‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 103 sur 257 · LIVRE II, CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE ni

tient en eux la vigueur du corps. « Il n’y en a pas un, dit le journaliste contemporain Yicars , qui boive , paillarde ou pille. Celui qui jure paye une amende de douze pence. » Cromwell est le maître de ces hommes.

Il est vrai qu’il est quelquefois très-mal à son aise. On laisse ses soldats puritains sans souliers et sans nourriture ; on le laisse lui-même sans argent et sans vivres ; il y a dépensé le plus clair de son revenu, et il écrit à son cousin Saint-John , la lanterne sourde , cette lettre qui ressemble un peu au hurlement sourd d’un sanglier blessé :

A mon bon ami, Olivier Saint-John , écuyer, à Lincoln' s Inn , ces présentes.

« Boston, Il septembre 1643.

« De tous les hommes , vous êtes celui que je voudrais le moins importuner au sujet d’affaires d’argent, si la profonde détresse otj sont mes troupes ne me pressait pas au delà de toute mesure. Ou me néglige excessivement!

« Me voici prêt à marcher contre l’ennemi. Il s’est retranché vis-à-vis de Hull , parce que lord Newcastle a mis le siège devant la ville. Une grande partie des troupes de lord Manchester est venue mejoindre ; ce sont de mauvais soldats, mutins, et auxquels il n’y a pas

à se fier ; ceux-là sont approvisionnés, à une semaine près ; rien n’est pourvu pour l’entretien des miens , excepté les faibles ressources des séquestres du comté de Huntingdon! — Mes troupes augmentent. J’ai une admirable compagnie ; des hommes que vous estimeriez si vous les connaissiez. Pas d’anabaptistes; ce sont d’honnêtes et sages chrétiens ; ils s’attendent à être traités comme des hommes !

« Si je prenais plaisir à écrire au parlement avec amertume , j’en aurais sujet. Des trois mille livres (soixante-quinze mille francs) qui m’ont été allouées, je ne puis obtenir le contingent du Norfolk ni celui de l’Hertfordshire : on les avait dissipés avant mon allocation. — Je me suis occupé de votre service jusqu’à en oublier les besoins de mes propres soldats. Je ne veux pas parler de moi, mais je possède peu d’argent pour secourir mes hommes. Ma fortune est minime. Je vous déclare que l’affaire de l’Irlande et de l’Angleterre m’a coûté en argent de onze à douze cents livres (de vingt-sept à trente mille francs). — C’est pourquoi mon trésor privé ne peut plus aider de beaucoup le trésor public. Vous avez eu mon argent; j’espère en Dieu et je veux y risquer ma peau. Les miens pensent de même. Chargez de fardeaux leur patience , mais ne la brisez pas ! Pensez à ce qu’il faut pour nous être d’un secours réel. Je crois qu’il est dû cinq mille livres (cent vingt-cinq mille francs).

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