LIVRE II, CHAPITRE VI
doit surtout compter sur sa présence. Il ne faillira pas à son peuple. Que tout ce qui respire loue le Seigneur!
Rappelez mon amitié à mon cher frère Henry Vane ; je prie Dieu que Henry ne fasse pas trop peu, ni moi trop d’état des actes extérieurs. — Que Dieu nous protège tous afin que, dans la simplicité de nos esprits, nous y portions nos soins avec patience. Ne nous inquiétons pas de ce que les hommes pensent de nos actions ; qu’ils le veuillent ou non, ils rempliront le bon plaisir de Dieu, et nous, nous servirons les générations. Nous attendons notre repos ailleurs : celui-là sera durable. N’ayons souci de demain ni d’aucune chose. L’Ecriture a été un grand appui pour moi : lisez Isaïe, Mil, 10 , 11 , 14 ; — lisez tout le chapitre.
« Je suis informé de bonne part qu'un pauvre homme de Dieu mourut à Preston le jour avant le combat; étant malade, près de l’heure de sa mort, il pria la femme qui faisait sa cuisine de lui apporter une poignée d’herbe. Elle le fit , et quand il la reçut il demanda si elle se dessécherait ou non maintenant qu’elle était coupée. La femme répondit : <> Oui, vrai- « ment. » 11 répliqua : « Ainsi fera cette armée des « Écossais ; elle viendra à rien si la nôtre se montre « seulement, » ou des paroles signifiant la même chose ; — il mourut immédiatement.
« Mes devoirs à M. W. P., à sir G. Ë, et au reste
de nos bons amis. J’espère que je suis souvent présent à votre pensée.
« Le vôtre ,
« Mes amitiés à Frank Russel et à sir Gilbert Pickering. »
« Servons les générations... ne pensons pas au jugement des hommes... L’armée écossaise, ennemie de Dieu, s’est desséchée et est tombée au souffle de Dieu, comme l’herbe coupée se dessèche et tombe... Un pauvre homme , avant de mourir, l’a prédit. » — On retrouve ici , le soir môme de la victoire , le mélancolique et ardent rêveur de Saint-Yves. On y retrouve aussi l’homme d’action qui peut-être attache trop d'importance aux signes extérieurs, c’est-à-dire aux faits et à la victoire, tandis que d’autres (le mystique Vane, par exemple) se perdent trop volontiers dans la rêverie intérieure. En adressant la lettre suivante à lord Wharton, autre mystique , il aborde encore cette redoutable question du succès considéré comme preuve de la volonté divine. Il essaye d’établir une distinction fort subtile; pour le mondain le succès est chose temporelle et ne prouve rien; pour l’homme de Dieu, il est providence divine et prouve tout; mais Cromwell s’embrouille dans l’expression de son