‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 185 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cromwell chasse le parlement. — 11 s’occupe de sa province.

— Parlement Barebone. — Lettres modestes et mystiques.

Cependant, les terribles matelots puritains balayent la mer, font respecter le pavillon et enivrent le peuple d’orgueil ; les gens de loi et les commissaires de la république vendent les biens nationaux des royalistes réfractaires , et reçoivent les amendes exigées de tous les gentilshommes qui ont servi le roi Stuart.

On abuse de ce droit d’exaction ; l’avidité s’en mêle, et , grâce à la chicane des hommes de loi , plus d’un honnête bourgeois est confondu avec les royalistes ; on spécule sur la terreur publique ; chacun des membres du croupion reçoit dans la matinée trente ou quarante solliciteurs. C’est alors que les chefs de l’armée , qui sont aussi les meneurs du puritanisme , adressent à Cromwell une pétition contre ce débris d’assemblée et demandent la régénération totale du gouvernement. Le ton de la prière et celui de la menace se mêlaient dans ce document étrange, qui

effraya les parlementaires. « La chose est dangereuse , dit Bulstrode à Cromwell; prenez-y garde, arrêtez cela. » Cromwell n’arrêta rien , tout au contraire. Cette force militaire , son appui et son instrument, allait détruire à son bénéfice les parleurs des communes. Il chargea leur président Lenthall de remercier les officiers; à propos de ce remercîment imposé à Lenthal, un humoriste anglais, qui ne manque jamais l’occasion d’une mauvaise bouffonnerie, s’arrête pour dire à ce pauvre président : « Votre discours , seigneur, a dû vous faire autant de plaisir que vous en éprouveriez en mangeant des chardons! »

L’assemblée sent qu’elle est en butte au mécontentement populaire , prévoit le sort qui lui est réservé, et , après avoir travaillé pendant des mois et des années avec une processionnelle lenteur à l’acte constitutif, elle s’éveille tout à coup et veut achever ce bill à l’instant même.

Elle désirerait satisfaire tout le monde; la chose est difficile. Presbytériens qui voudraient revenir au pouvoir, hommes de loi qui voudraient le garder, officiers puritains qui demandent avant tout le calvinisme pur et l’examen libre , ne s’accordent pas aisément; le bill qui leur plairait également est une chimère impossible. On ne convient que d’un fait et d’une clause agréables à tous les membres de l’assem-

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