LIVRE II, CHAPITRE IV
ches, errant des mois entiers comme un bohème dans son royaume insurgé, tantôt passant la nuit sous un hangar, tantôt déguisé « en groom •> après une défaite , soutenait , avec un front calme et une résignation qu’on n’admire pas assez , cette triste fortune. Tour à tour Winchester et Bristol tombaient aux mains de Cromwell, qui rendait compte au parlement dans les modestes lettres que voici de cette importante capture :
A l’honorable William Lent hall speaker {président ) de la chambre des communes du parlement, ceci.
« Winchester, 9 septembre 1646.
« Monsieur ,
« Jesuis venu devant Winchester le jour du Seigneur, 8 septembre, avec le colonel Pickering , ayant sous ses ordres son propre régiment et ceux du colonel Montague et de sir Hardness Waller. Après quelque opposition de la part du gouverneur, nous sommes entrés dans la ville. J’ai sommé le château de se rendre ; ayant éprouvé un refus , nous avons commencé à dresser nos batteries , et quelques-uns de nos canons n’étant pas en état , nous n’avons été prêts que le vendredi suivant. Quand nous eûmes complété une batterie de six canons , nous tirâmes une volée et j’en-
voyai une nouvelle sommation , laquelle fut encore sans effet. Sur quoi nous continuâmes un feu nourri, et fîmes une brèche dans la muraille près de la Tour Noire. Après environ deux cents coups de canon , nous jugeâmes la brèche praticable , et nous nous proposâmes de commencer l’assaut le lundi au matin. Dimanche, vers dix heures du soir, le gouverneur demanda à parlementer et à traiter. J’y consentis et je lui envoyai le colonel Hamond et le major Harrison qui convinrent avec lui des articles ci-inclus.
« Monsieur , cette affaire est une nouvelle grâce divine. Vous voyez que Dieu ne se lasse pas de vous protéger : j’avoue, monsieur que sa faveur envers vous est aussi évidente quand il s’empare des cœurs de vos ennemis et les force à vous céder des places fortes , que lorsqu’il donne à vos soldats le courage de surmonter de terribles difficultés. 11 faut ici grandement reconnaître sa bonté, car le château avait une bonne garnison de six cent quatre-vingts hommes de cavalerie et d’infanterie ; il renfermait près de deux cents gentilshommes , officiers et leurs domestiques, bien avitaillés, avec quinze mille livres de fromage, une grande quantité de blé et de bière, près de vingt barils de poudre , et sept bouches à feu. Les ouvrages étaient en excellente condition et très-forts , et il est très-probable que nous n’aurions pu le prendre d’assaut qu’en répandant beaucoup de sang. Nous n’avons pas perdu douze