LIVRE III, CHAPITRE III
marqué d’un bout à l’autre du même caractère de sagacité, de simplicité et de force. Il réclame des députés la « conservation de l’Angleterre ; — » d’une part « la sainteté, » de l’autre la « discipline. » Il blâme du même coup et à la fois le presbytéranisme despotique qui imposerait aux consciences une loi uniforme et violente , et le mysticisme anarchique qui livrerait la société aux utopies des rêveurs. C’est en d’autres mots et sous d’autres formes la situation même des temps modernes, où l’ordre essaye de s’asseoir et de se compléter entre l’effervescence des volontés individuelles et l’abus de l’autorité centrale. « Il y avait, dit Cromwell, trop de sévérité et de dureté dans notre vieux système ( l’uniformité presbytérienne); oui, trop de domination en matière de conscience, un esprit peu chrétien dans tous les temps, et qui ne convient nullement à celui-ci. Quoi! refuser la liberté de conscience à ceux qui l’ont achetée de leur sang, à ceux qui l’ont donnée , cette liberté civile et religieuse aux gens qui voudraient les tyranniser ! » Le despotisme presbytérien et l’intolérance une fois écrasés , Cromwell se retourne vers les puritains extrêmes, les anarchistes bibliques, qu’il traite moins rudement, la plupart sont ses anciens amis : « Ceci est une erreur plus subtile et plus raffinée , et qui a déçu beaucoup de gens d’intégrité et de mérite, beaucoup de gens sincères... Ils ont des prétentions spiritualistes très-
hautes; ils espèrent le règne du Christ sur la terre. Ce règne n’arrivera que lorsque l’esprit saint aura subjugué, vaincu et effacé toute iniquité terrestre, lorsque l’éternelle et complète justice disposera du monde ; alors nous approcherons de cette gloire, mais non auparavant!... Sous ce prétexte , un homme ou plusieurs hommes ont-ils le droit de dire qu’ils sont les seuls propres à faire des lois et à gouverner les nations? les seuls qui puissent régler la propriété et la liberté? Cela est insoutenable! Qu’ils nous apportent donc d’irréfragables preuves de leur mission , des manifestations claires de la volonté de Dieu ! S’ils gardaient en eux-mêmes leurs idées et leurs théories (notions), on les laisserait tranquilles , elles ne pourraient nuire qu’à ceux dont l’esprit les a conçues. Mais que l’on en vienne à la pratique, et que l’on nous dise que la liberté et la propriété ne s’accordent point avec le règne du Christ, qu’il faut abolir la loi, la subvertir , peut-être la remplacer par la loi judaïque , au lieu de nos lois, à nous, lois que nous connaissons!... non, cela n’est point supportable! Quand de telles idées veillent régner, il est temps que le magistrat s’en mêle. Si de plus on met tout en œuvre pour bouleverser les choses, famille contre famille, mari contre femme, parents contre enfants ; si l’on ne répète que ces mots : Révolutionnez , révolutionnez , révolutionnez ( overtum , overturn, overtum ) , — oh ! alors je dis