LIVRE 111, CHAPITRE I
gnité, d’aplomb et de sérieux. 11 n’était pas sans analogie avec notre Camille Desmoulins; c’était, pour le dire en passant, un des plus curieux et des plus aimables personnages de cette grave et terrible époque. Poète , homme de sens, de cœur et d’esprit vif, ce petit homme , que les contemporains nous représentent « toujours droit sur les reins et bien serré dans ses habits, » changeait par une saillie et un à-propos le cours des discussions parlementaires; le feu de ses bons mots a traversé deux siècles sans s’éteindre. Cet indomptable railleur avait toujours dans sa poche des chansons contre les royalistes et de belles odes en faveur de la république. Comment en faire un roi? Le sérieux lui manque.
Ce roi sera Cromwell. 11 arrive du champ de bataille de Worcester le 16 septembre 1651, et trouve un parlement qui, depuis le mois d’avril 1649, devrait ne plus siéger, mais qui a pris un moyen excellent de continuer sa vie , celui de s’assembler tous les mercredis pour ne rien faire, ou, comme le dit Henri Marten* « pour considérer ce qu’il y aurait à faire. •• Le peuple, qui n’appelle Cromwell que le général, a pour ce débris de parlement immobile une désignation moins polie, il le nomme le croupion. Afin d’arrêter les mauvais discours , et par l’instigation de Cromwell , l’assemblée décide qu’elle vivra trois ans déplus, et là, pendant trente et un mois, les élé—
ments confusément entassés du puritanisme , de la monarchie et de la démocratie , essayent de se débrouiller, mais en vain. Les hommes d’armes veulent une république avec Cromwell pour chef. Les hommes de loi accepteraient soit Cromwell , soit un fils du roi avec un gouvernement mixte. Cromwell tient plusieurs conférences, où l’on parle beaucoup et qui n’aboutissent à rien selon la coutume; il ne se déclare ni pour la république , ni contre elle , écartant seulement le nom des Stuarts, et réclamant comme nécessaire un pouvoir fort et centralisé.
En attendant , il place ses créatures et étend son influence ; sûr de son autorité sur l’armée , il a soin de s’assurer le bon vouloir des universités qui déjà sont venues à lui , comme nous l’avons vu ; c’est ce que prouvent la lettre et la proclamation que voici :
A mon bien bon ami le révérend docteur Greenwood, vice-chancelier de l'université d’ Oxford.
« Cockpit, 12 avril 1652.
« Monsieur Thomas Goodwin m’a recommandé un nommé Zacharie Maine, demi-boursier du collège de la Madeleine, lequel demande la faveur d’une dispense pour deux ou trois inscriptions qui lui manquent pour obtenir son degré de bachelier. L’on m’assure qu’il est
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d’une profonde piété , qu’il possède une haute intelligence et qu’il est disposé à subir toutes ses épreuves. Je désire, pour ces raisons, et autant que cela n’entraînera pas de trop graves inconvénients , que la faveur inaccoutumée d’être admis à ce degré lui soit accordée. Je n’ai pas l’intention d’établir un précé- dent ; je serai au contraire très-sobre de pareilles recommandations.
« Je suis toujours , monsieur,
« Votre ami bien affectionné,
A tous officiers et soldats sous mon commandement , et autres , que ceci peut concerner.
«Par ces présentes, je vous ordonne et commande, à la vue d’icelles , de ne loger aucun officier ni soldat dans aucun des collèges, lieux de séances ou maisons appartenant à l’université de Cambridge; comme aussi de ne faire aucun tort ni violence à aucun des étudiants ou membres d’aucun des collèges ou maisons de ladite université. Vous répondrez de toute infraction au présent ordre à vos risques et périls.
« Donné de ma main et scellé de mon sceau, le 1 er juillet 1652.
La même prudence lui dicte, au moment même où l’Angleterre est sous sa main , les plus modestes épîtres ; il ne veut pas manquer aux moindres civilités envers ses amis. On peut observer dans les deux lettres suivantes ce ton doux et humble, excellent pour calmer l’envie :
Pour mon honoré ami , Antoine Hungerford , écuyer, ceci :
« Cockpit, 10 décembre 1652.
« Monsieur,
« Ma cousine Dunch m’apprend qu’il y a eu de votre côté tant de désagrément, et du mien (au moins en apparence) tant d’impolitesse, que je n’en suis pas médiocrement affligé, et je ne me consolerai pas avant que la présente vous ait démontré mon innocence.
« Elle (la cousine) a bien voulu dire à ma femme le grand nombre de fois que vous êtes venu chez moi pour me voir, ainsi que vos désappointements . Vraiment, monsieur, si une seule fois j’avais su que vous étiez là, et si « je m’étais fait celer, » c’eût été un acte si fort au-dessous d’un gentilhomme et d’un honnête homme ; acte si plein d’ingratitude pour les politesses que j’ai reçues de vous, qu’elle m’eût rendu indigne de la société des hommes! Croyez-