LIVRE II, CHAPITRE IX
nous a également portés à louer Dieu, — j’ai pensé qu’il était convenable (quoique pressé de nombreuses occupations) de vous informer de l’inexprimable bonté du Seigneur qui s’est ainsi montrée, pour la gloire de son grand nom et pour la consolation de ses saints.
« Que le Seigneur vous bénisse ainsi que nous, pour que nous lui rendions grâces, maintenant et toute notre vie. Saluez tous nos chers amis qui sont auprès de vous comme si je les nommais. Je n’ai rien à ajouter ; — mais je suis toujours ,
« Votre père affectionné et ami véritable,
Ce n’est pas assez de toute cette correspondance du 4 septembre ; il écrit encore au douteur , à l’argumentateur , à son cher lord Wharton ; il se souvient de l’avoir un peu malmené à son retour à Londres , d’avoir repoussé par des coups de boutoir un peu durs les doutes, les incertitudes, les mélancoliques scrupules de cette âme tendre : il prend la plume pour s’excuser de ses duretés anciennes ; et sans doute il espère aussi ramener à sa foi complète et aveugle tout le groupe des Hammond et des Lawrence, ceux que le fanatisme épouvante et qui reculent devant la violence du mouvement.
Au irès-honorable lord Wharton , cette lettre.
« I) un bar, 4 septembre 1650.
« Mon CHER LORD ,
« Oui, n’en doutez pas, mon pauvre être vous aime ! Àu nom du ciel, gardez-vous de la manie d’argumenter! — J’ai manqué d’égards la dernière fois que je vous ai parlé dans le parc de Saint-James. Je vous ai parlé durement en vous disant mes opinions ; je parlais d’après les sentiments que j’avais formés de vous, — et ils étaient : que vous, — faut-il nommer les autres? — Henri Lawrence , Robert Hammond , etc., vous vous étiez égarés dans un labyrinthe d’arguties.
« Je crois que vous cherchiez la vérité ; que vous aviez mis vos propres sincérités à l’épreuve , et que vous étiez tombés dans le doute. C’était fort bien. Mais la sincérité même, si elle n’est pas purement une inspiration de Dieu peut tomber, et même tombe ordinairement dans l’erreur. Que le Seigneur vous persuade, vous et tous mes chers amis.
« Je sais , non par le succès de notre cause , mais par un argument meilleur que le succès, que les conclusions auxquelles vous êtes arrivés au sujet des dernières transactions sont des erreurs de votre part. Ne vous engagez pas trop loin sur la foi de vos propres jugements ; résistez à cette tentation , fuyez ce
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piège ; appuyez-vous encore moins sur le succès ; — qui se fie au succès peut être accusé de vues basses et intéressées. Je voudrais en mon cœur écrire les mêmes choses à Norton, à Montague et aux autres; je vous prie de leur lire ou de leur communiquer ces lignes extravagantes. Quelquefois mon extravagance , guidée par mon amitié et dépassant ma raison , a fait du bien. Je vous en prie, reconnaissez -moi pour sincère, — de peur qu’il ne s’élève un préjugé contre les bénéfices que vous pourriez obtenir plus tard.
« Combien le Seigneur s’est montré gracieux dans cette grande affaire! Seigneur, ne cache pas. tes miséricordes à nos yeux ! —
« Mes hommages à milady. Je suis « Votre humble serviteur,
Le même jour, le 4 septembre , après avoir écrit sept lettres et un rapport , en tout trente et une pages, Cromwell écrit encore la proclamation suivante, dictée par un sentiment d’humanité et une prévoyance politique :
Proclamation.
« Comme j’apprends que plusieurs officiers et soldats
de l’armée ennemie sont encore sur le champ de bataille n’ayant pu marcher et le quitter en raison de leurs blessures.
« Ceci est pour informer les habitants de ce pays, qu’il leur est donné, et qu’ils ont par les présentes , l’autorisation et l’entière liberté de se porter audit lieu avec leurs charrettes ou de toute autre manière possible , d’enlever et transporter lesdits soldats en tous lieux qu’ils jugeront convenables, à la condition toutefois qu’ils ne toucheront point aux armes qui sont là et qu’ils n’en enlèveront aucune. Et tous les officiers et soldats se tiendront informés de ladite permission.
« Donné de ma main, à Dunbar, le 4 septembre 1650.
« A proclamer au son du tambour. »