‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 127 sur 257 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

trional du protestantisme armé et la monarchie de Richelieu : on s’est trompé. Charles I er fut une victime, non un coupable.

Ce n’était pas à lui qu’on en voulait, mais à la chevalerie et au papisme; le 11 février 1647, Fairfax luimême , rencontrant , sur la route de Holmby , le roi que les Écossais venaient de livrer, « descendit de cheval 1 , dit Whitlocke, baisa la main royale, remonta ensuite , et fit route avec lui en causant très-respectueusement. »

Charles I er , qui lisait l’Astrée avec tant de bonheur dans sa jeunesse , et qui pendant sa vie en a toujours pratiqué les maximes romanesques , une fois livré à ses ennemis par les puritains écossais peu sensibles à sa chevaleresque démarche , ne fait plus que languir et se traîner de fuite en fuite , et de douleur en douleur, jusqu’à l’échafaud qui l’attend. La cause de Cromwell et du protestantisme triomphe , non sans apporter ses embarras et ses misères. Quel protestantisme dominera? Celui qui détruit une portion du christianisme, ou celui qui le détruit tout entier? Celui qui impose un certain dogme général et fait de la communauté religieuse « une plate-forme , » selon la phrase du temps ? ou bien celui qui , plus fidèle à son principe d’examen , en fait un domaine accidenté,

* Whillocke, pag. 242.

établissant radicalement la liberté de l’homme, et permettant à sa pensée d’être luthérienne , brownienne, schismatique, érastienne, même socinienne? Que faire? Comment arrêter ou servir ce développement naturel du principe calviniste? L’âme de Cromwell est triste et retombe dans ses ténèbres mélancoliques. Les communes, préférant l’ordre à la liberté, penchent vers le protestantisme uniforme , le presbytéranisme. L’armée , qui a vécu d’une vie indépendante et biblique , réclame la liberté indéfinie de l’examen religieux ; entre l’armée et les communes , la guerre éclate. « Jamais, écrit Cromwell à Fairfax, les cœurs des hommes ne furent remplis de plus d’amertume ; mais , certes , le démon n’a qu’un temps : monsieur, il est bon que l’âme s’affermisse contre ces choses. La nue simplicité du Christ en viendra à bout au moyen de la raison et de la patience qu’il lui plaît d’accorder. » A ce curieux petit billet daté de 1646, et qui ne laisse pas douter de sa persistance dans la dévote ferveur de ses premières années, il ajoute cet étrange post-scriptum : « Le jour de vigile-jeûne , on a posté deux cents hommes de cavalerie et d’infanterie dans Covent- Garden , pour nous empêcher, « nous autres « soldats (us soldiers ), » de couper le cou des presbytériens. Voilà de beaux tours que l’on joue à Dieu ! »

Cromwell s’est incorporé à l’armée dont il est le

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