ou pierreuse, si sec, humide ou sableux ; si le bon fonds a beaucoup d'épaisseur, et si le terroir qui peut se cullim est d'une grande étendue et à portée d'autres de pareilles qualités qui soit aussi de grande étendue.

2° La grandeur et Tépaisseur des bois, leur hauteur et la vivacité des écorces, si les arbres y croissent hauts et droits, pressés ou clairs, s'ilsse portent bien et s'il y en a de fruitiers; si les berbes sont grandes , dQuces, bonnes et épaisses^ car cela marque la fertilité^ de même que la couleur de la terre, si elle est brune, noire ou rousse, et que le sol soit profond comme d'un pied, un pied et demi, deux, trois à quatre pieds, etc., si avec cela il est entre sec et humide. Sûrement si les terres se trouvent de cette qualitéi elles seront bonnes et porteront bien du blé et des arbres.

3« Si la terre est haute ou basse , sujette à s'inonder ou à des avalanches, ou plate et sans écoulement, sèche ou maré- * cageuse.

A'' Si les chemins de trois , quatre , cinq, six à dix lieues à la ronde sont faciles à faire ; s'il y a beaucoup à' monter et descendre^ si le pays est entrecoupé de rivières , ruisseaux ' et ravins qni en-rendent les communications difficiles, et s'il

y aura beaucoup de pouls à bâtir.

5"* Si le territoire est coupé et entreniôlé de marai$ faciles . à dessécher, et s*il y a assez de pente pour cela.

' (1) Ce qu'on dira dans la suite pour une situation', se peut et doit appliquer à toutes les autres,

* DE VAUBAN. 4i ^

; 6« S'il y a des Ikm pfoprrâ à ùàn do gintndes prairies si iSs amsemèiits y seront ticiies; s'il y a des côteaox à qoel^ que distance de la place qui soient assez bteo exposés pour y pouvoir planter des vignes , et quelle est la qualité du fonds -, car s'il est bon , qu'il y ait de quoi faire de grandes campagnes de terres à blé, de grandes et bonnes prairies et 'des oôteaux bien tournés, dont le terrain soit pHriéleaMtouleux que gras , et par-dessus cela , si les bols dés ^éii^ni^ croissent hauts et droits et qu*ils soient de bonne qualité ; on aura tout ce qu'on peut espérer de mieux pour la fertilité du territoire.

Des bestiaiu.

Les bœufs, veaux, vaches, chevaux^ ânes, mulets, chèvres et moutons sont tous animaux nécessaires et qui vivent do môme pâture ; ainsi , si le terroir est bien herbu , que les herbes croissent bien partout dans leslieox secs et humidesi il ne sera plus question q[d6 d'en examiner la qiîalité, car si la terre prodoit do trèfle , comme ën nos pays ou d'autres herbes pareilles à celles que l'on fauche dans nos prés , sans doute elle sera bonne pour tous les bestiaux ^ et si avec cela le terroir est de nature à se pouvoir dessécher, il sera bon pour la brebiaille.

Examiner encore si les arbres sauvages portent des fruits propres aux bestiaux, notamment aux cochons qui sont ceux de tous les animaux qui s'accroissent le plus vite et qui ont les qualités les plus nécessaires au secours des colonies , à cause de leur prodigieuse fécondité. Le pays sera fort bon pour eux s'ils {leuvent fodlemènt fouiller et vermiller, si les

buis portent du gland, de ia faîne, des châtaignes, des pommes et poires sauvages» des merises, noisettes^ noix» .mures sauvages , seueUes et autres traits équivaleots abondamment ; si la terre porte des racines qui leur soient propres comme des fougères, échervis et plusieurs autres sortes de pâtures semblables dont ils s'accommodeut et nourris- ' ^nt très-bien.

Du commerce.

Examiner ce que le pays peut produire par lui-môme et les moyens qu'il a de le débiter^ et pour cet effet, voir si on peut faire quelque profit sur la péché et la chasse» par le hois» par le produit des fruits de la terre, soit en blé quand la terre

sera défrichée, pois, fèves, lentilles, etc., légumes, chanvres, navettes, colzas et autres grains propres aux teinturiers et à la nourriture des hommes; car ce sont toujours les marchandises les plus communes et qui sont le plus de débit. . Après cela» on peut jet^r les yeux sur tant de difiéreotes espèces de bois qui couvrent le pays, sur la pierre, les métaux, les minéraux et le cbarboo qu'on peut tirer des entrailles de la terre , sur la pelleterie et fourrures de toutes espèces, et généralement sur tout ce qui peut tomber dans le commerce des hommes*, bien entendu qu'il ne s'y faudra attacher qu'après que les colonies seront parfoitemei|t établies; et jamais autrement , parce que rien ne nuit tant à leur aec^roissement que le commerce éloigné, notamment quand il est aventuré, à cause que quantité de gens y périssent. Gomme la facilité des voitures est de l essence du commerce, examiner si ôn peut se placer près des rivières navigables,

pam qu'elles faciliteront beaucoup le transport des denrées, de même que les {myi de plaioea où le roulement des char* sera commode et praticable.

De la chuw et de li péclie.

Examiner s'il y a bien du gibier et de la venaison et quelle^ espèces» idem de la pôche et quelles sortes de poisaiMis; cela s'apprendra par les expériences qu'on en pourra faire et par le récit des naturels du pays , l'un et l'autre étant extrêmement nécessaires à la nourriture des colonies ne doivent pas être négligés.

Des matériam propret à lAtir.

Becberçher avec soin lescarrières de pierres de tailleet de moellon, faire expérience de la qualité de la pierre de taille :

si douce ou aigre et si elle se taille bien , si elle est de beau grain ; la facilité du tirage et du transport , sa distance à la situation^ rechercber aussi la pierre à cbaux,.en (aire essai et remarquer la distance à laquelle elle se trouve; si Tune et l'autre peuvent se tirer A ciel ouvert ou s*ll faut la chercher par des puits , ce dequoi il faudra se rendre bien certain , et surtout examiner si !a pierre de taille n'est point sujette à la gelée^ plus les qualités de la terre des environs qui peut être propre à faire de la brique et de la tuile, parçe que tout cela sera nécessaire à la construction des hkti*

moDts. Ëiaminer aussi les bois et si ceax qui croissent siir les lieux sont propres à bâtir, proches ou éloignés , et k quantité de ceux qu'on emploie dans les bfttiments plus vol*

sios et la situation.

Des métaux.

Examiner encore si dans les environs ou à quelque dis* tance de là , il se trouTerait des mines de fer et de charbon,

de plomb, d'étain, de cuivre et d'argent, mais notamment de fer et de plomb comme celles qui sont le plus nécessaires.

Des ceux.

Nulle peuplade ne peut se passer d'eaux» attendu que non seulement elles sont nécessaires au ixHre et manger des

hommes cl des bestiaux , mais elles le sont encore pour les moulins , pour toutes sortes d'usines, pour les arrosements des terres , pour la navigation , pour les étangs et pour la propreté. C'est pourquoi il faudra, autapt qu'il sera pos^ble» faire passer quelques bons ruisseaux par la situation choisie, capables de nettoyer les rues et faire tourner deux ou trois roues de moulins à la fois. Il faudra aussi , autant qu'on le pourra, se placer dans une fourche ou dans une rencontre de rivières , dont l'une au moins soit navigable et qju'elle se

joigne i plusieurs autres, ejt au-dessus et au-dessous, qui le

l)t VAl JiAN. 45

^soient aussi-, que si l'autre ne Test pas, elle puisse le devenir par industrîè. Remarquer si les eaux sout claires et nettes,

courantes et non 'croupissantes , attendu que si elles sont claires et courantes, l'air y sera bon et le poisson excellent. V 11 est d'une extrême conséqueDce de bien observer la qualité des eaux de fontaines qui» pour être bonnes et salubres, doivent être perpétuelles , abondantes , finiéties^y légères, insipides, coulantes sur le gravier et non tromès ni chargées de vases et de minéraux ; c'est ce qu'il faudra bien examiner, étant d'une nécessité infinie pour la santé que les eaux soient saines , parce qu'elles entrent dans le pain , dans le potage, dans la boisson et presque dans tous les aliments que nous prenons , où elles portent tout ce qu'elles ont do bon et de mauvais; c'est pourquoi je ne crains pas de le répéter et d'y ajouter que , comme il est d'une extrême conséquence qu'elles soient bonnes et bien saines , il faudra les bien choisir et les faire essayer de plusieurs manières , en Dure évaporer à plusieurs fois. Après toutes ces diligences, il faut encore, s*il est possible, q Quelles puissent se conduire par tous les dilTérenls endroits de la place, et qu'elles soient assez abondantes poui: . pouvoir fournira plusiejm^ fbnlaines. . \' •

Des fflontagaes et des vallées. . .

En s*étendant un peu plus avant dans le pays, on pourra

examiner la qualité des montagnes et des vallées, si elles sont fort élevées, raides, boisées ou cbauves, et séparées \m' dos rivières uu ruisseaux el par de larges et pruioudes

vallées; si les accès en sont nus, quels bois elles portent, s'il sera possible d'y faire des chemins, si les rampes en sont douces et capables de culture , si elles sont terrées et si les * sommets eu sont nus et dénués de toutes sortes de plantes;

si elles contiennent quelque qualité de pierre distinguée , comme du marbre et de quelle espèce, de la pierre de taille d'une finesse extraordinaire qui se polisse ou qui soit douce à la taiUe et dure à.^'orage^^ si elles ne renferment point quelques métaux et minéraus ; et, pour cet effet , rechercher dans les fentes des roche«^t ravins pour voir si^ on* n'y remarquera point de veines qui indiquent quelque chose de ces qualités, même du charbon de terre. -

Fortifi€ationt

Bien que le principal objet qu'on se propose dans rétablissement d'une coloniè ne soit pas toujours celui d'une place de guerre, il ne faut pas manquer de prendre les me- • sures nécessaires à sa sùrelé ; c'est toujoûrs la principale affaire et sur laquelle on doit le moins se négliger; c'est pourquoi il sera bon de prendre garde que la situation ne soit pas exposée à aucun commandement des environs qui ' l'approché à portée de canon; qu'il y ait, s'il est possible , peu d'espace à fermer pour l'environner, en y employant les fourches des rivières, quelques escarpements de rochers et tous les auti-es avantages qu'on pourra; observant que ÏH&k que la plus parfaite fortification soit toujours la plus régulière , ce n'est pas toujours la meilleure, mais souvent

DU, vAUfiA^'. 47

celle dont l'enceinte est la mieux appropriée an choix d*one situation avantageuse.

Il faudra entia voir si on ne pourrait pas accommoder la dite enceinte aux fîgures des rivières, parce que, pour l'ordinairOi elles n'obligent pas à de si grosses murailles, ou par des escarpements qui puissent épargner une partie de la solidité des remparts et des approfondissements des fossés, et bien remarquer que si la colonie qu'on veut établir est frontière de quelque pays qui puisse devenir nos ennemis, il en faudra davantage précautionner la fermeture.

Observer encore si le lieu qu'on veut choisir est à portée de quelques autres lieux habités qui nous .if)partiennent et que nous voulons peupler, et si les communications eu se- . ront faciles* '

Après toutes ces remarques bien et duement observées et toutes celles qu'on y voudra ajouter, il sera bon de faire des cartes bien particularisées des lieux où on voudra s'établir, et de les accompagner de mémoires bien détaillés qui expliquent nettement les propriétés du pays en général et dés situations en particulier avec toutes les observations remarquables , en sorte que le compte qu'on en rentlra si»it bien intelligible et puisse exposer le l'ait d'une manière sensible, claire et nette, et tellement circonstanciée qu'il n'y ait rien d'omis, s'il est possible.

ProTMons les phu néeecnins.

J^esUme qu'avant que d'envoyer reconnaître ces situations, la résolution du transport des colonies aura été prise, et qu'il nis s'agira que du choix de situation , et de les faire partir. Après ce compte rendu^«ux premières saisons convenables, y ayant apparence que pendant le temps employé à celte découverte , on aura travaillé aux apprêts dont nous circonstancicrons ici les plus nécessaires, entre lesquelles je mets : 1* pour une année ]de vivres qu'il faut se mettre devant les mains , pour en porter une partie avec soi el mettre l'antre en magasin et à portée d'être embarquée à la première occasion , et s'assurer d'autant pour la seconde année y même pour la troisième, car il ne faut pas manquer - devivres.

Faire aussi les provisions nécessaires de vin , ean-de-vie ,

d'esprit de vin , de bière , cidre et autres liqueurs plus nécessaires.

Emporter de toutes les graines et semences de jardins plus connues en gousses, pois , fèves^ lentilles , chenevis ou graine de chanvre, de lin et toutes autres espèces dépareille .nature, idem des blés, orge et avoine pour semer.

Faire provision de quantité do lard et des chairs salées, de beurre salé et fondu, plus , d'huile d'oUve, de noix et dé . navette.

Bes fromages durs de garde^ quelques poissons salés, do poivre, du sel et autres épiceries , et géuéralenient de tout ce qui peut couveairaux vivres.

ut. VAL BAN. 49

Matériaui nécesMires.

Faire provision de quantité de fer en iMirres plates , en

barreaux d'un pouce carré d'épais et d'un pouce cl domi à deux pouces carrés de gros, en verges pour lacloulerie, cl en gcosses plaques pour des socs de cliarrue, pour des fers de moulin et pour des ancres de bAlimentSy et de plu« sieurs autres espèces, pour fabriquer des outils de toutes sortes.

*^ Faire provision d'une bonne quantité d'acier bien cliuià pour acérer tous les outils qui en auront besoin.

Embarquer au moins une demi-douzaine de forges à maréchaux et simples forgeurs, garnies de soufflets, d'enclumes, de bigornes, marteaux de toutes espèces, lenailies, d'ccouettcs, d'étyux et d'augels, poinçons, CCI oiis, rte..

Aulaul de forges pour taillandiers , pareillement garnies de soufflets, enclumes, bigornes, marteaux, étaux, limes, émouloirsj etc.

Quatre ou cinq boutiques de serruriers {I } bien garnies de * tous les outils nécessaires à ce métier, et beaucoup depen- . tures, serrures el garnitures de portes toutes faites, telles qu'il s'en trouve à Paris, qui sont toutes prèles à monter. Pour le moins autant do boutiques d'armuriers et four-

(1) Ce qac r«ii appelle ici bauiiifue, se doit prendre pour la garuiliirc des oulîls nécessaires à chaque Diolicr biiupktuent. ^

01jl\LiL6 Uli N \Lli\.\. T. IV. 4

50 OISIVtTtS

biâ$euns, garoies du tous les outils qui leur sont nécessaires, et surtout de limes de toutes sortes et d'étaox.

Trente ou quarante boutiques de charpentiers, garnies de tous les outils et machines conveaables à leur métier, et notamment de cables , chèvres, vérins, poulies simples et de . retour, palans et triqueballes.

Autant de boutiques de charrons pareillement garnies de tous les oatils nécessaires et qui peuvent lenr foire besoin.

Douze ou quinze de menuisiers et tourneurs , garnies de même de tous les outils nécessaires qui sont presque infinis.

Vingt on trente de scieurs de long avec tons les outils ^ conyenàbles à leur métier, sans même oublier les chèyres/'

chevalels et poulies.

Faire provision de toutes les espèces d'outils nécessaires, au débit des bois et défrichement des terres , comme de bâches, scies> serpes, etc., pour les coupeurs de bois et bûcherons. .

De quantité de pioches simples et pioches doubles à téte, de hàches, de pics^ de boyaux, pics à roc, de pelles de fer ou escopes, fourches, louchets, feuilles de sauge, crocs, crochets, gros et menus crampons à deux pattes, cordages, cables, chèvres, cabestans.

Quantité d'outils de maçonnerie, comme pinces, mar* teaux têtus, marteaux à deux pointes, marteaux tranchants, bouchardes, équerres, plombs et niveaux, ciseaux, etc.

Quantité de scies pour les gros arbres, des aiguilles pour pétarder les rochers, quantité de tarières longues et courtes, de toutes grosseurs, pour fendre les gros, arbres noueux et diflBdles avec de la poudre.

DE VALBAN. 51

Trois on quatre mille planches de ix)is blanc (1) » grande quantité d'autres pour les bâtiments , même de petites maisons de bois en fagots toutes prêtes à monter.

Trois cents brouettes en fagots avec les roues et brancards, toutes faites, afin qu'elles soient plus promptes à achever quand on en aura besoin.

Un grand nombre de manches d'outils tout faits, quelques centaines de hottes et de paniers (2).

Je serais encore d'avis de faire provision de quatre ou de six meules de moulin avec les menus l»arnais luuL faits.

De l'équipage nécessaire à faire des scieries à l'eau et de tout ce qui peut en faciliter les façons.

Après cela et plusieurs autres choses qui peuvent être échappées à ma mémoire , dont il faudra faire un magasin bien rangé, il sera nécessaire de s'assurer de

30 ou 40 charpentiers par bataillon.

18 ou 20 charrons.

10 ou 12 scieurs de long.

8 ou 10 menuisiers et tourneurs.

10 ou 12 forgerons

10 ou 12 taillandiers.

6 ou 7 serruriers.

6 on 7 armuriers et fourbisseurs.

4 ou 5 cloutiers.

3 on 4 couteliers avec tous les outils nécessaires à leurs

boutiques.

5 ou6 briquctiers et tuiliers.

3 ou 4 cbaulQurniers.

(I) On en pourra faire sur les lieux.

(l) Ou en pourra faire sur les Heux, lacées de roseaux.

52 * OKSlVtlÉi

5 ou 6 laboureurs.

3àijardiniers.

8 à 10 Tendeurs pour des merrains à futaille et du bardeau ou esseaune.

8 à 10 tonneliers.

30 ou 40 maçons.

15 ou 5M) tailleurs de pierres avec tous les outils nécessaires.

8 à 10 couvreurs.

3 ou 4 meuniers ou garçons do moulin.

5 ou 6 boulangers.

2 ou 3 chaudronniers.

1 ou St drapiers.

5 ou 6 tailleurs.

5 ou 6 tisserands pour de la loile commune.

Quanlilé de gros draps pour des habiU à soldats, d'autres plus Gns pour les officiers, des serges ou autres étoffes pour des habits â*été, ou encore mieux des boutiques entières de marchands en détail , garnies de toutes sortes de toiles , grosses et déliées, de grosses et petites étoiles, de rubans , galons de soie, d'or et d'argent, de quantité de lias de drap et de laine faits à l'aiguiile, de soie , de guêtres de coutil; des chapeaux, des souliers, du fil et de la soie torse, des dés, des aiguilles à coudre de toutes sortes, de fil retors, de gros et petits ciseaux, et généralement de tout ce qui peut ôtre nécessaire à la couture.

Faire amas de chaudrons , chaudières et marmites de fer, de cuivre, de cuillers à pot, de poêles, de poêlons, tourtières, broches, lèchefrites, vaisselle d'étain, etc.

Avoir soin que les officiers et les soldats qu'on mènera soient tous pourvus de tous les nieu!)Ies et ustensiles de chambre et de cuisine qui leur seront uéccsi>aii-ei. Outre

quoi , porlor quantité do marniLes de fer et de cuivre , tant pour rhûpilai que pour .snl)vciiir aux besoins des particuliers, et par-dessus cela, foire grande provision de polerieii de terre et de faïence de toutes sortes , et établir ensuite des tuileries et poteries de terre le plus tôt qu'on po irra , pour qu'on ne manque ni de l'un ni de l'autre; car c'est de ce qu'on aura le plus de besoin dans les commencements.

Il faudra aussi se pourvoir de vaisselle d'étain pour ceux qui seront les plus aisés. Dans les commencements, les marmites de terre, les plats de même et les gamelles , écuelles de bois et assiettes seront d'un grand usage et la chair frugale; mais les colonies ne s'en porteront pas moins bien, et celte simplicité de vivres et de meubles est ce qui fera leur plus grand bonheur.

Bien que les gens de métier ci-dessus et tons les outils demandés soient très-nécessaires, il faudra, par préférence, donner ordre à ce que tous les outils qui doivent servir aux bâtiments et aux défrichements des terres soient aboodants et ne manquent pas; car c'est de quoi les bataillons seront le plus occupés dans les premiers temps qu^ls demeureront en ce pays-là.

Il faudra aussi s'assurer d'un bon médecin ou deux, d'un apothicaire et d'une apolhicairerie par bataillon avec les chirurgiens des corps, car il ne faut pas douter que dans les commencements, il n'y tombe quantité de maladies; et c'est à quoi il faut prévoir par se munir des remèdes nécessaires et propres au pays. Outre co, mon avis est d'établir de bonnes corresi>ondances à la Rochelle , à Rouen , à Bordeaux, à Nantes, si c'est en Amérique que sont les grosses villes qui ont le plus de commerce en ces pays-là , pour en pouvoir tirer ce qui sera ùécessaire , tant pour les vivres que pour les autres besoins do la colonie.

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Cela uno lois bien disposé eî emharciué, il n'y aura qu'à prendre le lomps pour pouvoir arriver au commencement de la belle saison , afin que les bataillons puissent avoir ]e temps de se bien huter pour Thlver, et Tété , bâtir des ma-* gasins pour mettre Jes munitions à couvert, se bien retrancher et faire du bois pour leur hiver. J'estime môme que pour pouvoir s'établir avec plus de commodité, il sera à propos de faire nettoyer et défricher les situations choisies par les gens du pays ou par quelque autre détachement qu'on enverra à l'avance pour aplanir les lieux, tracer le camp et* le retranchement, abattre des bois un an ou deux à l'avance, aQn qu'on ne soit pas obligé de les employer tout verds ; observant qu'il sera nécessaire que les bataillons portent leurs tentes pour s'efi servir Jusqu'à ce que leurs buttes soient faites et en état de s'y loger.

Je n'ai encore rien dit des munitions de guerre, mate mon intention n'est nas de les oublier; bien au contraire, je voudrais porter quantité de petites pièces de fer de trois <^,qnatre ^livres de balle , cent boulets par pièce , beaucoup d'armes de rechânge, piresque le double de ce que les troupes en ont, des affûts, quelques grenades, quantité de bons fusils de réserve, vingt milliers de poudre à canon et à giboyer par bataillon, beaucoup de plomb en balles et en dragées pour la chasse; et après cela, des hallebardes, spontons» . épées, baïonnettes» une très grande quantité de pierres à fusil et beaucoup de canons et de platines non montés, des. chaînes, cables et cordages de toutes espèces, et surtout quantité de ficelle , de gros fil , de grosse toile pour des sacs et plusieurs menus cordages ^ bref, tout ce qui peut fournir • un magasin militaire, médiocre» mais bien garni. ' .: , 'Avec de tels préparatifs ^u approchant» je ne doute pas ' qu'en peu de tempi; on ne pût établir de b^es et grandes

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peuplades ea ces pays-là , qui, avec un peu de soin et de conduite, deviendraient de Ixinnes yillee en peu de temps et pourraient donner commencement à de nouyelies dominations > qui , sans faire tort à personne, procureraient peu

à peu à nos rois de grands accroissemenU d hommes, de biens et d'honneur.

Au surplus, bien que tout ce qui est ici particularisé et • plusieurs antres choses que Je puis avoir omises soient nécessaires à rétablissement des colonies, il y ena pluneurs qui pressent moins les unes que les autres , et d'autres qui pourront se trouver au pays; quoiqu'en petite quantité, elles ne laisseront pas d'être d'un grand secours.

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