LIVRE II, CHAPITRE III
cents hommes de son infanterie , et avec ces hommes et nos chevaux nous marchâmes à l’ennemi. Quand nous approchâmes de l’endroit où sa cavalerie était postée , nous nous remîmes avec mes escadrons à la poursuite de deux ou trois escadrons ennemis, qui se retirèrent dans un petit village au bas de la montagne. Remontant la hauteur, nous vîmes alors audessous de nous , à environ un quart de mille , un régiment d’infanterie , puis un autre , puis le régiment du marquis de Newcastle ; en tout environ cinquante drapeaux d’infanterie et un corps considérable de cavalerie ; — c’était bien l’armée de Newcastle. Son arrivée si inattendue nous fit tenir conseil de nouveau. Lord Willoughby et moi, étant dans la ville, nous convînmes de rappeler notre infanterie. Je sortis pour délivrer cette dernière qui se trouvait fort exposée ; mais , avant mon arrivée , plusieurs de nos fantassins étaient engagés; l’ennemi avançait avec toutes ses forces. Notre infanterie se retira en désordre avec quelque perte et regagna la ville , où nous sommes maintenant. Notre cavalerie eut aussi peine à se tirer d’affaire ; les hommes et les chevaux étaient fatigués d’un long combat ; cependant ils firent face à la cavalerie fraîche de l’ennemi , et par plusieurs mouvements ils se dégagèrent sans perdre un homme, l’ennemi suivant leur arrière-garde.
« L’honneur de cette retraite est dû à Dieu , ainsi
78 CROMWELL, HOMME DE GtïBRRE ET CHEF DE PARTI.
que tout le reste. Le major Whalley s’est comporté avec le courage qui convient a un gentilhomme et à un chrétien. Vous avez le rapport véridique du combat, aussi bref que je l’ai pu. Il reste à présent à considérer ce que vous devez faire en cette circonstance. Que le Seigneur vous inspire ce qu’il faut faire.
« Messieurs , je suis votre fidèle serviteur
Olivier Cromwell est satisfait , et ce double élément de Bible et de guerre semble merveilleusement lui convenir. L’œil fixé sur le Seigneur , « il sabre , il fait carnage , il travaille de l’épée et du pistolet pendant un joli espace de temps ; » c’est évidemment un personnage avec lequel il ne faut pas plaisanter. Pour quiconque n’est pas calviniste pur , il est sans pitié , et n’a pas une larme pour ce pauvre Cavendish , gentilhomme de vingt-trois ans, aimable, accompli, que tous les cavaliers et les poètes pleurèrent, et qui tomba dans cette fondrière, percé à mort d’une grande épée puritaine. Déjà se réunissent autour du fermier de Saint-Yves les plus terribles troupiers bibliques, les ironsides ou « poitrines d’airain *, » qui formèrent plus tard sa vieille garde. Ce sont gens qui ne plaisantent pas plus que leur chef; la force morale sou-
* Littéralement : côtes de fer. Voyez Bâtes, Elenchus Motuum.