LIVRE II, CHAPITRE VI
« En outre , comme il m’est dû une solde arriérée de près de mille cinq cents livres sterling , à titre de lieutenant général , ainsi qu’une somme plus considérable à titre de gouverneur de l’île d’Ely , je remets et tiens quitte l’État de tout payement à opérer pour cette cause , et le reconnais par ces présentes libéré de toute dette à mon égard.
Tout en soignant ainsi les intérêts de sa gloire et de son ambition et en calmant les jalousies par cette prudente générosité , il marie fort bien ses deux autres filles ( two little wenches ), Marie et Françoise, et ce pauvre Richard , qui n’aimait pas la poudre à canon et devait occuper un mois le trône paternel. Les dix lettres relatives au contrat de mariage montrent Cromwell , comme toujours , avisé , prévoyant , clairvoyant quant à ses affaires personnelles; elles occupent vingt pages d’écriture fort serrée et n’éclaircissent en rien le mouvement historique.
Le parti modéré de l’ordre presbytérien, voulant reprendre le dessus , fait un dernier .effort qui contraint Cromwell à quitter Londres, et à endosser le harnais de nouveau. La bataille de Preston lui assure la victoire définitive; l’armée biblique est maîtresse. Tout plie, tout cède; les Écossais eux-mêmes, qui se sont révoltés contre les indépendants, écoutent
avec plaisir les sermons du révérend Stapylton , qui leur prêche l’indépendance de l’examen. « Pendant que nous minions le château , dit Cromwell , M. Stapylton prêchait, et les auditeurs témoignaient leur satisfaction par des gémissements , selon leur manière nationale ( in their usual way of groans ). >*
Donnons ici les bulletins de Cromwell ; ils respirent l’activité, l'ardeur, et comme l’ivresse delà vengeance et de la victoire :
A l’honorable William Lenthall, écuyer, speaker de la chambre des communes, ces lettres.
■ Devant Pembroke, 14 juin 1648.
« Monsieur ,
« Tout ce que vous pouvez attendre d’ici , c’est un rapport sur l’état de la garnison de Pembroke. Le voici brièvement :
« Ils commencent à être dans un besoin extrême de vivres, tellement qu’ils ne peuvent passer quinze jours sans aVoir une famine complète. Nous apprenons qu’il y a environ trois jours ils se sont mutinés , et qu’ils ont crié : « Faut-il que nous périssions pour le plaisir « de deux ou trois hommes? Il vaudrait mieux les jeter « par-dessus les murailles. » On nous donne comme certain que dans quatre ou six jours ils couperont la gorge à Poyer et passeront tous de notre côté. Poyer