LIVRE II, CHAPITRE V
« Qu’il était venu dans Basing-House le mardi 14 octobre 1645 ; — qu’il avait examiné d’abord les ouvrages, qui étaient nombreux, la circonvallation ayant au delà d’un mille de tour. La vieille maison était restée (d’après ce que l’on rapporte) pendant deux ou trois cents ans un nid , un repaire d’idolâtrie ; la nouvelle maison était supérieure à l’autre en beauté et en magnificence , et toutes les deux dignes de recevoir la cour d’un empereur.
« 11 paraît qu’avant l’assaut les appartements, dans les deux maisons, étaient tous entièrement meublés ; elles renfermaient des provisions pour des années plutôt que pour des mois. Quatre cents quarters de froment ( trois mille deux cents boisseaux) , plusieurs chambres pleines de lard , chacune en contenant des flèches par centaines , du fromage en proportion , et de la farine d’orge , du bœuf , du porc ; plusieurs celliers remplis de bière, et de la meilleure. » — M. Peters l’avait goûtée.
« Dans une chambre, un lit complet qui coûtait treize cents livres (trente-deux mille cinq cents francs). Beaucoup de livres papistes , des chapes et autres ornements. En vérité, la maison était dans toute sa gloire, et l’ennemi était persuadé que c’était le dernier endroit que le parlement pourrait prendre, parce qu’il avait souvent résisté aux forces que nous y avions envoyées précédemment. Dans les diverses
chambres et dans toute la maison , il y eut soixantequatorze hommes de tués et une seule femme , la fille du docteur Griffiths; par ses injures, la pauvre dame avait exaspéré nos soldats, déjà échauffés de l’action. — Là restèrent étendus morts le major Cuffle , homme d’une grande importance parmi eux et célèbre papiste ; il fut tué par les mains du major Harrisson , cet homme pieux et vaillant; » — (c’est le boucher Harrisson) — « et Robinson l’acteur, que l’on avait vu un peu avant l’assaut parodier le parlement et notre année et les tourner en ridicule. Huit ou neuf dames de rang, qui fuyaient ensemble, furent traitées un peu grossièrement par la soldatesque, cependant pas malhonnêtement, si l’on considère le feu de l’action.
« Les soldats continuèrent le pillage jusqu’au mardi soir ; un soldat eut pour sa part cent vingt pièces d’or; d’autres de l’argenterie , d’autres des bijoux ; — un dans le nombre, resta maître de trois sacs d’argent; faute d’avoir su garder le secret , son butin retomba dans le pillage général , et il n’eut à la fin qu’une demi-couronne pour sa part. — Les soldats vendirent le blé aux paysans , et ils maintinrent assez bien les prix pendant quelque temps , mais ensuite le marché faiblit , et la hâte fit baisser la marchandise. Après cela, ils disposèrent des meubles, enlevèrent les tabourets , les chaises et les tables , et les vendirent en bloc aux gens de la campagne.