LIVRE II, CHAPITRE IX
toute votre amitié. Vous voyez comme je suis oc-cupé. J’ai besoin de pitié. Je sais ce que je ressens en mon cœur. Une haute situation , un haut emploi dans le monde ne méritent pas qu’on les recherche ; je n’aurais pas de consolation dans mes occupations , si mon espoir n’était dans la présence du Seigneur. Je n’ai pas ambitionné ces choses ; véritablement j’y ai été appelé par le Seigneur; c’est pourquoi je ne suis pas dépourvu de quelque assurance qu’il donnera à son pauvre ver de terre, à son faible serviteur la force de faire sa volonté et d’atteindre le seul but pour lequel je suis né. En cela, je demande vos prières. Je vous prie de me rappeler à l’amitié de ma chère sœur, à notre fils et à notre fille, à ma cousine Anna , et je suis toujours
« Votre très-affectionné frère ,
Pourquoi cet aveu du néant de la grandeur échappet-il à Cromwell ? Tant de force serait-elle taxée d’hypocrisie? Tous les puissants , depuis Salomon jusqu’à Bonaparte , n’ont-ils pas exprimé le même sentiment?
Tartufe ou non , Cromwell, ce même jour, tient à son armée un discours fort militaire. On l’a conservé ; le voici : — « Soyez doublement, triplement actifs et vigilants ; nous avons bien de la besogne sur les bras ! »
Un de ses colonels , Hodgson , de l’Yorkshire , s’est donné la peine d’écrire tout ce discours, et de nous apprendre que ce fut « un grand plaisir pour le général en chef de voir dans une halte un de ses soldats porter à ses lèvres un tonneau plein de lait caillé à la mode écossaise, et soulever le tonneau de manière à ce que l’un de ses camarades l’en coiffât; alors on ne vit plus le soldat du tout, la crème entra dans ses bottes , son accoutrement militaire en ruissela, et sa tête fut perdue au fond du tonneau. Olivier riait à se tenir les côtes ; car notre Olivier aime une bonne farce. »
Le lendemain de cette niaiserie , Cromwell écrit le bulletin suivant :
Au très-honorable lord-président du conseil d’État, cette lettre.
« Musselbourg, 30 juillet 1650.
« Milord ,
- « Nous sommes partis de B.erwick lundi, le 22 juillet, et nous avons couché dans la maison de milord Mordington lundi, mardi et mercredi. Jeudi, nous nous sommes dirigés sur Copperspath ; vendredi, nous sommes allés à Dunbar, où nous avons reçu quelques vivres de nos vaisseaux ; de là , nous avons marché sur Haddington.
« Le dimanche , apprenant que l’armée écossaise