‹ Okanda, Bangouens, OsyébaChapitre 23 sur 45 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Dans l'expédition qu'entre(ireni]ent en ce moment i\IM. de Brazza et ses compagnons, ils ont demandé un terrain d'exploration périlleux entre tous. Je l'ai dit et répété dans ces deux volumes, et je ne crains d'être démenti par personne au monde, l'Afrique éqnatoriale est à juste titre réputée l'un des climats les plus meurtriers qui soient sur la terre : mon pauvre ami A. Marche est à peine remis des maladies qu'il a contractées durant notre voyage. De plus, il faudra, selon toute probabilité, se frayer un chemin avec ces cannibales osyéba qui seront encore exaspérés par la lutte qu'ils ont soutenue contre nous, et exaltés par leur triomphe, et il faudra toute l'intrépidité de nos quatre compatriotes et de leur vingt tirailleurs sénégalais pour triompher de ces sauvages au milieu des rapides de l'Ogooué.

Tel est le danger; quant à l'importance à la fois scientifique et patriotique de cette expédition, je crois l'avoir assez démontrée pour ne pas y revenir. Il faut qu'elle soit bien grande, du reste, pour que le ministère de la marine n'ait pas hésité à accepter le dévouement de M\î. de Brazza et Marche et de leurs deux compagnons, à leur confier une compagnie de tirailleurs sénégalais et à prendre à sa charge tous les frais du voyage. Ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous suivre jusqu'ici nous sauront sans doute gré de leur donner quelques détails sur cette

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nouvelle entreprise qui va reprendre où nous l'avons laissée l'œuvre commencée par nous et qui, profitant de l'expérience que nous avons si chèrement acquise, dirigée par des hommes courageux et disposant de ressources que nous étions loin d'avoir, produira sans doute des résultats dont la France aura le droit d'être fière.

Le chef de l'expédition, M. Savorgnan de Brazza, appartient par sa naissance à une des plus anciennes familles de Rome ; par suite de circonstances qu'il serait trop long de raconter ici, il a passé les examens de l'école navale et est entré au service de notre marine. Depuis sa sortie de l'école, il avait conçu le projet d'explorer les régions encore inconnues de l'Afrique; vers la fin de 1873 il vint au Gabon en qualité d'aspirant de première classe, il était alors à bord de la Vénus j, commandée par l'amiral du Quilio ; il comprit tout de suite l'importance que présentait l'Ogooué, et les chances favorables que ce grand fleuve offrait aux explorateurs pour pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique équatoriale. Nous venions à cette époque, Marche et moi, de quitter Adanlinanlango pour le pays des Okanda ; M. de Brazza, qui avait d'abord demandé la permission d'aller nous rejoindre, comprit qu'il était trop tard, et se réserva pour prendre notre succession. A peine étions-nous de retour, Brazza, après s'être concerté avec nous, adressa au ministère de la ma-

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rine une demande pour être envoyé en mission officielle dans l'Ogooué. Dire les difficultés qu'il eut à surmonter pour organiser son expédition serait trop long.

Vers le mois de février de celte année, présumant trop de mes forces, j'avais moi-même commencé à préparer en compîignie de Marche un voyage parallèle à celui de Brazza; partant de l'extrémité sud du lac Z'Onangué, nous devions par la voie de terre nous enfoncer vers le sud-est et gagner le Congo au-dessus de son embouchure avec le Zaïre , c'està-dire au-dessus des régions habitées par les Sundi et les autres tribus hostiles aux blancs. Au commencement d'avril j'eus une rechute assez grave d'une maladie de foie; les médecins m'interdirent formellement un nouveau voyage dans l'Afrique équatoriale, et la Société de géographie elle-même refusa de me prêter son concours dans ces conditions. Je dus donc renoncer pour le moment à mettre mon projet à exécution; M. de Brazza en profita pour s'adjoindre Marche, qui fut officiellement attaché à l'expédition en qualité de naturaliste, aux appointements de six mille francs. Il est inutile de dire que l'énergie à toute épreuve de Marche, et sa connaissance du mpongwé et d'une partie des pays à explorer, rendent son concours infiniment précieux

Son Excellence M. le ministre de la marine, qui n'a cessé de mettre tout en œuvre pour faciliter à

Brazza la mise à exécution de sa difficile entreprise, mita sa disposition i/ingt tirailleurs sénégalais ou lapfots, tousmusulmans, conduits par un de leurs meilleurs sous-officiers, et recevant aux frais du goiiveinement une assez belle solde de campagne; de plus, il donna des ordres au Gabon pour que l'on commençât immédiatement la construction de grandes pirogues destinées à transporter M. de Brazza, ses compagnons, ses hommes et tout son matériel de campagne. D'après les règlements en usage, toute expédition de ce genre doit être accompagnée d'un chirurgien de la marine; M. de Brazza avait reçu de très-nombreuses demandes : il arrêta son choix sur un tout jeune homme, M. Balley, qui lui parut réunir toutes les conditions nécessaires d'énergie, d'instruction, de patience et de santé. Ensuite, Al. de Brazza demanda et obtint l'autorisation du ministère pour emmener un quartier-maître qu'il avait connu à bord de la Vénus j et dont il avait eu occasion d'apprécier le dévouement et l'intelligence. Enfin, nos lecteurs apprendront avec plaisir que le fidèle Chico, r&tenu et engagé depuis trois mois, vit grassement à bord de la Cordelière aux frais de l'Etat et attend le moment de commencer son second voyage dans rOkanda. Vers la fin d'avril, M. de Brazza fut naturalisé Français et nommé enseigne de vaisseau. Maintenant que nos lecteurs connaissent \e personnel de l'expédition , nous allons donner quelques

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