‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 76 sur 81 · M COURSE ET LES PBIVILËGES · texte numérisé non relu

M COURSE ET LES PBIVILËGES

Dont elle a besoin pour se pouvoir établir, les moyens de la faire avec succès sans hasarder d'affaires générales, et sans qu'il en puisse coûter que très peu de chose à Sa Majesté.

' ^ ' (30 novembre 1695). .

La France, considérée par la situation où elle se trouve, et par l*état présent de ses affaires, a pour ennemis déclarés

(I)Ce mémoire est tire comme le précédent, de la collection de Caligny, et du nombre des mémoires qui composaient le tome deuxième des Oii^ivetés.

TAUemagne, et toutes les puissances qu'elle renferme, TEspagne et tous les pays de sa dépendance en Europe, Asie, Afrique et Amérique, le duc de Savoie, TAngleterre, TEcosse, rirlande et toutes les colonies qui leur appartiennent, aux Indes Orientales et Occidentales, la Hollande, et tout ce qui dépend d'elle dans les quatre parties du monde où elle a de grands établissements; pour ennemis non déclarés, mais indirects et envieux de sa grandeur , le Danemarck, la Suède, la Pologne, le Portugal, les Vénitiens, les Génois, et une partie des Suisses , qui tous favorisent ses ennemis sous main, parles troupes qu'ils leur vendent, par l'argent qu'ils leur prêtent et par leur commerce qu'ils protègent et mettent à couvert ; pour amis tièdes, inutiles ou impuissants, le pape indifférent , le roi d'Angleterre chassé de ses états; le grand duc de Toscane, les ducs de Mantoue, de Modène , de Parme, et l'autre partie des Suisses, les Uns fondus dans la mollesse d'une longue paix, et les autres peu affectionnés; pour ami utile et d'intérêt, le grand Seigneur seul, qui ne l'est que par hasard, et parce que de soa côté il s'est trouvé engagé dans une guerre qui lui donne les mômes ennemis que nous à combattre. Si après cela on se donne la peine d'examiner la puissance de tous les états ligués contre nous, on trouvera que leurs forces sont formidables par rapport aux nôtres, qu'elles les doublent et surpassent de beaucoup, et que si nous leur avons résisté des 7 ou 8 années, et môme fait des progrès considérables sur eux, ce n'a été que par la bonne conduite du roi et en faisant des efforts extraordinaires qui, venant à s'épuiser, pourraient lui ôter peu à peu le moyen de les soutenir avec toute la hauteur du passé, et môme le réduire a une fâcheuse défensive, par terre et par mer, qui, quoique vigoureuse et respecUble, aura besoin d'un grand bonheur

et de beaacoiip d*indu8trie, poar se tim d'affaire et se pouvoir longtemps aoulenir contie Untet de si puissants ennemis, qui de leur côté, s'apercevant que nous faiblissons, redoubleront leurs efforts et continueront à s'éloigner de la paix. Je ne prétends pas parier ^e 1« défensi?edi terre, ce n'en est pas ici le lien» et k roi m^^um |Mrti* cuUères de ce côté-là, sur lesquelles Sa M^yesté peut former différents desseins, mais bien de celle que nous pouvons feire par mer, qui paraisse presque la seule d'où Ton ose se promeitre quelquç avantage, eu ^md à Ja «itu^Uoni^ sente des affaires. . . . ^ ^

Il n'est pas besoin d'être on grand ctoe iKNir ttitoir qosi les Anglais et Hollandais sontjes principaux arcs boutants de la ligue ; qu'ils la soutiennent par la guerre qu'ils nous font conjointement avec les autres puissances intéressées, et qu'ils la fomentent sans cesse par Targent qu'ils distribuent annuellement au duc de Savoie, aux princes d'AUemegoé et aux autres alliés : car les Espagnols, non plus que l'empereur, n'y contribuent que de leur crédit, de leur pays et détours tooupes; cela est évident, tout le monde le sait; les autres alOés n'y tiennent que par les pensions qu'ils en tirent^ / par le gain qu'ils font sur la grosse paye de leurs troupes, ife parce qu'ils y sont en quelque façon contraints par k tt^ ■ dité du torrent qui les entraine. Ainsi la France doit considérer les Anglais et les Hollandais comme ses véritables eanemis, qui, non contents de la guerroyer ouvertement et à toute outrance par terre et par mer, lui suscitent tousiifti antrés ennemis qu'ils peuvent par le moyen détour ammt ^ Or cet argent ne vient pas de leur pays, noua sa^ns qui! n'y a que celui que teçommerce y attire; il ne provient pas non plus des fruits que la terre y produit, elle n'en rapporte que peu, et ce peu ne va pas j u^qu'à leur fournjr ie »^^- .

saire à la vie, tels que sont les bléS; les vins, les eaux-de-vie,

les sels, les huiles, les chanvres, les toiles, les bois et mille autres sortes de denrées qui abondent dans le nôtre. Cependant toutes ces marchandises et plusieurs autres qui s'y fabriquent y abondent tellement qu'ils en fournissent jusqu'aux parties les plus reculées de la terre, d'où ils rapportent en échange une infînité d'argent et d'autres marchandises précieuses qu'ils répandent avec grand profit par toute l'Europe, ce qui se fait presque tout par mer, et très-peu par terre \ car c'est par là qu'ils l'ont établi et qu'ils le soutiennent dans toutes les parties habitées de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, où ces nations l'exercent avec toute l'intelligence et l'habileté possible, par le moyen de la prodigieuse quantité de vaisseaux qui vont et viennent continuellement de chez eux dans toutes les parties du monde, où ils ont des comptoirs établis pour toutes sortes de marchandises, au moyen desquelles ils se sont rendus les maîtres et dispensateurs de l'argent le plus comptant de rEurope,dont la meilleure partie et la plus considérable leur demeure bien sûrement entre les mains, ce qui fait toute leur abondance, et fournit aux moyens de nous continuer la guerre. C'est en un mot de là que vient tout le mal que nous souffrons, et c'est ce mal qu'il faut combattre, et contre lequel il faut employer toute la force et l'industrie possible, mais d'une manière intelligente et capable de le pousser à bout; ce qui arrivera dans peu, si, après avoir bien reconnu nos avantages et les moyens d'en profiter, on prend sur cela un parti convenable qui ne se trouve point dans la guerre de terre. Elle ne saurait faire cet effet, car bien que nos armées aient souveut triomphé des leurs, les succès n'ont point donné d'atteinte à leur commerce, parce qu'ils en font peu par terrC; et que ce peu est hors de notre portée. Ce ne

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sera point par la guerre de mer en &kps d'aimées, va que quelques eflbrts que nous ayons pu fàire j usqu'à présent, les

forces qu'ils nous ont opposées ont toujours été égales ou supérieures aux nôtres, et pour cela leur commerce n*a pas laissé d'aller son train. Ce ne sera point non plus par nos conquêtes, puisque nous sommes réduits à la deffensive» heureux si nous pouvons empêcher qu'ils il^in fissent sur nous. Ce ne sera point encore par la dévastation et par le dé> gàt que nous pouvons faire chez eux, puisque cela ne pourrait tomber sur les Anglais et Hollandais, dont les pays sont hors de notre portée, pas môme sur ceux de Tempereur, ni sur ceux de la plupart des princes d'Allemagne. Cette peu$ donc être que par la course qui est une guerre de iher subtile et dérobée, dont les coups seront d'autant plus à craindre pour eux qu'ils vont droit à leur couper le nerf de la guerre , ce qui nous doit être inûniment avantageux, puisque d'un c6té il est impossible qu'ils puissent éviter U ruine de leur commerce (1), que par des firaîs immenses qui les épuiseront sans yjpouvoir que;très<faiblement remédier, et que d'autre ils ne pourront nous rendre la pareille, puisque nous n'en avons que peu ou point d'étranger, qu'il est môme à propos de négliger pour un temps, pour faciliter ladite course l'utilité qui peut revenir de ce commerce, n'étant en

(1) L'année 1684, 1^ roi ayant guerre avec les Gfr.ois,SaMa« jesté prêta ses vaisseaux, gratis, à ses c£ciers de munoe qui ea armèrent 40, tant grands que petits, au moyeu desqueb ils leur prirent, brûlèrent ou coulèrent & fond 300 bÂIiments en six mois de temps, ce qui les obligea h venir demander la paix, à qua It bombardement n'aurait pvi les réduire.

0IS1V£T£S DE VAUBA2«. T. lY. It

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